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Les révoltés de Cordoue

Les révoltés de Cordoue

Titel: Les révoltés de Cordoue Kostenlos Bücher Online Lesen
Autoren: Ildefonso Falcones
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del Toril,
où un enclos avec une seule issue avait été installé : la plaza de la
Corredera.
    Hernando sentit la nervosité des gens quand la rumeur des
taureaux et des vachers dans le campo de la Verdad se fit entendre.
    — Les voilà ! Les voilà ! cria-t-on de tous
côtés.
    Le vacarme des animaux, lorsqu’ils franchirent l’ancien pont
en pierres, se mêla aux glapissements de la foule. Des hommes sautèrent les
barrières et se mirent à courir devant la manade ; d’autres préparèrent
des lances qu’ils destinaient aux taureaux, ou de vieilles capes pour les
distraire de leur course. Hernando regarda les taureaux passer derrière les
vaches, beuglant, galopant à l’aveuglette, en groupe, suivis par les vachers.
Le tournant après le pont était brusque et en pente, à cause de la
dénivellation entre le pont et la rive, et plusieurs taureaux cognèrent contre
la barrière de bois. L’un d’eux tomba, glissa par terre et fut piétiné par les
autres ; un jeune garçon voulut agiter une cape devant lui, mais le
taureau, avec une étonnante agilité, bondit et lui donna un coup de corne dans
la cuisse, l’atteignant du haut du front. Hernando parvint à voir que deux
autres hommes, qui couraient devant, avaient été également encornés, mais quand
les taureaux se retournèrent pour s’acharner sur eux, les piques des vachers se
plantèrent dans leurs flancs, les obligeant à poursuivre le parcours.
    Cris, courses, poussière et bruit assourdissant ne durèrent
que quelques instants. Puis taureaux, vachers et chevaux disparurent au coin de
la calle Arhonas. Hernando oublia le fumier qu’il devait ramasser et demeura,
ébahi, à observer la foule qui restait là, après le passage de la manade :
le jeune garçon à la cape saignait abondamment ; accrochée à lui, une
jeune fille criait, désespérée ; hommes, femmes et enfants tentaient de
sortir de l’eau qui avait débordé au passage des taureaux ; de nombreux
blessés, certains debout, boitaient ou gémissaient ; d’autres étaient
allongés sur la rive du Guadalquivir. Quand Hernando recouvra ses esprits,
plusieurs vieilles femmes, aidées par des enfants, s’étaient mises à ramasser
le fumier piétiné tout au long du chemin. Il regarda son seau vide et hocha la
tête. Ici, il ne récolterait même pas une bouse. Il sauta par-dessus la barrière
et s’approcha du jeune blessé, que de nombreuses femmes entouraient, pour voir
s’il pouvait faire quelque chose.
    — Va-t’en, sale Maure ! cria une vieille femme
vêtue de noir.
     
    — Ce jeune garçon va mourir, s’il n’est déjà mort,
raconta Hernando à Hamid à la sortie de la grand-messe, après le cimetière, en
présence de Fatima et d’une Aisha au ventre de plus en plus rond.
    Un peu plus loin, Brahim discutait avec d’autres Maures.
    — Oui. Beaucoup meurent au cours des encierros.
    — Mais quel plaisir trouvent-ils à… ?
    — Le combat, la lutte de l’homme contre l’animal,
répondit Hamid.
    Hernando fit une moue sceptique et ouvrit les mains en signe
d’incompréhension.
    — Nous l’avons fait, nous aussi, renchérit l’uléma. À
la cour de Grenade, les jeux de taureaux étaient fameux. Les Zegríes, les
Gazules, les Venegas, les Gomeles, les Azarques et beaucoup d’autres nobles se
sont distingués dans l’art de toréer et de tuer les taureaux. Plus encore,
aucun uléma musulman n’a jamais osé prohiber ces fêtes alors qu’au contraire le
pape de Rome, sous peine d’excommunication, les a interdites aux chrétiens.
Celui qui succombe lors des jeux de taureaux meurt en état de péché mortel, et
les curés qui assistent aux fêtes perdent leurs habits.
    Hernando se souvint de tous ces prêtres sortis des maisons
de la Ribera après le passage des taureaux et courant parmi les blessés de
l’encierro pour tâcher de leur apporter le salut, entre prières et encensoirs.
    — Alors pourquoi y participent-ils ? Ne sont-ils
pas si pieux ?
    Hamid sourit.
    — L’Espagne aime les taureaux. Les nobles aiment les
taureaux. Le peuple aime les taureaux. Ce doit être le seul sujet, à part
l’argent, sur lequel le Très Chrétien roi Philippe s’oppose au pape Pie V.
    Les nobles musulmans dont parlait Hamid constituaient le
patriciat de Cordoue : les Aguayos, les Hoces, les Bocanegras et, bien
entendu, ceux qui correspondaient à l’insigne maison des Fernández de Cordoue
et leur branche, non moins illustre, d’Aguilar.

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