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Cahiers secrets de la Ve République: 1986-1997

Titel: Cahiers secrets de la Ve République: 1986-1997 Kostenlos Bücher Online Lesen
Autoren: Michèle Cotta
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télévision du moins : car l’interview qu’elle a donnée ce matin au Journal du dimanche est nettement moins « classe » : « La Bourse, j’en ai rien à cirer », a-t-elle répondu lorsqu’on lui a demandé si la réaction de la Bourse à sa nomination l’avait choquée. On a beau dire – lorsque de Gaulle a dit la même chose en 1966 – « La politique de la France ne se fait pas à la corbeille ! » –, c’était quand même en termes plus élégants !
    Pour le moment, l’opinion publique lui est largement favorable. Plus de 70 % des Français se félicitent de la nomination d’une femme à Matignon.

    22 mai
    Il était autour de 16 heures, cette après-midi, quand Édith Cresson est montée à la tribune de l’Assemblée nationale. Habillée d’uneveste noire et blanche à damiers, cheveux courts, je l’ai trouvée assez pugnace, mais un peu ennuyeuse, dans un long discours dont on sent qu’il doit beaucoup à Mitterrand. Car il prend d’abord toutes les distances attendues à l’égard de la politique de Michel Rocard.
    D’accord, elle reconnaît à son prédécesseur, sans citer son nom, qu’il laisse un bilan économique équilibré, « fruit d’une politique vertueuse ». C’est pour ajouter aussitôt que tout cela manquait d’imagination et d’énergie 25 .
    Le reste manque un peu d’ampleur : encouragement à l’épargne pour les petites et moyennes entreprises, rétrécissement des délais de paiement inter-entreprises, objectif tenu du doublement du nombre d’ingénieurs de 1990 à 1993, malaise lié à l’insécurité, grande ambition agricole, réconciliation de l’économie et de l’écologie... Le tout est trop long, veut embrasser tous les problèmes, et du coup les survole.
    Pour être juste, le discours de politique générale de Rocard, en 1988, en manquait aussi, puisqu’on l’avait accusé de descendre au niveau des cages d’escalier. L’exercice est difficile. Si l’impétrant parle des idées, on lui reproche d’être abstrait. Et s’il est trop concret, on souligne le manque d’élévation de ses propos ! S’il touche à tout, il est trop rapide. S’il privilégie certains objectifs, on lui reproche d’oublier les autres.
    Cresson parle d’une voix trop haut perchée : je sens que mes confrères hommes, serrés dans la tribune de presse pleine à craquer, le lui reprocheront demain dans leurs articles. Se préoccupent-ils de la voix des hommes politiques dont quelques-uns ont une voix de fausset ? Non. Chez une femme, évidemment, ils trouvent cela choquant.
    À noter le long passage consacré à l’action européenne de la France : sur ce point surtout, on sent l’influence de Mitterrand.
    Opinion d’ensemble : discours assez vague, catalogue de bonnes intentions, prononcé sur un ton énergique et combattant – un peu court, néanmoins : pas dans le temps, dans les perspectives.
    Ce qui est drôle, c’est qu’en dehors de quelques députés mal élevés qui ont ricané à certains passages de son discours, les hommes politiques sont en général restés prudents. Ils se gardent bien de critiquer publiquement Édith Cresson tant ils ont peur d’apparaître comme s’opposant aux femmes. Tel Giscard qui vient, avec beaucoup de tact, de redire, comme l’avait fait Chirac, qu’il est content qu’une femme ait été nommée Premier ministre.
    Venant de lui qui a été le premier président de la République à nommer autant de femmes au gouvernement, on peut supposer que l’éloge ne ment pas.

    23 mai
    Pluie de commentaires sévères dans la presse sur la prestation d’Édith Cresson. Je trouve cela nettement exagéré. Ou plutôt prématuré.

    4 juin
    Le déficit de la Sécurité sociale – c’est Édith Cresson qui l’annonce – est de 23 milliards de francs : une grosse pierre lancée dans le jardin de Rocard. La décision a été prise en Conseil interministériel de relever les cotisations sociales : + 0,9 %.
    D’un coup, l’atmosphère vire au noir. Les communistes protestent, les leaders syndicaux aussi : leur défilé commence à Matignon. Marc Blondel dit, en sortant, qu’il en parlera à Pierre Bérégovoy – de cela et d’autre chose, comme l’augmentation du SMIC par exemple. Pas sûr que ce soit la meilleure façon d’amadouer Édith Cresson. « Elle n’a pas de liberté de manœuvre, ajoute-t-il. Cela ne pourra pas durer longtemps, car alors, pourquoi avoir changé de

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