Chronique de mon erreur judiciaire
privilégié les confrontations à plusieurs pour éviter de trop nombreux interrogatoires. Ce qui conduit mon défenseur à lâcher, désappointé :
— Vous êtes d’une naïveté inouïe ! En somme, pour vous, tout s’est bien passé !
Au fil des assauts de mon conseil, le magistrat affiche des réponses dilatoires ou un silence prudent, rappelant régulièrement que ce n’est pas lui qui a « rendu l’ordonnance de mise en accusation ». Il se défausse. Et quand il se voit interpellé sur les déclarations à géométrie variable de Myriam Badaoui, quand mon avocat rappelle ses propos de plus en plus scabreux, violents, dérangés en lançant : « Est-ce que, là encore, vous ne vous posez pas de questions ? L’enquêteur belge vous apprend que l’histoire de l’enfant assassiné est une invention de toutes pièces, qu’il n’y a jamais eu de sex-shop à Ostende et qu’il n’y a aucune piste sérieuse quant à la ferme en Belgique. Ça plus ça plus ça plus ça ! Cela ne vous a pas fait tilt ? Que cette femme dise des bêtises ne vous a-t-il pas fait penser que les Marécaux étaient aussi innocents que les Lepers ? Des policiers affirment avoir attiré votre attention, alors pourquoi n’avez-vous pas voulu entendre l’enquêteur de police belge ? », le juge paraît décontenancé mais ne bronche pas, se contentant d’en dire le moins possible. Comme si on lui avait recommandé la plus grande prudence.
Maître Delarue lui demande ensuite s’il s’est interrogé sur le rôle tenu par les assistantes maternelles dans l’émergence de cette multitude de mises en cause. Fabrice Burgaud répond s’être posé des questions sur ce point comme sur le rôle de la presse, mais que puisque les enfants donnaient des détails, un fond de vérité devait exister. Quant aux accusations portées par Sébastien dans une audition, affirmant en avoir parlé au docteur Chemin ainsi qu’à un autre médecin, à la question de savoir pourquoi le médecin – qui a par ailleurs précisé n’avoir jamais reçu une telle confidence – n’a pas été entendu, le magistrat argue qu’il ne se souvient plus pourquoi. Et rappelle, comme une antienne, qu’il était toujours possible de saisir la chambre de l’instruction, que les « sages » de la cour d’appel ont entériné ses décisions…
Désireux de poursuivre sa démonstration, maître Delarue parle ensuite de l’interrogatoire des enfants, estimant que le magistrat aurait pu les faire visionner aux accusés conformément à la loi de 1998 et qu’une confrontation entre eux dans son propre bureau aurait été moins traumatisante que de venir à la barre. Ce à quoi le juge réplique qu’il n’y a pas eu non-respect de la loi de 1998 et que les enfants n’avaient pas été enregistrés parce qu’abusés justement devant des caméras.
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Tandis que mon avocat s’apprête à lancer son estocade, un incident survient. Myriam Badaoui, sans doute agacée de voir qu’on ne s’occupe pas d’elle – alors que celui que d’aucuns présentent comme l’homme qui la passionne au plus haut point, et qui a écouté ses délires avec une oreille tellement complaisante qu’elle ne jure que par lui, est mis en cause – s’énerve sur son siège. Et, malgré plusieurs rappels à l’ordre du président, trouble l’audience. Conséquence, celui-ci doit la faire sortir.
Dès lors, une fois le calme retrouvé, maître Delarue peut conclure :
— Aujourd’hui vous répondez aux questions des avocats de la défense. Est-ce qu’en ayant privilégié la parole de M me Badaoui et celle des enfants, vous n’avez pas fait prendre un risque considérable à l’institution judiciaire au détriment de tous les justiciables ? N’auriez-vous pas dû être plus circonspect dans la conduite de la procédure ?
Campé sur ses positions, Fabrice Burgaud refuse de s’engager sur ce terrain, invoquant le fait qu’il est présent en tant que témoin et ne peut donc prendre parti sur la notion de culpabilité.
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Bien que sur la défensive, il faut reconnaître que durant cette passe d’armes il assure bien sa défense. Et qu’il a raison de rappeler que diverses chambres d’instruction ont confirmé ses décisions et que c’est effectivement son successeur qui a signé les renvois aux assises, que ce n’était pas son rôle d’apprécier les détentions, bref que tous ces actes ont été collégiaux. Maître Delarue, quant à lui,
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