Bücher online kostenlos Kostenlos Online Lesen
Chronique de mon erreur judiciaire

Chronique de mon erreur judiciaire

Titel: Chronique de mon erreur judiciaire Kostenlos Bücher Online Lesen
Autoren: Alain Marécaux
Vom Netzwerk:
qu’il est crédible ne signifie pas qu’il dit vrai.
    Comme l’a indiqué maître Hubert Delarue, après ces journées d’auditions : « On voit bien ici les limites des experts. Les psychologues, et dans une moindre mesure les psychiatres, interprètent des signes. On en a tiré des conclusions hâtives qu’ils viennent aujourd’hui tempérer, après ce que nous ont appris ces cinq semaines de procès. »
    Ce à quoi maître Berton renchérit en déclarant : « Ces conclusions ont eu un poids et des conséquences catastrophiques, puisque des innocents ont passé des mois, voire des années en prison pour rien, simplement parce que ces experts ont jugé Myriam Badaoui et les enfants crédibles. »
    Pas de doute, en ce domaine aussi, l’échec est patent. Une enquête bancale, des experts crus sur parole, des accusateurs déjantés, décidément, l’instruction ne voit pas une journée sans être mise à mal un peu plus. Le juge en a-t-il seulement conscience ? La Cour va le savoir très vite.

Chapitre 43

Le procès, Acte IV, scène 3
ou
L’entrée en scène du juge d’instruction
    La journée du mercredi 9 juin 2004 est essentielle puisque vient témoigner Fabrice Burgaud. Cet homme d’à peine trente ans aux prémices de l’instruction sait que chacun l’attend au tournant. La presse, les avocats, les accusés innocents, tout le monde a des reproches à lui faire. Mais a-t-il idée des dégâts qu’il a commis ? Va-t-il enfin s’honorer d’un mea culpa ou au contraire camper sur ses positions ? L’instant est crucial, la tension à son comble.
    *
    — J’appelle Monsieur Fabrice Burgaud à la barre, annonce le président.
    Le silence de la salle est impressionnant. Six policiers sont en position près des fenêtres masquées par du papier blanc pour éviter les appareils photos et les caméras indiscrètes de la presse. Le « petit juge » avance, protégé par des gardes du corps postés autour de lui. Sur interrogation, il se présente :
    — Fabrice Burgaud, trente-deux ans, profession magistrat, domicilié à Paris.
    Comme à tous, le président lui demande de dire la vérité, toute la vérité, sans haine ni contrainte, de lever la main droite et de dire : « Je le jure. »
    En entendant ses premiers mots, le timbre de sa voix, je le trouve égal à lui-même, dénué de toute expression, peut-être un peu moins sûr de lui toutefois, n’ayant sans doute guère la possibilité de se montrer mécanique en ces lieux. Néanmoins les réponses aux questions qui lui sont posées trahissent en lui l’homme. À l’observer de près, il me fait songer à un écolier ayant appris sa leçon, manifestement « briefé » avant de comparaître. Son leitmotiv ? N’être « qu’un technicien du droit ». Dès lors, avec une telle « philosophie », « tout le monde peut mentir, tout le monde peut se tromper », mais sa technique le protège de toute responsabilité !
    Il commence par décrire comment il a été saisi de l’enquête et a étudié l’environnement des Delay, ainsi que leurs fréquentations. Il a vérifié ce qu’ont pu dire les enfants, puis les adultes, et vu si les différents éléments pouvaient se recouper. Ce qui l’a conduit à déterminer « trois catégories de personnes mises en cause » : celles « jamais identifiées, celles identifiées mais pour qui il n’y avait pas d’éléments suffisants et celles renvoyées devant les assises pour lesquelles les éléments étaient assez précis, graves et concordants ». Autrement dit, les dix-sept accusés font, selon lui, partie de ce groupe. Visiblement conscient de s’être trompé, mais ne pouvant l’admettre, on le sent éprouver le besoin de se protéger. Ainsi, il se cache derrière son successeur le juge Cyril Lacombe, en prenant soin de préciser avoir quitté la juridiction de Boulogne-sur-Mer en août 2002, donc que c’est ce dernier qui a signé l’ordonnance de renvoi. Il en profite pour vilipender le rôle de la presse et la médiatisation excessive ayant entouré cette affaire, faisant amende honorable sur un seul point : avoir rencontré des difficultés dans l’instruction du dossier en raison du nombre de personnes impliquées et de l’importance des investigations. Bref, pas l’ombre d’un regret.
    *
    Vient le temps des questions.
    Le président lui demande pourquoi toutes les photos des personnes soupçonnées n’ont pas été incorporées dans le

Weitere Kostenlose Bücher