La Jolie Fille de Perth (Le Jour de Saint-Valentin)
politesse et de dignité qu’il savait si bien prendre, pour vous faire mes remerciemens de votre hospitalité et de votre compagnie. Je ne puis en jouir plus longtemps, des affaires pressantes m’appelant à Falkland.
– Milord, dit le grand-connétable, j’espère que Votre Grâce n’oublie pas que vous êtes sous ma garde.
– Comment ! sous votre garde ! Si je suis prisonnier, dites-le clairement ; si je ne le suis pas, je prendrai la liberté de partir.
– Je désirerais, milord, que Votre Altesse voulût demander la permission de Sa Majesté pour faire ce voyage. Le roi en éprouvera beaucoup de mécontentement.
– Voulez-vous dire du mécontentement contre vous, ou contre moi, milord ?
– Je vous ai déjà dit que Votre Altesse est ici sous ma garde ; mais si vous avez résolu d’en partir, je n’ai pas reçu l’ordre (à Dieu ne plaise !) d’employer la force pour vous retenir. Je ne puis que vous supplier, par égard pour vous-même, de…
– Je suis le meilleur juge de mes propres intérêts. Adieu, milord.
Le prince opiniâtre entra dans la barque avec Dwining et Ramorny ; sans attendre personne de la suite du duc, Eviot repoussa du rivage l’esquif qui descendit rapidement le Tay, à l’aide d’une voile, des rames et du reflux.
Pendant quelque temps le duc de Rothsay parut pensif et taciturne, et ses compagnons n’interrompirent pas ses réflexions. Enfin il leva la tête et, dit : – Mon père aime une plaisanterie, et il ne prendra pas celle-ci plus au sérieux qu’elle ne le mérite. C’est une folie de jeunesse qu’il traitera comme il a traité les autres. Voyez, mes maîtres, voici le vieux fort de Kinfauns, s’élevant sur les rives du Tay. Maintenant, Ramorny, dis-moi comment tu t’y es pris pour tirer la Jolie Fille de Perth des mains de ce prévôt entêté ; car Errol m’a dit qu’on assurait qu’il l’avait prise sous sa protection.
– C’est la vérité, milord ; et dans le dessein de la placer sous celle de la duchesse de… je veux dire de lady Marjory Douglas. Or ce prévôt à tête lourde, qui n’est après tout qu’un sot courageux, a, comme la plupart des gens de cette espèce, un affidé doué de quelque adresse et de quelque astuce qu’il emploie en toute occasion, et dont en général il adopte les idées au point de les croire siennes. C’est à un pareil confident que je m’adresse quand je veux connaître les projets de quelque baron imbécile. Celui de sir Patrice se nomme Kitt Henshaw ; c’est un ancien marinier du Tay, qui ayant de son temps vogué jusqu’à Campvere, obtient de son patron le respect dû à un homme qui a vu les pays étrangers. Cet agent est devenu le mien, et je lui ai suggéré divers prétextes qu’il a fait valoir pour retarder le départ de Catherine.
– Et à quoi bon ?
– Je ne sais s’il est sage de le dire à Votre Altesse, de crainte que vous ne désapprouviez mes vues. Je désirais que les membres chargés d’informer contre les hérétiques trouvassent la Jolie Fille de Perth à Kinfauns ; car cette beauté farouche est réfractaire aux doctrines de l’Église, et certes, je souhaitais que le chevalier supportât sa part des amendes et des confiscations qui devaient être prononcées. Les moines n’auraient pas été fâchés de le tenir entre leurs griffes, car il a eu souvent des querelles avec eux relativement à la dîme du saumon.
– Mais pourquoi aurais-tu voulu ruiner la fortune du chevalier, et peut-être conduire au bûcher une jeune et jolie femme ?
– Bon, milord ! Les moines ne font jamais brûler les jolies filles. Une vieille femme aurait pu courir quelque danger. Mais quant à milord prévôt, comme les bourgeois l’appellent, si on lui avait rogné quelques-uns de ses bons acres de terre, c’eût été quelque réparation pour la manière dont il m’a bravé dans l’église de Saint-Jean.
– Il me semble, Ramorny, que c’est une vengeance bien basse.
– N’en croyez rien, milord. Celui qui ne peut employer son bras pour se faire justice doit avoir recours à sa tête. Au surplus cette chance me fut enlevée, par le consciencieux Douglas, qui se déclara en faveur des consciences timorées. Alors le vieux Henshaw ne trouva plus d’obstacle à conduire à Falkland la Jolie Fille de Perth, non pour partager l’ennui de la société de lady Marjory, comme elle se l’imagine ainsi que sir Patrice Charteris, mais pour empêcher Votre
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