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L'archipel des hérétiques

L'archipel des hérétiques

Titel: L'archipel des hérétiques Kostenlos Bücher Online Lesen
Autoren: Mike Dash
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l'hémorragie massive qui s'est ensuivie.
    Le crâne de Geraldton a été provisoirement identifié comme
étant celui de Hendrick Denys, le commis assommé par Jan Hendricxsz, la nuit du
massacre de la famille du pasteur. Les blessures correspondent à celles
décrites par le journal de Pelsaert, et Denys est l'une des rares victimes dont
on ait pu établir avec quelque certitude qu'elles ont été inhumées sur place,
sur le Cimetière du Batavia. En 1999, Stephen Knott a modelé une
reconstitution du portrait supposé de la victime, selon des techniques
médico-légales éprouvées. Ce portrait d'argile figure le visage carré, massif,
d'un homme qui dut être grand, mais dont la stature s'est quelque peu
affaissée, à force de priva-tions. Le sculpteur a pris le parti de le doter de
traits plutôt réguliers - déterminer la ligne du nez, des oreilles ou des lèvres
d'une personne défunte à partir de son squelette n'a rien d'une science exacte
- et, comme le crâne de Geraldton a été retrouvé sans sa mandibule, on lui a
substitué celle d'un autre squelette, lui aussi découvert sur Beacon Island.
    Le travail du Dr Knott a néanmoins le mérite de nous aider
à mettre un visage et des traits sur le fantôme de cet homme qui avait vécu sur
le Batavia aux côtés de Pelsaert et de Cornelisz. Sans son costume et sa
coiffure du xvn e siècle, le visage supposé de Denys, ou de ce voyageur
inconnu, quel qu'il fut, prend une allure curieusement contemporaine. On a
quelque peine à l'imaginer tel qu'il fut, dans la nuit du 21 juillet 1629 :
transi, affamé, épouvanté, réduit à l'impuissance et tâchant désespérément de
se soustraire aux coups de son assassin.
    Quel que fut le bilan des pertes humaines durant le règne
de Jeronimus dans l'archipel de Houtman 39 , les chiffres
successivement avancés par Pelsaert présentent quelques contradictions. Dans le
rapport qu'il rédigea à la mi-décembre 1629, il informe ses Dix-sept directeurs
que Cornelisz et ses acolytes avaient massacré cent vingt-quatre personnes
-hommes, femmes et enfants - alors que, dans une autre lettre, il indique «
plus de cent vingt 40 ». Une note plus détaillée, mais non datée, conservée
dans les archives de la VOC, ramène ce chiffre à cent quinze :
quatre-vingt-seize hommes et adolescents, qu'il définit comme des « employés de
la VOC », plus douze femmes et sept enfants. Mais ce dernier total, sans doute
le plus proche de la vérité, suffit à nous faire frémir 23 .
Les victimes furent d'abord désignées parmi les personnes les moins capables de
se défendre. A deux exceptions près, tous les enfants furent tués 41 ,
ainsi que les deux tiers des femmes 42 et le long massacre qui fut
perpétré dans l'archipel est sans parallèle dans toute l'histoire de la VOC. De
surcroît - et c'est peut-être le plus effroyable -, les victimes furent pour la
plupart exécutées par des personnes qu'elles connaissaient fort bien, agissant
sur les ordres d'hommes dont les motifs échappent presque totalement à notre
compréhension.
    Pelsaert avait tendance à rejeter sur le capitaine la
responsabilité d'une bonne part de ce qui fut commis dans l'archipel 43 .
A ses yeux, Jacobsz était le principal instigateur du projet de mutinerie, et
Cornelisz n'était que son éminence grise, celui qui, selon ses propres termes,
parvint « à accorder leurs intelligences et leurs sentiments comme ceux d'un
seul homme ». Quoi qu'il en fût, il semble difficile de tenir le capitaine pour
personnellement responsable de faits qui se sont déroulés en son absence, et le commandeur lui-même dut convenir que c'était bien Jeronimus qui avait
organisé et dirigé le massacre. L'incapacité où il se trouvait d'expliquer ce
qui avait pu pousser son adjoint à opter pour une telle conduite semble l'avoir
longtemps tourmenté. Dans son journal, Pelsaert qualifie à maintes reprises
l'intendant adjoint de « torrentiusien 44 », ou d'« épicurien 45 », comme si, en eux-mêmes, ces termes suffisaient à expliquer ses actes. Il
serait intéressant de savoir ce que le commandeur mettait au juste sous
ces deux mots, dont il ne donne aucune définition, mais dont il semble user
indifféremment pour désigner un homme pour qui l'autogratification serait le
bien suprême et qui obéirait à ses impulsions et à ses caprices, au mépris des
droits d'autrui.
    Comme les journaux ne restituent pas la transcription des
interrogatoires, il est impossible de

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