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Le crime de l'hôtel Saint-Florentin

Titel: Le crime de l'hôtel Saint-Florentin Kostenlos Bücher Online Lesen
Autoren: Jean-François Parot
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au jour d'étranges constatations, des contradictions dans les témoignages susceptibles de fournir un alibi au maître de maison. De plus, Nicolas retenait à charge un mensonge redoublé par la duchesse sur la prétendue présence à Versailles de M. de la Vrillière lors de la nuit du meurtre.
    La vie privée du ministre, qu'il fallait bien qualifier de crapuleuse, n'était un mystère pour personne. Alors pourquoi, dans ce cas particulier, s'évertuer à dissimuler les occupations de cette nuit-là, sauf à vouloir couvrir l'indicible ? Revenaient dans sa réflexion les interrogations sur les raisons profondes de sa mission : avait-on de lui une si médiocre opinion pour imaginer que, se trouvant en disgrâce écarté des affaires, il accepterait de diligenter, instrument malléable, un semblant d'enquête dont le résultat serait, au bout du compte, dicté ? Il réfléchissait si vite que le sang lui battait les tempes. Il ne servait à rien de se mettre martel en tête en agitant des conjectures, désormais il fallait presser le pas. Le retour à l'action permettrait seul d'apporter un peu de lumière à une affaire de plus en plus obscurcie par des faits nouveaux et dans laquelle les faux-semblants abondaient.
    La première urgence était de déterminer si le duc de la Vrillière portait toujours la main d'argent offerte par le feu roi. Comment faire ? Fallait-il ingénument s'en ouvrir au ministre, au mépris de son éventuelle réaction ? À mesure que Nicolas préparait sa stratégie, il prenait conscience de l'énormité que cette spéculation impliquait : qu'il le voulût ou non, elle conduisait à ériger le duc comme le principal suspect du crime perpétré dans son propre hôtel. Son désarroi s'accrut quand une nouvelle constatation s'imposa à lui : une seconde victime avait été depuis découverte, portant au cou la même blessure caractéristique. Les deux meurtres semblaient avoir été commis par une arme identique ; l'auteur du premier pouvait être celui du second. Il faudrait décidément vérifier l'emploi du temps du duc. Nicolas se gourmanda de repartir dans les hypothèses. Oui, vraiment, il était essentiel d'en revenir à l'action et d'empêcher son esprit de battre la campagne dans une agitation stérile.

    Le ministre de la Maison du roi était sans doute de retour à Versailles où l'appelaient les conseils et la direction de ses bureaux. Homme d'habitude, il dînait en général vers une heure de relevée. Nicolas jugea que le moment était favorable pour être reçu. Il ne se changerait pas, sa tenue de chasse marquant son rang privilégié à la cour… Le prétexte était tout trouvé : faire le point de son enquête sur le crime de l'hôtel Saint-Florentin.
    Dans l'aile des ministres, il fut accueilli comme un vieil habitué par le vieux valet qui, après avoir gratté à la porte, le fit pénétrer dans le cabinet de travail du duc de la Vrillière. Comme prévu, il était en train de dîner, assis devant un guéridon près de la croisée. Un feu d'enfer ronflait dans la cheminée.
    — Comment, comment ! fit-il en levant la tête vers le visiteur. Les bêtes ont-elles fait irruption au château ?… Depuis quand êtes-vous à Versailles ?
    Nicolas comprit que cette phrase faisait allusion à sa tenue de chasse.
    — Depuis hier matin, monseigneur. Sur instructions de M. Le Noir.
    — Et c'est seulement aujourd'hui que vous daignez vous présenter à moi !
    — Sa Majesté a tenu à me voir, puis M. de Maurepas, et enfin la reine. De plus, le roi souhaitait ma présence au tiré de ce matin.
    — Ah ! ah ! c'est ainsi qu'on débauche nos gens…
    Le duc considérait Nicolas d'un œil crispé, non dénué d'inquiétude.
    — Je vous écoute, fit-il.
    — Monseigneur, commença Nicolas, je voudrais vous rendre compte brièvement de mon enquête. Vos domestiques, pour la plupart, travestissent la vérité quand ils ne mentent pas. Le suicide de votre maître d'hôtel se résume à une insignifiante estafilade. Il ne se souvient de rien.
    — Comment, comment ? s'agita le duc. Et cela suffirait à le mettre hors de cause, selon vous ?
    — Je ne dis pas cela. Je constate seulement que les charges contre lui ne sont pas étayées. Aucun fait significatif ni preuves concordantes…
    — Allons, allons, ce ne peut être que lui ! Il faut hâter le pas, monsieur.
    — La justice, monseigneur, chemine au pas de la vérité, précautionneux et prudent par

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