Sépulcre
Bousquet étaient aussi cousins germains de Jules Lascombe, et ils avaient hérité du Domaine de la Cade à sa mort.
Meredith fit défiler la page et trouva la rubrique qu’elle cherchait. Elle cliqua et se mit à lire :
Le tarot Bousquet est un jeu rare, peu utilisé ailleurs qu’en France. Les tout premiers exemplaires de ce jeu ont été imprimés, à la fin des années 1890, par la maison d’édition Bousquet, installée à Rennes-les-Bains, dans le sud-ouest de la France.
Ce jeu s’inspire, paraît-il, d’un jeu plus ancien remontant au XVII e siècle, et il a pour principale caractéristique de substituer aux quatre figures de chaque suite les termes de Maître, Maîtresse, Fils et Fille à ceux usités d’ordinaire. À cela s’ajoutent les costumes d’époque qu’elles portent et l’iconographie qui les accompagne. Quant à l’artiste qui a créé les cartes des arcanes majeurs, contemporaines du premier jeu imprimé, il est inconnu.
À côté d’elle sur le secrétaire, le téléphone sonna, rompant si fort le silence de la chambre que Meredith sursauta. Sans détacher les yeux de l’écran, elle décrocha.
— Oui ? Oui, c’est moi.
C’était le restaurant qui voulait savoir si elle désirait toujours dîner. Meredith jeta un coup d’œil à l’heure affichée sur l’écran de son ordinateur et découvrit avec stupeur qu’il était 20 h 45.
— En fait, je préférerais qu’on me monte un plateau, dit-elle, mais on lui fit posément remarquer que le room-service s’arrêtait à 18 heures.
Meredith hésitait. Elle n’avait pas envie de s’arrêter en si bon chemin, même si elle ignorait si ce chemin la mènerait quelque part. Mais elle mourait de faim. Elle avait déjà sauté le déjeuner et, le ventre vide, elle n’était bonne à rien.
Pour preuve, ses folles hallucinations à la rivière et sur la route.
— Je descends tout de suite, dit-elle.
Après avoir sauvegardé les pages et les liens, elle coupa la connexion.
31.
— Mais qu’est-ce qui t’a pris, bon sang ? Qu’est-ce qui ne va pas ? demanda Julian Lawrence.
— Tu me le demandes ? s’emporta Hal. Je viens seulement d’enterrer mon père. À part ça, tout va très bien.
Il claqua la portière de la Peugeot avec violence puis, avançant vers le perron, il tira sur sa cravate d’un coup sec et la fourra dans la poche de son veston.
— Baisse d’un ton ! lui lança son oncle d’une voix sifflante. On a déjà eu droit à une scène tout à l’heure, et devant toute la ville encore. Tu ne vas pas remettre ça ! À quoi est-ce que tu joues ?
Il verrouilla la voiture et suivit son neveu à travers le parking des employés vers l’entrée de service de l’hôtel.
De loin, à les voir si élégants en complets noirs et chaussures lustrées, on aurait dit un père et son fils se rendant ensemble à un dîner de gala. Seules l’expression de leurs visages et la façon dont Hal serrait les poings indiquaient la haine qu’ils s’inspiraient.
— Nous y voilà ! Ta réputation, c’est tout ce qui compte ! s’écria Hal. Est-ce que l’idée que ton frère, mon père, était enfermé là, dans cette boîte, a seulement pénétré ton esprit ? ajouta-t-il en se donnant une petite tape sur le crâne. J’en doute !
Lawrence posa une main sur l’épaule de son neveu.
— Écoute, Hal, dit-il d’une voix radoucie. Je comprends que tu sois bouleversé. Tout le monde le comprend. C’est bien naturel. Mais à quoi bon lancer de folles accusations en public ? Ça n’arrange rien, au contraire. Tu sais comment sont les gens. Ils vont finir par se dire qu’il n’y a pas de fumée sans feu.
Hal tenta de se dégager, mais son oncle resserra son emprise.
— La ville, le commissariat, la mairie, tout le monde compatit à ta douleur, continua-t-il. Et ton père était très aimé. Mais si tu continues à…
Hal le foudroya du regard et chassa la main de son oncle d’un coup d’épaule.
— Est-ce une menace ?
Le visage de Julian Lawrence se ferma. Envolées, la compassion, la sollicitude d’un oncle envers son neveu. Il n’exprimait plus que de l’irritation, et autre chose aussi. Du mépris.
— Ne sois pas ridicule, dit-il d’un ton glacial. Au nom du ciel, ressaisis-toi. On dirait un collégien trop gâté qui fait un caprice. Tu as vingt-huit ans, nom de Dieu ! s’exclama-t-il, puis il avança vers l’entrée de l’hôtel. Prends un verre et va te
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