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Cahiers secrets de la Ve République: 1986-1997

Titel: Cahiers secrets de la Ve République: 1986-1997 Kostenlos Bücher Online Lesen
Autoren: Michèle Cotta
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celle-ci, il pense qu’elle implique certes une répartition des tâches nouvelles entre le Président et le Premier ministre, que l’essentiel est cependant de veiller à ce que les images de l’un et de l’autre soient préservées.
    Pas beaucoup de gaullistes dans le gouvernement, pourquoi ? lui demande-t-on. Réponse de Balladur : il se dit gaulliste, donc très attaché à l’idée de rassemblement. Le gouvernement tel qu’il est équilibré, dit-il, procède d’un large rassemblement. Toutefois, ajoute-t-il, « je suis assez continu dans mes opinions : le gouvernement n’estcertainement pas aux ordres des états-majors des partis ». Cela vaut pour l’UDF, certes, mais aussi pour le RPR, dont il est issu.
    Autre réponse intéressante, celle qu’il donne à propos d’une de ses phrases qui revient souvent dans son discours depuis qu’il a été nommé à Matignon : il dit que l’action du gouvernement s’inscrit dans une durée de cinq ans. Pourquoi cinq ans alors que la présidentielle a lieu dans deux ans ? Les députés ont été élus pour cinq ans, explique-t-il, et puis, « on n’aura pas fini de redresser la France en deux ans ». Entend-il dès maintenant rester à Matignon en 1995 si Chirac est élu ? Oui, pourquoi pas cinq ans ?
    Le reste de l’émission est consacré à la Bosnie, au chômage, à la retraite, ainsi qu’aux critères retenus pour la désignation des futures entreprises à nationaliser. En fin d’émission, Balladur met l’accent sur les efforts qui seront demandés aux Français : ceux-ci doivent s’attendre à une augmentation des impôts.
    Il a parlé de Mitterrand avec respect tout en disant qu’en période de cohabitation, un Premier ministre était forcément « émancipé » face au chef de l’État. Cela doit convenir à Mitterrand. Pas d’accroc pour le moment...
    22 avril
    Dîner avec Jean Poperen à la veille du comité directeur du PS. Il vient de publier un livre qui tombe à pic : Socialistes, la chute finale ?
    Nous en parlons longuement. Ce n’est pas tant contre Michel Rocard qu’il en a aujourd’hui, que contre Mitterrand et le PS dans sa majorité, qui ont toujours fait, malgré leurs engagements, du social-libéralisme au lieu de mettre en œuvre un vrai socialisme démocratique.
    Pour lui, la gauche au pouvoir depuis 1981 a été en réalité celle de l’establishment technocratique et médiatique, dit-il ; pas du tout celle d’une rupture avec le capitalisme. Elle paie aujourd’hui d’avoir agi en sens contraire aux aspirations des électeurs qui avaient porté Mitterrand à l’Élysée.
    Ce disant, Poperen a au moins le mérite de ne trahir personne : il a toujours milité à l’aile gauche du Parti ; a toujours lutté contre les déviations qu’il appelait – et appelle toujours – « bourgeoises » ; a toujours eu, de ce point de vue, des divergences avec Mitterrand qui n’appréciait pas du tout de se voir donner des leçons de socialisme.
    Leur notion du socialisme n’est pas la même. Au fond, ce qu’ilreproche à Mitterrand ainsi qu’à Bérégovoy, c’est d’avoir fait du Rocard sans Rocard. Maintenant que Rocard est le premier dirigeant du PS, Poperen commence à se demander ce qu’il y fait lui-même. Il a choisi d’y rester et déposera une motion pour le futur congrès.
    Je note sa formule, terrible quand on y songe : « Les socialistes avaient annoncé la rupture avec le capitalisme. La rupture a eu lieu entre les socialistes et le pays. »
    1 er  mai
    Minuit. J’écris ces notes alors que Pierre Bérégovoy vient de mourir. Il s’est suicidé en fin d’après-midi sur le canal du Nivernais, sans doute avec l’arme de service de son garde du corps. On l’a transporté à l’hôpital de Nevers, puis, à 21 h 30, au Val-de-Grâce. Il était mort en arrivant.
    Une mort terrible, qui confère une dimension tragique à l’aventure mitterrandienne, et, au-delà, à toute la gauche.
    Je pensais que mes deux derniers cahiers, que j’avais intitulés, depuis 1992, « Chroniques d’une mort annoncée », allaient se terminer par un désastre collectif, pas par le suicide d’un homme.
    Jean Poperen m’avait dit la semaine dernière à quel point Bérégovoy était mal dans sa peau depuis son départ de Matignon. Je n’évaluais pas à sa juste mesure le poids que faisaient peser sur lui l’échec de la gauche et les attaques de la presse. Il n’a jamais été mon ami, je

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