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Cahiers secrets de la Ve République: 1986-1997

Titel: Cahiers secrets de la Ve République: 1986-1997 Kostenlos Bücher Online Lesen
Autoren: Michèle Cotta
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journalistes, et sans doute pour quantité de députés présents, ce discours emprunte beaucoup au discours sur la « Nouvelle Société » qui avait été présenté par Chaban-Delmas, Premier ministre de Georges Pompidou, en 1969. Il évoque la création d’un nouveau modèle social, de nouvelles formes de contrats de progrès. Il prône aussi la participation, thème gaulliste s’il en est, « à la gestion des entreprises, à leur capital et à leurs profits ».
    Pour les connaisseurs, cette allusion à la « Nouvelle Société » de Jacques Chaban-Delmas a de quoi faire sourire : Georges Pompidou et son cabinet, dont Balladur faisait partie, n’avaient pas vraiment, à l’époque, apprécié la liberté de ton qu’avait prise Chaban par rapport à l’électorat conservateur pompidolien. Passons, c’était il y a longtemps...
    Le temps de faire cette digression, j’ai perdu le fil de son discours. Je résume : il arrive à concilier d’une manière assez convaincante la nécessité des privatisations avec le rôle régulateur de l’État, « garant de l’ordre et de la solidarité », la volonté de réformes avec l’annonce d’une vaste concertation avec les acteurs sociaux.
    Il est très applaudi par la majorité, dans les rangs du RPR comme dans ceux de l’UDF. Les socialistes, dans l’état où en est réduit leur groupe, ne font pas grand bruit.
    L’examen de passage est réussi.
    11 avril
    Dans l’ensemble, bonnes, très bonnes réactions au discours de Balladur à l’Assemblée nationale. Aucun bruit ne vient de l’Élysée, pourtant attentif à tout éventuel dérapage du Premier ministre : si personne ne dit rien, c’est qu’il n’y en a pas. Les prérogatives du chef de l’État n’ont pas été contestées, sa fonction a été respectée. Les acquis sociaux ne sont pas remis en question. Malgré ses réticencesde départ, Balladur a plaidé la nécessité de l’Europe, de la parité franc-mark et du couple franco-allemand, gage d’une baisse des taux d’intérêt.
    Certes, Balladur a promis d’engager des privatisations. En 1993, cette annonce n’a plus la même charge provocatrice qu’elle a eue auprès de la gauche en 1986. Un peu comme si personne, finalement, au PS, ne croyait plus que les nationalisations soient la panacée.
    Aucune voix hostile au discours de Balladur ne s’élève non plus au sein du Parti socialiste. Laurent Fabius ne veut pas faire de procès d’intentions, il jugera le gouvernement à ses actes. Jean-Pierre Chevènement me dit même qu’il ne voit pas, dans le texte prononcé, de vraie rupture avec la politique de Pierre Bérégovoy. Jack Lang l’a trouvé très bon dans la forme.
    De toute manière, en l’état actuel des choses, Édouard Balladur n’a pas d’opposition : socialistes à la portion congrue, communistes qui ne valent pas mieux, Giscard qui s’est réjoui de sa nomination et de ses premières prises de position, sondages d’opinion en forte hausse : on peut difficilement rêver d’un meilleur début.
    La question, pour l’heure, porterait sur la définition de ses relations avec Jacques Chirac davantage qu’avec François Mitterrand. Un exemple : Balladur a décidé d’inviter à déjeuner les principaux dirigeants de la majorité tous les mardis. Jacques Chirac l’avait fait lui aussi de 1986 à 1988. La différence est que cette réunion se fera, cette fois, non sous l’autorité de Chirac, mais sous celle de Balladur. Elle aura lieu à Matignon, pas à l’Hôtel de Ville. La première a eu lieu le 6 avril dernier, et Jacques Chirac n’y était pas. Autour de Chirac, lorsque celui-ci était Premier ministre, il y avait foule : une bonne vingtaine de personnes. Balladur a restreint le nombre des membres de cette sainte famille. Il y a trois jours, Giscard était là avec les présidents des deux composantes principales de l’UDF. Il y avait aussi Charles Pasqua et Alain Juppé, d’autres encore, pourtant moins nombreux que du temps de l’Hôtel de Ville.
    Un mot sur la raison de l’absence de Jacques Chirac à la réunion du 6 : son gendre, Philippe Habert, s’était donné la mort la veille, et on l’a enterré le 8 en l’église Saint-Gervais, deux heures avant le discours de politique générale de Balladur. Il était maître de conférences à Sciences Po et directeur des études politiques du Figaro . Je n’ai pourtant jamais eu l’occasion de le rencontrer : les responsables

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