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L'archipel des hérétiques

L'archipel des hérétiques

Titel: L'archipel des hérétiques Kostenlos Bücher Online Lesen
Autoren: Mike Dash
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l'agression avait été
orchestrée par Cornelisz lui-même, car ils se précipitèrent à terre en
implorant le secours de l'intendant adjoint. Jeronimus regarda d'un œil froid
les quatre hommes désespérés qui se traînaient à ses pieds en implorant sa protection
:
    — Pas de quartier ! laissa-t-il tomber.
    Jan Hendricxsz arriva sur les traces des quatre hommes,
l'épée au clair. Il se jeta sur Pauwels Barentsz et lui plongea sa lame dans le
flanc. Barentsz retomba sur le sable, tandis qu'Andries Jonas 62 , le
plus vieux des complices de Cornelisz, puisqu'il avait quarante ans, arrivait à
la rescousse. Il lui transperça la gorge d'un coup de pique. Les hurlements du
marin firent place à un atroce gargouillis qui se noya dans son propre sang.
Pendant ce temps, Hendricxsz tua Winckelhaack d'un coup d'épée et blessa Bessel
Jansz ; Rutger Fredericx vint lui prêter main-forte, « transperçant de son épée
le dénommé Bessel, jusqu'à ce qu'il fût mort ». Puis le serrurier s'élança à la
poursuite de Harmansz, qui tentait de fuir dans les hauts-fonds, et le tua à
son tour. Il ne restait plus sur les bateaux que les trois femmes. Zevanck, Van
Huyssen et Van Welderen les poussèrent dans la chaloupe et ramèrent en
direction du chenal où il y avait plus de trente mètres de fond. Là, ils les
jetèrent par-dessus bord et elles coulèrent aussitôt, entraînées par leurs
jupes mouillées.
    Le massacre du prévôt et de son groupe, qui se déroula au
vu et au su des cent trente habitants du Cimetière du Batavia , jeta pour
la première fois la lumière sur les desseins de l'intendant adjoint. Depuis
trois semaines ou plus, les occupants de l'île avaient aveuglément accepté
l'autorité de Cornelisz. A présent, leurs yeux se dessillaient. Peut-être
Jeronimus essaya-t-il de justifier ses actes en présentant Pieter Jansz comme
un traître à la Compagnie. Peut-être l'accusa-t-il d'avoir tenté de fuir vers
l'île Haute, en bravant les ordres du conseil, mais si tel fut le cas, cela ne
l'avança pas à grand-chose. Désormais, toute la population de l'île savait à
quoi s'en tenir. Les « exécutions » dont ils venaient d'être les témoins
étaient des meurtres commis de sang-froid et des actes de mutinerie. Mais,
malgré leur écrasante supériorité en nombre (ils étaient quatre fois plus
nombreux que les hommes de Cornelisz), les habitants de l'île se sentaient
démunis, face à l'intendant adjoint qui avait le contrôle de toutes les armes.
Seuls les mutins pouvaient disposer des épées, des poignards et des haches
entreposés dans les magasins. L'île était si nue et si exiguë qu'on ne pouvait
espérer s'y cacher, et les bateaux étaient surveillés.
    En outre, avec une insolence que les loyalistes durent
trouver plutôt amère, Cornelisz se présentait comme le symbole vivant du
pouvoir de la VOC dans les Abrolhos et, en sa qualité de chef officiel du
conseil de l'île, il exigeait une obéissance et une soumission absolues de la
part de tous les rescapés. Toute tentative d'opposition, y compris les
protestations les plus timides, était désormais considérée comme un acte de
mutinerie contre la VOC. Ayant assisté au massacre de Pieter Jansz qui avait
été taillé en pièces sous leurs yeux, les rescapés étaient on ne peut mieux
placés pour savoir que le moindre signe de résistance serait désormais passible
de la peine de mort.
    On comprend donc qu'une douzaine d'hommes aient rejoint la
bande de Cornelisz, au cours des quelques jours qui suivirent 63 . La
plupart le firent, semble-t-il, dans l'espoir de sauver leur propre vie, mais
certains lorgnaient les privilèges des complices de l'intendant adjoint : des
rations plus généreuses, l'accès plus aisé aux bateaux et aux magasins. Ces
opportunistes étaient en majorité des artisans ou des hommes de troupe, mais
ils comptaient dans leurs rangs au moins un membre de l'équipe des marchands :
un dénommé Isbrant Isbrantsz, commis. Frans Jansz lui-même, voyant ce dont
Jeronimus était capable, préféra s'allier aux mutins 64 . Mais ces
nouvelles recrues ne se virent jamais confier que des rôles accessoires dans
les événements qui suivirent. On leur demandait parfois de se joindre aux
mutins, le temps d'une petite démonstration de force. Mais il semble que
Jeronimus ne leur ait jamais totalement accordé sa confiance. Il exigeait
constamment d'eux de nouvelles preuves de loyauté et leur inspirait une terreur
aussi

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