Bücher online kostenlos Kostenlos Online Lesen
L'archipel des hérétiques

L'archipel des hérétiques

Titel: L'archipel des hérétiques Kostenlos Bücher Online Lesen
Autoren: Mike Dash
Vom Netzwerk:
s'enfuir. Pas même
un trou où se cacher. Pour eux, la vie sur l'île de Cornelisz se réduisait à
attendre son tour pour mourir.
    Le caractère apparemment arbitraire des meurtres ne
faisait qu'ajouter à leur angoisse. Nul n'aurait pu prédire qui serait la
prochaine victime des exécuteurs de l'intendant adjoint, pour qui donner la
mort n'était plus qu'une simple routine. Ils ne cherchaient même plus de
prétextes pour tuer. Il suffisait de s'écarter un tant soit peu de la norme -
être, par exemple, trop bavard ou trop taciturne -, ou d'échouer dans telle ou
telle tâche pour voir arriver Zevanck ou Jan Hendricxsz, le sabre au clair,
avec des accusations forgées de toutes pièces.
    Si les journées étaient atroces, les nuits l'étaient bien
plus. Car la plupart des meurtres étaient perpétrés à la nuit tombée, lorsque
les îles semblent faire le gros dos sous les assauts du vent et que l'incessant
martèlement des vagues se noie dans le chœur des sternes et des puffins 13 81 ,
dont les cris déchirants ressemblent à s'y méprendre à des hurlements de
nouveau-nés. A la mi-juillet, la lune était noire et le peu de lumière qui
filtrait à travers les nuages menaçants provenait du vague scintillement des
étoiles. Les survivants avaient appris à redouter toute source lumineuse venant
dans leur direction. La danse de la lanterne, naguère rassurante, de la
sentinelle qui veillait sur le petit campement était devenue un présage de
mort. Gisant sur leurs couchettes de fortune, inconfortablement installées sur
les plaques de corail branlantes qui jonchaient le sol, les loyalistes
retenaient leur souffle dès qu'une lumière approchait. Ils attendaient en
tremblant que la luciole jaunâtre ait dépassé leur tente, avant de reprendre
temporairement souffle, presque étonnés d'être encore en vie. Peut-être le
prochain passage de la lanterne serait-il pour eux le dernier...
    Chaque matin au réveil, Jeronimus portait le regard vers
l'ouest, par-delà le chenal qui le séparait de l'île aux Otaries. Il apercevait
là-bas les silhouettes des hommes et des femmes qu'il y avait exilés et qui
s'affairaient dans leur propre campement. Il les avait laissés en paix pendant
près d'un mois, sans se cacher qu'il finirait par leur faire subir le même sort
qu'à Pieter Jansz et à ses hommes. À la mi-juillet, débarrassé à la fois du
prévôt et des malades, il s'estima prêt à les attaquer.
    Ils étaient environ quarante-cinq, sur l'île aux Otaries.
Privés de vivres, ils avaient dû avoir le plus grand mal à trouver assez d'eau
et de nourriture pour survivre. Ils devaient être pour la plupart malades et
épuisés. Leurs chefs, Cornelis Jansz, le jeune commis d'Amsterdam, et Gabriel
Jacobszoon, le caporal, n'avaient pas plus de dix ou douze hommes sous leurs
ordres, le reste du groupe étant constitué de jeunes garçons (qui étaient
environ deux douzaines) et de femmes accompagnées d'enfants.
    Il est difficile de se faire une idée précise de ce que
ces gens savaient au juste des activités de Cornelisz, mais les meurtres du 9
juillet n'avaient pu échapper à l'attention des observateurs potentiels qui
surveillaient la mer de l'autre côté du chenal. En voyant les bateaux prendre
le large pour pêcher, Jansz et Jacobszoon devaient se demander pourquoi ils
évitaient tout contact avec les habitants de l'île aux Otaries. Il semble que
le commis et le caporal aient eu quelques soupçons quant aux desseins de
Jeronimus, car tout comme les hommes du prévôt, ils avaient entrepris de
construire trois ou quatre embarcations, sur la rive ouest de leur île, hors de
vue de Jeronimus. Ils s'apprêtaient à les mettre à la mer, lorsque, le 15
juillet, ils aperçurent les hommes de l'intendant adjoint qui arrivaient dans
une yole vers leur campement.
    Jeronimus, dont l'assurance ne cessait de croître, ne leur
avait envoyé que sept mutins pour les mater. Zevanck et Van Huyssen dirigeaient
l'attaque avec sous leurs ordres Jan Hendricxsz, Lenert Van Os, Cornelis
Petersz et un cadet suisse du nom de Hans Jacob Heijlweck. Le dernier membre de
la bande était Frans Jansz, le chirurgien, qui n'avait jamais pris part aux
meurtres. Sans doute Jeronimus lui avait-il commandé de se joindre aux autres,
et Jansz avait dû juger plus prudent d'obéir, pour apporter la preuve de sa
loyauté 82 .
    Les ordres de Cornelisz étaient on ne peut plus clairs : «
Tuez-les tous, ou presque, leur avait-il dit. Supprimez

Weitere Kostenlose Bücher