Bücher online kostenlos Kostenlos Online Lesen
Le bâton d'Euclide - Le roman de la bibliothèque d'Alexandrie

Le bâton d'Euclide - Le roman de la bibliothèque d'Alexandrie

Titel: Le bâton d'Euclide - Le roman de la bibliothèque d'Alexandrie Kostenlos Bücher Online Lesen
Autoren: Jean-Pierre Luminet
Vom Netzwerk:
n’appartient qu’à Dieu. Tout est déjà écrit, Là-Haut, dans Son grand livre. Quant aux superstitions païennes… Je le répète, la pire est de vouloir lire dans les étoiles l’avenir des hommes, et c’est ce qu’ont voulu faire les astronomes dont vous m’avez parlé.
    — Le grand Ptolémée, je ne parle pas du roi, mais du géographe, n’avait rien d’un superstitieux, rétorqua Rhazès avec un calme inattendu. Bien au contraire, c’est avec le plus parfait esprit de raison et de tolérance qu’il a rendu compte de cet art conjectural que l’on appelle astrologie. Il ne s’est lancé dans aucune prophétie hasardeuse, et l’enseignement qu’il dispense quant à l’influence des configurations célestes sur les destinées humaines aurait de quoi étonner ton calife…
    — Il faut donc que tu m’expliques mieux les œuvres de ce Ptolémée, si tu les juges profondes et éclairantes.
    Me voilà pris au piège, songea Rhazès, puisque je ne suis moi-même guère convaincu par la vérité de l’astrologie ! Mais l’important est de te convaincre toi, Amrou, que ton destin, tel qu’il est écrit dans les astres, est de bâtir une ère nouvelle, pas de détruire… Quitte à tricher un peu, et à enrober mon discours d’un peu de géographie, de philosophie et de médecine !

L’astrologue et le stoïcien (Quatrième pamphlet de Rhazès)
    De celui que ses contemporains nommèrent « le divin Ptolémée », nous ne savons presque rien. Un paradoxe pour cet homme qui fut appelé à parler à tous les hommes. Car Claude Ptolémée fut de la race de ceux qui bâtissent pour l’éternité, et il posséda cette puissance créatrice qui éprouve la nécessité de recréer sans cesse.
    Dans aucun de ses écrits, Ptolémée ne fit la moindre référence à sa vie, à ses contemporains – comme s’il voulut prouver que seules lui importaient, dans la réalité physique autant que dans les œuvres humaines, les justes proportions et la cohérence du monde. Sa date de naissance, ce que furent les siens, ses amours, ses amis, sa position sociale, son métier, tout ne serait qu’une longue suite d’énigmes, si la Bibliothèque ne conservait précieusement l’unique manuscrit d’une brève Vie de Ptolémée, que l’historien Simplicius, infatigable commentateur d’Aristote et d’Épictète, laissa inachevée.
    Claude Ptolémée serait né à Ptolémaïs Hermiou [7] , cent ans environ après la naissance du prophète des chrétiens, Jésus. Il appartint au siècle des Antonins, qui vit régner paix et prospérité à l’intérieur de l’empire romain, et fut propice aux échanges culturels et commerciaux.
    Fils unique d’une famille distinguée, Ptolémée montra de si extraordinaires dispositions pour le raisonnement géométrique que son père l’envoya, encore adolescent, à Alexandrie, afin d’étudier au Musée. À cette époque, l’institution avait périclité, et les enseignements qui y étaient dispensés étaient médiocres. Parmi les professeurs, Menelaus faisait exception. Bon géomètre, il repéra très vite les dons de son élève, et comprit que ce jeune homme posé et réfléchi serait digne de recevoir, le moment venu, l’héritage intellectuel d’Hipparque.
    Ptolémée demeura une dizaine d’années au Musée. À l’âge de vingt-cinq ans, il avait déjà écrit plusieurs traités remarqués. Confortablement logé et nourri dans le quartier des palais, il donnait quelques cours à des disciples assidus. En réalité, Ptolémée s’ennuyait. Alors, souvent, il allait musarder dans les rues de la ville. En ce temps-là, le commerce avec l’Afrique et l’Orient était florissant grâce à la grande route joignant Alexandrie à la mer Rouge que l’empereur Hadrien venait de faire construire. Les riches échoppes de fruits, de tissus fins, de pierreries et d’épices se succédaient dans les longues avenues d’Alexandrie. Toute une population bariolée s’y bousculait dans le plus grand désordre. Ptolémée s’arrêtait parfois pour écouter, avec un amusement détaché, quelque prédicateur de l’une de ces innombrables sectes chrétiennes qui pullulaient, haranguant les passants et provoquant des attroupements que les forces de l’ordre tentaient en vain de disperser. Mais ce qu’il aimait par-dessus tout, c’était flâner dans les boutiques des négociants en épices. Lui qui, depuis sa venue à Alexandrie, ne s’était plus guère aventuré

Weitere Kostenlose Bücher