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Le Roi de fer

Le Roi de fer

Titel: Le Roi de fer Kostenlos Bücher Online Lesen
Autoren: Maurice Druon
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était assise. Une jeune
femme au visage étroit, au maintien raide, se tenait debout auprès d’elle.
Guccio mit un genou à terre et chercha un compliment qui ne vint point. La
présence d’une tierce personne augmentait son désarroi. Mais par quelle sotte
illusion s’était-il figuré que la reine serait seule pour le recevoir ?
    Ce fut elle qui parla.
    — Lady Le Despenser, voyons les
bijoux que nous porte ce jeune Italien, et si ce sont vraiment les merveilles
qu’on dit.
    Ce nom de Despenser acheva de
troubler Guccio. Quel pouvait être le rôle d’une Despenser dans l’intimité de
la reine ?
    S’étant relevé sur un geste
d’Isabelle, il ouvrit le coffret et le présenta. Lady Le Despenser, y ayant à
peine jeté un regard, dit d’une voix brève et sèche :
    — Ces bijoux sont fort beaux en
effet ; mais nous n’en avons que faire. Nous ne pouvons pas les acheter,
Madame.
    La reine eut un mouvement
d’humeur :
    — Alors pourquoi votre beau-père
m’a-t-il pressée de voir ce marchand ?
    — Pour obliger Albizzi, je
pense ; mais nous devons déjà trop à ce dernier pour acquérir encore.
    — Je sais, Madame, dit alors la
reine, que vous, votre époux et tous vos parents avez si grand soin des deniers
du royaume qu’on pourrait croire que ce sont les vôtres. Mais ici, vous
tolérerez que je dispose de ma cassette ou, à tout le moins, de ce qu’on m’en a
laissé… J’admire d’ailleurs, Madame, que lorsqu’il vient au palais quelque
étranger ou marchand, on éloigne toujours, comme par accident, mes dames
françaises, afin que votre belle-mère ou vous-même me teniez une compagnie qui
ressemble plutôt à une garde. J’imagine que si ces mêmes joyaux sont présentés
à mon époux et au vôtre, ceux-ci en trouveront bien l’usage pour s’en parer
l’un l’autre comme femmes ne l’oseraient point.
    Le ton était uni et froid ;
mais en chaque parole éclatait le ressentiment d’Isabelle contre cette famille
qui, en même temps qu’elle déshonorait la couronne, mettait le Trésor au
pillage. Car non seulement les Despenser, père et mère, s’enrichissaient de
l’amour que le roi portait à leur fils, mais l’épouse elle-même consentait au
scandale et y prêtait la main.
    Vexée de l’algarade, Eleanor le
Despenser se retira dans un coin de l’immense pièce, mais sans cesser
d’observer la reine et le jeune Siennois.
    Guccio, reprenant un peu de cet
aplomb qui d’ordinaire lui était naturel et aujourd’hui lui faisait si
malencontreusement défaut, osa enfin regarder la reine. C’était l’instant ou
jamais de faire comprendre à celle-ci qu’il plaignait ses malheurs et
souhaitait la servir. Mais il rencontra une telle froideur, une telle
indifférence, qu’il en eut le cœur gelé. Les yeux bleus d’Isabelle avaient la
même fixité que ceux de Philippe le Bel. Le moyen d’aller déclarer à une telle
femme : « Madame, on vous fait souffrir et je veux vous
aimer » ?
    Tout ce que put Guccio fut de
désigner l’énorme bague d’argent, qu’il avait placée dans un coin du coffret,
et de dire :
    — Madame, me ferez-vous la
faveur de considérer ce cachet et d’en remarquer la ciselure ?
    La reine prit la bague, y reconnut
les trois châteaux d’Artois gravés dans le métal, releva son regard sur Guccio.
    — Ceci me plaît à voir,
dit-elle. Avez-vous d’autres objets qui soient travail de même main ?
    Guccio sortit de son vêtement le
message en disant :
    — Les prix en sont inscrits
ici.
    — Approchons-nous du jour, que
je les voie mieux, répondit Isabelle.
    Elle se leva et, accompagnée de
Guccio, gagna l’embrasure d’une fenêtre où elle put lire le message tout à
loisir.
    — Retournez-vous à Paris ?
murmura-t-elle.
    — Aussitôt qu’il vous plaira de
me l’ordonner, Madame, répondit Guccio du même ton.
    — Dites alors à Monseigneur
d’Artois que je me rendrai en France dans les proches semaines, et que j’agirai
comme j’en suis convenue avec lui.
    Son visage s’était un peu
animé ; mais son attention se portait tout entière sur le message, et
nullement sur le messager.
    Un souci royal de bien payer ceux
qui la servaient lui fit cependant ajouter :
    — Je dirai à Monseigneur d’Artois
qu’il vous récompense de votre peine mieux que je ne saurais le faire en cet
instant.
    — L’honneur de vous voir et de
vous obéir, Madame, est certes la plus belle récompense.
    Isabelle remercia

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