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Les révoltés de Cordoue

Les révoltés de Cordoue

Titel: Les révoltés de Cordoue Kostenlos Bücher Online Lesen
Autoren: Ildefonso Falcones
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liberté,
consentie et désormais couverte par l’ouvrier, dont il n’aurait pu jouir à un
autre poste.
    Par ailleurs, les expéditions vers l’autre rive du
Guadalquivir sur La Vierge Fatiguée, qui supportait avec ténacité les
voyages successifs, se répétèrent à plusieurs reprises. Hernando et Juan
sympathisèrent et leurs conversations nocturnes sur les femmes du bordel arabe,
après l’arrêt sévillan, se déroulaient entre rires et plaisanteries.
    — Comment pourrais-tu chevaucher trois femmes en même
temps si tu n’es pas capable de ramer plus vite ! l’asticotait Hernando,
écopant sans relâche, quand La Vierge se fatiguait et se retrouvait
pleine d’eau lors des voyages de retour.
    Cette amitié lui procurait aussi un peu plus que les deux
mailles que le vendeur de mules lui avait données la première fois :
Hernando participait aux bénéfices de la contrebande de vin. El Potro – à
l’ambiance peuplée d’aventuriers et de coquins sans vergogne – devint peu
à peu son véritable foyer. Il continuait à travailler à la tannerie ; il
avait besoin de la respectabilité que lui conférait ce poste face au magistrat
ou au curé de San Nicolás qui leur rendaient visite pour vérifier s’ils se
convertissaient bien en bons chrétiens. Mais sa vie était désormais à El Potro.
    Pendant que les gamins des quartiers de San Lorenzo ou de
Santa María transportaient ses peaux depuis les abattoirs, Hernando allait à la
Calahorra traficoter avec Juan et les autres marchands. Il souriait toujours quand
il se rappelait comment il avait réussi à se débarrasser d’une tâche si
ingrate. Lors de ses premiers voyages, en contournant les remparts, il avait vu
les garçons des différents quartiers se battre à coups de pierres sur le chemin
de ronde et alentour. Ces affrontements avaient fini par faire un mort et
plusieurs blessés parmi les personnes égarées qui passaient dans le coin,
raison pour laquelle le conseil municipal avait décidé de les interdire, mais
les gamins n’avaient pas tenu compte des décrets et les batailles de cailloux
s’étaient poursuivies. La première fois où Hernando s’était retrouvé pris dans
l’une d’elles, entre des dizaines de garçons qui se jetaient des pierres, il
s’était protégé avec les peaux jusqu’à ce que le combat s’arrête. Plus tard il
les avait revus s’entraîner pour la bataille suivante. Qui pouvait gagner
contre un ancien habitant des Alpujarras au lancer de pierres ? avait-il
alors pensé. Il avait parié une maille. Ils viseraient un bâton ; si les
gamins perdaient, ils porteraient les peaux jusqu’à la tannerie ; dans le
cas contraire, ils gagneraient la maille. Il avait perdu quelques pièces, mais
remporté la majorité des paris, et alors que les garçons remplissaient leur
part du marché, il se présentait au campo de la Verdad où il feignait de
ramasser du fumier en se traînant sous les mules. Alors, un marchand de chevaux
désignait ce Maure sale et malodorant, l’attrapait par les cheveux et
l’obligeait à monter sur un palefroi pour convaincre un acheteur que le cheval
était paisible et n’avait aucun vice. Et Hernando se laissait tomber sur la
monture tel un sac, en apparence terrorisé, comme s’il n’avait jamais monté,
tandis que le marchand chantait les mérites d’un animal capable de supporter un
cavalier aussi inexpérimenté. Si la vente était conclue, Hernando recevait son
argent.
    Une nuit, il aida aussi un chevalier à grimper le mur du
couvent des religieuses de Santa Cruz, attendant de l’autre côté pour lui
lancer la corde de retour tandis que, dans l’obscurité, il avait d’abord perçu
les rires étouffés du couple puis leurs halètements passionnés. Mais toutes ses
incursions ne furent pas couronnées de succès. Un jour il se joignit à un
groupe de mendiants étrangers qui n’avaient pas l’autorisation de demander
l’aumône dans la ville. La mendicité était parfaitement régulée à Cordoue, et
seuls pouvaient la pratiquer ceux qui avaient la permission du curé. Une fois
qu’ils confirmaient s’être confessés et avoir communié, on leur remettait une
cédule spéciale qu’ils accrochaient autour de leur cou et qui leur permettait
de demander l’aumône à l’intérieur des limites de la paroisse. L’un de ces
mendiants clandestins possédait la rare habileté de retenir sa respiration
jusqu’à simuler la mort : son visage prenait alors une

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