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L'Insoumise du Roi-Soleil

L'Insoumise du Roi-Soleil

Titel: L'Insoumise du Roi-Soleil Kostenlos Bücher Online Lesen
Autoren: Jean-Michel Riou
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pas, mais elle est là. Que faire ?
    — Jouer avec, répondis-je. Elle ne cesse de vous répéter qu’elle peut l’emporter. Seriez-vous mauvais perdant ?
    Ses derniers mots semblèrent de trop. Il secoua la tête et se leva sans effort. Sa canne était déjà en main. Il se gratta le nez. Il partait. Il allait me dire non.
    — Vos paroles, vos gestes, votre entêtement, tout montre que vous agissez sous le coup de l’émotion. Ce n’est pas en faisant monter la fièvre que vous triompherez. Vous voulez voir le roi ? Ce défi s’apparente à l’apprentissage de la patience. D’abord, il faut se préparer au jeu, l’apprécier avant de s’asseoir à une table. Règle un, ne jamais se jeter en avant sans connaître la force de ses adversaires. Ainsi, on saura quand il sera temps de quitter le combat. Connaissez-vous Louis XIV ? Mesurez-vous son pouvoir ? Il vous détruira avant même de vous effleurer. Règle deux, il ne faut jamais jeter toutes ses armes dans la bataille. Gagner, c’est aussi savoir se replier. Mais de ce que je vois de votre tempérament, vous avancerez envers et contre tout. Votre détermination vous aveuglera. Quand vous songerez au moyen d’en sortir, il sera trop tard. Il convient de toujours conserver une carte en main. En avez-vous seulement une ? Règle trois, plus il y a de risques, plus il importe d’observer et de prévoir. Accepteriez-vous d’entendre ces règles de prudence ? Je ne le pense pas.
    — Sans doute moins que vous l’espérez, mais je crois, moi, à la chance.
    — C’est ainsi que l’on perd tout.
    — Ne s’est-elle jamais tournée vers vous ?
    — Parfois. Mais je n’ai jamais compté sur elle.
    Louis de Mieszko observa alors madame de Sévigné. Il préparait son départ. La colère me saisit :
    — Depuis un moment, je vous écoute avec patience bien que selon vous elle me fasse défaut. Votre sujet ? Le jeu et le gain. Avez-vous une seule fois prononcé le mot d’amitié ? Avez-vous parlé de cause noble en apportant votre soutien à un homme qui vous apprécie ? Je venais trouver un être estimé par mon père et pour lequel je le crois capable de braver l’impossible. La réciproque semble moins vraie. En effet, monsieur, nous nous sommes trompés, et l’un et l’autre. Moi, je crois à la chance, à l’honneur et au Destin !
    — Hélène, gémit la marquise, tu ne peux...
    — Laissez-la dire, la coupa Louis de Mieszko.
    Il se tourna vers moi. Métamorphosé. Son regard se montrait désormais doux et caressant, sa voix apaisée et chaude. Il s’avança dans ma direction, souffla paisiblement et me fit encore patienter avant d’expliquer ces changements :
    — J’avais promis à votre père de tout tenter pour vous pousser à abandonner. Je n’ai pas réussi. On ne gagne pas à tous les coups. Seriez-vous une joueuse redoutable ?
    Il sourit et me baisa la main avant d’ajouter :
    — Aujourd’hui même, le roi organise une Soirée d’Appartements. Les courtisans y seront. Et nous aussi. Ainsi, vous verrez celui à qui vous désirez tant parler. Prudence... Je vous supplie de ne pas vous jeter dessus ! Vous m’écouterez. Nous ne ferons que regarder la partie. Vous engagez-vous ?
    — Je vous le promets ! criai-je le cœur battant.
    — Mon carrosse passera vous chercher à trois heures. Ne le faites pas attendre. Le roi est précis et il déteste que l’on ne respecte pas l’étiquette. Les salons ouvrent à sept heures. La partie commence. C’est ce que vous vouliez. Nous verrons si vous possédez la fameuse chance sur laquelle vous me paraissez trop compter.

    Nous raccompagnâmes Louis de Mieszko à la porte de l’hôtel Carnavalet. À peine était-il monté qu’il frappa de sa canne le toit du carrosse. Le cocher siffla. L’attelage s’ébranla. Je sautai de joie, emportant la marquise de Sévigné dans une danse improvisée.
    — Allons ! Imaginez que l’on nous surprenne, lança-t-elle en riant.
    En rentrant dans la cour, Jean-Baptiste Bonnefoix vint à ma rencontre avec sa mine des mauvais jours.
    — Alors, c’est fait. Vous retournerez à Versailles.
    — Comment le sais-tu déjà ?
    — Je connais le marquis de Penhoët. Il n’est pas homme à refuser un service à votre père.
    — Un temps, il m’a laissé croire le contraire.
    — Il a joué au chat et à la souris. C’est sa méthode.
    — Tu le connais bien.
    — J’ai déjà vu à l’œuvre Louis de Mieszko. Par chance, vous êtes la fille de son meilleur

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