Bücher online kostenlos Kostenlos Online Lesen

Cahiers secrets de la Ve République: 1986-1997

Titel: Cahiers secrets de la Ve République: 1986-1997 Kostenlos Bücher Online Lesen
Autoren: Michèle Cotta
Vom Netzwerk:
singulièrement – mais, je trouve, assez judicieusement, quoi qu’on m’en ait dit – avec la grand-messe de la guerre. Il a trouvé, à quelques encâblures du territoire irakien, quatre militaires français adossés à leur camion immobilisé dans les sables. Ces pauvres types ne savaient rien des opérations en cours, ils se demandaient ce qu’ils faisaient là et râlaient, en bons bidasses, parce qu’ils étaient seuls en plein désert.
    Le CSA – à l’instigation, je le sais, de l’Élysée – m’a convoquée pour me dire qu’en temps de guerre, cela ne se faisait pas ! Le Figaro , jamais en reste, a consacré un article au reportage de TF1 en disant qu’il était scandaleux. Moi, je trouve que le scandale aurait été de ne pas le diffuser.
    Au milieu de tout cela, je suppose que nous avons laissé passer des erreurs. Je ferai le compte après. Ce que je ne supporte pas, c’est l’attitude de ceux qui me disent, depuis plusieurs jours, qu’il ne faut pas donner la parole aux ennemis de la France, qui condamnent FR3 parce que ses journalistes ont invité à l’antenne, fin janvier, des représentants de la communauté musulmane de Paris, craignant que des propos favorables à Saddam Hussein dressent les communautés les unes contre les autres.
    Le vrai problème est autre : aurions-nous dû prendre l’antenne en direct ? Comment ne pas le faire, quand le monde entier s’y employait ? En tout cas, les Français étaient à l’écoute. Tous en trainde râler, tous en train de critiquer l’absence de reportages ou d’images de guerre : mais tous pourtant devant leur petit écran.

    14 février
    J’ai une interprétation complètement personnelle de la visite que Michel Rocard a effectuée hier, accompagné de Pierre Joxe, aux militaires de la division Daguet. Si je lis la presse – et je la lis –, je constate qu’on décrit un Rocard ignorant tout de l’armée, confondant un porte-char et un camion de transport, demandant : « Qu’est-ce que ce tuyau ? » en désignant un lance-roquette. Je ne crois pas un seul instant que Rocard ne voie pas la différence entre un tuyau et un lance-roquette, différence qu’un enfant de dix ans percevrait sans difficulté. Non, je pense qu’il l’a fait exprès : c’est une façon de montrer qu’il n’est pas un va-t-en-guerre, qu’il est resté le militant PSU combattant jadis la guerre d’Algérie, les civils qui l’ordonnaient et les militaires qui la faisaient. Il a voulu se démarquer de Mitterrand dont il a toujours condamné la réaction lorsque, ministre de l’Intérieur au moment de la guerre d’Algérie, sous la IV e  République, il a dit : « L’Algérie, c’est la France. »
    Peut-être que je me raconte des histoires et que Michel Rocard a été pris, en allant voir la division Daguet, d’une irrésistible envie de se renseigner sur la chose militaire...

    15 février
    Les frappes se poursuivent contre l’Irak. Avec des conséquences terribles : à Bagdad, quatre cents civils ont été tués dans le bombardement d’un abri anti-aérien. On nous a parlé de la précision des tirs américains, des bombes « intelligentes », etc., etc. N’y avait-il que des civils dans cet abri, ou bien était-ce un PC militaire déguisé ? Où est l’armée irakienne ? Enterrée, comme on le dit, dans des souterrains creusés à cet effet depuis des années ?
    Les sondages montrent que les Français sont dans leur grande majorité favorables à la guerre. Même chose dans tous les pays qui participent aux opérations contre l’Irak. Difficile, pourtant, de ne pas déplorer qu’on en soit arrivé là. C’est l’entêtement de Saddam Hussein qui nous a amenés à cette situation alors qu’on lui a donné, depuis août dernier, largement le temps de réfléchir.
    Je n’arrive pourtant pas à me réjouir des succès de l’aviation alliée. Alors que l’Irak ne parvient pas à mettre un avion au combat, je n’arrive pas à comprendre la stratégie de Saddam : si c’est pour ne pas pouvoir répliquer, ne devait-il pas évacuer le Koweït avant le déclenchement des hostilités, au lieu d’attendre, comme il l’a fait aujourd’hui, pour le proposer ?

    19 février
    Nouvelle rencontre du Président avec les journalistes à 9 heures du matin. L’impression générale est que Mitterrand est embarrassé par le plan Gorbatchev 11 . Il est très méfiant et craint un coup fourré. Au fond, il

Weitere Kostenlose Bücher