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Cahiers secrets de la Ve République: 1986-1997

Titel: Cahiers secrets de la Ve République: 1986-1997 Kostenlos Bücher Online Lesen
Autoren: Michèle Cotta
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socialistes seraient peut-être tentés, aujourd’hui, par un rapprochement entre le PS et l’UDF. C’est l’opposition, en revanche, qui va le refuser. Le tour de France de Giscard et de Chirac, à l’occasion decette campagne référendaire, leur aura montré, à tous deux, l’ampleur du rejet actuel dont pâtissent les socialistes.
     
    Comment les socialistes sont-ils devenus si impopulaires ? Que s’est-il passé ?
    Devenus gestionnaires, ils n’offrent plus d’espérance. Et, en même temps, ils paraissent moins rassurants que les hommes de droite pour garantir les grands équilibres économiques et financiers. Comme si, décidément, au bout d’années et d’années de pouvoir, dans l’esprit d’une partie de l’électorat français la gauche était toujours illégitime !
    Et puis il y a les « affaires » qui ont fait un mal fou, dont on ne mesurera jamais la puissance dévastatrice.
    Peut-être aussi faudrait-il revenir sur le septennat : quatorze ans, c’est trop, beaucoup trop. Le quinquennat paraît, de ce point de vue, préférable, même si, d’un autre côté, il rabaisse la fonction présidentielle en alignant la durée de son mandat sur celle des députés.
    13 septembre
    Hier, j’ai fait la tournée des « non ».
    D’abord, dans la journée, la fête de L’Huma où, pour la première fois depuis longtemps, je n’interviewe pas Marchais : à la veille du référendum, cela risquerait de mettre TF1 dans l’obligation de compenser un déséquilibre des temps de parole. Roland Leroy, apparemment en mauvaise forme, ne m’en tient pas rigueur, puisque je suis, comme les années précédentes, invitée à déjeuner sous la tente où se retrouvent les leaders du Parti communiste. Marchais, œil et veste bleu-vert, revient d’Amérique, qu’il a trouvée en crise. Il n’a passé que trois heures avec le vieux Guss Hall, secrétaire général du PC américain. Pour le reste, il a flâné dans les rues de San Francisco et de New York, il a traversé Harlem où les gens l’ont reconnu parce qu’il venait d’enregistrer une émission sur la télévision locale. Il n’est pas fâché que l’Amérique soit en crise alors que l’URSS a disparu.
    Ils savent bien, Roland Leroy et lui, qu’ils peuvent au mieux conserver le PC comme il est aujourd’hui, dans cet état rabougri, quasi désespéré, mais que leur mort est inéluctable, que le XX e  siècle est fini, que leur cause est perdue.
    Je les trouve tous deux si intimement liés, amis/ennemis depuis les années 1950, aujourd’hui confrontés à la même réalité, celle de l’agonie du Parti communiste français, qu’ils ne peuvent même plus s’accuser l’un l’autre d’avoir perdu.
     
    Le soir, au Zénith où se déroule le meeting commun de Villiers-Pasqua-Séguin, incroyable enthousiasme des troupes de Jacques Chirac derrière Pasqua. Le plus populaire, c’est lui. Philippe Séguin, ils l’aiment bien, ils lui sont très reconnaissants d’avoir, le premier, pris son bâton de pèlerin, cet été, en faveur du « non ». Villiers, lui, est un très bel orateur de meeting : il a un art de la scène et de la salle que je ne lui connaissais pas.
    Que fera Chirac de Pasqua après le référendum ? Si la moitié des électeurs du RPR sont derrière Chirac, l’ensemble des militants, eux, sans conteste, sont derrière Pasqua. Je pensais jusqu’à présent que le 20 au soir, ou le 21 au matin, le RPR recollerait les morceaux sans difficulté. Je me demande aujourd’hui si ce sera vraiment possible. Je regardais, ce soir, la tête de Pasqua, ovationné comme il ne l’a jamais été. Comment pourrait-il être le même Pasqua après qu’avant ? Comment les militants (devant qui personne n’ose ici prononcer le nom de Jacques Chirac, de crainte d’un énorme chahut) pourraient-ils être identiques, après ?
    Ce qui frappe aussi, c’est l’hostilité de la salle à Mitterrand. À intervalles réguliers, derrière moi, un homme se lève et crie, au milieu des rires de l’assistance : « Il va crever ! » Pour les militants du RPR présents, l’idée de voter Mitterrand est insupportable, quoi qu’en disent Chirac et Giscard. Ils ne s’y font pas.
    14 septembre
    Simone Veil s’irrite à l’idée qu’avec ce référendum, Mitterrand ait pris le risque de tuer l’Europe pour des raisons de politique intérieure ; à l’idée que Jacques Chirac reste aussi timoré, et qu’il se soit en

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