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Cahiers secrets de la Ve République: 1986-1997

Titel: Cahiers secrets de la Ve République: 1986-1997 Kostenlos Bücher Online Lesen
Autoren: Michèle Cotta
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disait-on, et tout le redevient. Absurde comédie !
    Pendant ce temps, Mitterrand se soigne. La ZDF 41 parle de son « traitement quotidien », dont la presse française n’a pas dit un mot. Ce qui est sûr, c’est qu’il ne cesse d’alléger son emploi du temps et de remettre ses rendez-vous : Pierre Bérégovoy sera à sa place, la semaine prochaine, à la Sorbonne, et le sommet africain se passera de la présence du président français. Motif invoqué : celui-ci ne peut supporter ni la chaleur ni l’humidité.
    De sources différentes (Robert Namias, Roger Stéphane) on me dit que c’est très grave. Serge July me le confirme. Il parle d’ailleurs, dans l’émission que nous faisons ensemble sur TF1, d’une rencontre « prochaine », qu’il situe dans l’Au-delà, entre de Gaulle et Mitterrand.
    Je l’interromps : « Comment ça, prochaine ? »
    Il se reprend : rien à voir avec le cancer de Mitterrand ; compte tenu de son âge, plus simplement.
    Pourtant, chacun estime qu’il ne pourra pas terminer son mandat. Cela me rappelle douloureusement, étrangement, l’approche de la mort de Pompidou. Je ne peux oublier Denis Baudouin, son porte-parole, me jurant les yeux dans les yeux qu’il n’avait rien. Et Xavier Marchetti, et Marie-France Garaud, et Chirac...
    Mitterrand, pourtant, contrairement à Pompidou, a choisi la clarté. L’annonce d’une telle maladie bouleverse le calendrier politique. Le regard de tous les Français a changé, mais aussi celui de tous les présidentiables.
    27 septembre
    Jacques Chirac a, le premier, énoncé le principe : le Président doit partir s’il perd la majorité aux élections législatives de l’année prochaine.
    Crime de lèse-majesté ? Peu importe, tout le monde emboîte le pas. Le Figaro Magazine pose la question d’une présidentielle anticipée, et le JDD polémique sur le départ de Mitterrand.
    Inévitable : un Président politiquement affaibli, de surcroît malade, l’est encore plus.
    3 octobre
    Tant de choses, depuis une semaine, que j’ai peine à tout écrire.
    Sur Mitterrand, d’abord. Son goût du secret. Il n’a prévenu de son opération ni sa femme ni ses enfants. La veille de son entrée à l’hôpital, il petit-déjeunait avec Danielle, rue de Bièvre, et l’a interrogée, comme si de rien n’était, à propos du voyage qu’elle s’apprêtait à faire en Colombie :
    « Alors, quand pars-tu, que vas-tu y faire ? »
    Ce n’est qu’après son hospitalisation qu’il a autorisé sa fidèle secrétaire à prévenir sa famille.
    La rumeur : elle enfle, se repaît de tout. Du fait que je sois, comme souvent, de permanence au bureau aujourd’hui, par exemple : la rédaction en conclut que quelque chose d’important va se passer pendant le week-end !
    Par-delà la rumeur, les précisions, qui n’en sont pas toujours, apportées par les uns et les autres aux communiqués de santé : Roger Hanin, vedette de Navarro et beau-frère de Mitterrand, dîne avec Étienne Mougeotte : « Nous serons fixés, lui dit-il, le 20 octobre. Nous saurons à ce moment si le traitement hormonal est efficace ou pas. »
    Georges Fillioud, à qui j’en parle, nie énergiquement que Roger Hanin sache quelque chose à ce sujet. Quant à la date du 20 octobre, évoquée pour marquer la fin de la période d’incertitude, c’est la date de la première séance des débats sur la partie 2 de la loi budgétaire, celle du dépôt éventuel d’une motion de censure de l’opposition ! La motion a-t-elle des chances d’être adoptée ? Personne n’a intérêt à presser le pas : le monde politique s’enfonce dans un édredon. L’opposition a besoin de temps pour se retrouver après le référendum, et elle ne souhaite pas faire campagne immédiatement contre un chef d’État à qui elle vient, tant bien que mal, de donner raison. Les communistes, eux, aspirent à retrouver une place au sein de la gauche en profitant de l’affaiblissement politique et idéologique du PS ; il leur faut un peu de temps pour exploiter les faiblesses de la social-démocratie. Giscard ne souhaite pas davantage brusquer les échéances : l’UDF est toujours distancée par le RPR ; il souhaiterait avoir le temps de changer la donne. D’autant plus qu’il peut très bien, alors, se retrouver Premier ministre de la « cohabitation ».
    Quant aux socialistes, apeurés par l’avenir, incapables de définir une tactique et d’ouvrir une

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