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Chronique de mon erreur judiciaire

Chronique de mon erreur judiciaire

Titel: Chronique de mon erreur judiciaire Kostenlos Bücher Online Lesen
Autoren: Alain Marécaux
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des plus beaux cadeaux de ma vie.
    Le début de matinée est consacré à l’audition d’énièmes témoins stupéfaits d’être là, comprenant à leur plus grand effroi qu’ils auraient pu occuper notre place et partager notre triste sort. Nous apprenons également l’existence d’un second « procès d’Outreau », dit Outreau bis, censé débuter en octobre 2004 (14) dont deux prévenus apparaissent sous bonne escorte car incarcérés, dossier parallèle nourri des déclarations d’une protagoniste dont nous avons pu vérifier la fiabilité, Myriam Badaoui elle-même !
    Mais l’enjeu majeur de cette journée n’est pas là. Les conseils des sept accusés toujours incarcérés, mais mis hors de cause par cette femme diabolique la semaine précédente, présentent une nouvelle demande collective de remise en liberté provisoire. Si la précédente requête avait seulement permis à Sandrine Lavier de sortir de prison, cette fois la donne est inversée. Embûche toutefois, l’avocat général s’oppose à ces demandes en estimant qu’il n’y a pas d’éléments nouveaux les autorisant. Heureusement, le tribunal tranche en début d’après-midi et toutes les requêtes sont acceptées.
    En apprenant la nouvelle, des larmes de joie embuent mon regard. Enfin, toutes ces personnes incarcérées que je sais maintenant aussi innocentes qu’Odile et moi vont pouvoir humer l’air libre. Leur libération est si émouvante que je ne peux m’empêcher d’aller les féliciter, de leur serrer la main, de les encourager dans leur combat pour que justice soit enfin rendue.
    Ce soir, pour ceux qui ont encore un domicile, ils dormiront dans leur lit ! À un journaliste qui cherche à savoir pourquoi je pleure, je réponds que cette décision magnifique m’émeut et que je suis heureux de constater le bonheur de tant de personnes meurtries ayant enfin droit à retrouver l’affection d’un être cher.
    *
    L’audience reprend avec l’audition de l’ancien instituteur de Dave, lequel a également été l’enseignant de mon fils, parlant de lui comme d’un enfant brillant et ouvert. Ensuite s’expriment d’anciens confrères de Boulogne-sur-Mer, lesquels font part de la solidarité de leur profession envers moi en assurant la Cour de mon intégrité. Notre médecin de famille, aussi entendu, ne se montre pas tendre pour notre couple, mais confirme que Sébastien ne lui a fait aucune confidence relative aux prétendues agressions sexuelles dont il aurait été victime de ma part. Il indique d’ailleurs que si cela avait été le cas, il aurait fait un signalement d’office, ce qui n’a jamais eu lieu.

Chapitre 40

Le procès, Acte III, scène 3
ou
L ’art de couper les cheveux en quatre pour se voiler la face
    Dernier jour de semaine. Le procès reprend avec plus d’une heure de retard, parce que Myriam Badaoui a refusé de se présenter à la cour d’assises. Par voie de courrier envoyé au président, elle explique « en avoir marre d’être ridiculisée ». Un comble. La « reine » refuse de venir au palais !
    L’audience débute donc, sans la principale accusatrice, par l’audition de mon ancien coiffeur. Une histoire de cheveux à dormir debout à laquelle on accorde une importance démesurée. Mais sans doute faut-il boire le calice jusqu’à la lie, endurer les erreurs de l’instruction jusqu’au bout et ne pas déranger l’ordonnancement d’un planning établi avant les « aveux » de l’absente du jour ? L’interrogatoire du Figaro dure une heure, avec une question majeure à la clef : pourquoi ai-je coupé mes cheveux deux millimètres plus courts qu’à l’ordinaire ? Ce thème préoccupe l’avocat général, l’un des avocats des parties civiles, le président de la Cour, et même un de ses assesseurs. J’ai beau arguer que je perds mes cheveux et que, calvitie oblige, je désirais une coupe de plus en plus courte, ils peinent à me croire. Si on finit par apprendre que le coiffeur lui-même avait insisté, quelques années auparavant, pour que j’adopte cette chevelure plus rase, que j’aie eu le malheur d’accéder à sa demande en 2001 ne fait quand même pas de moi un pédophile violeur ? Lorsque mon coiffeur dément avoir tenu les propos que les PV lui prêtent et déclaré aux enquêteurs qu’il s’agissait de modifier mon apparence physique, je suis soulagé.
    Soulagé mais aussi inquiet, car il n’est pas le premier à noter des

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