Chronique de mon erreur judiciaire
l’entrée d’un adolescent d’une quinzaine d’années à l’arrogance et l’outrecuidance extrêmes. Son insolence, son hypocrisie manifeste et ses contradictions font même dire à l’un des avocats de la défense qu’il est « un menteur ». Ce qui provoque un nouvel incident avec un conseil des parties civiles qui se met à crier au scandale. Défenseur ou procureur, tous les rôles sont tellement inversés dans cette incroyable histoire que la tension atteint dans le prétoire un paroxysme pesant. On retiendra néanmoins des récits de ce garçon qu’il aurait été violé une vingtaine de fois par Thierry Delay, que ce dernier aurait menacé de tuer son chien, et que les Lavier s’en seraient pris à lui. Une accusation semble-t-il soufflée par une avocate assise à ses côtés, ce qui suscite un nouvel émoi. Parti dans sa désignation tous azimuts, il met encore en cause l’abbé Dominique, ainsi que « l’huissier de justice » dont il a « reconnu la tête et appris son métier quand il l’a vu à la télé ». Comme il fait également état de voyages en Belgique où des enfants auraient été violés et des cassettes pédophiles vendues, plus grand monde ne fait vraiment attention à ses multiples dénonciations.
Lui succède son frère cadet, beaucoup plus poli, mesuré et d’apparence sincère. Assez émouvant, vrai, il met en cause le couple Delay, ce que Myriam Badaoui confirme, ainsi que l’abbé Dominique, point sur lequel je demeure perplexe, ne croyant pas une seconde aux accusations portées contre lui.
*
3 juin 2004. À la reprise de l’audience va se jouer un moment majeur de ce procès : l’interrogatoire de mon fils. Va-t-il parvenir à se libérer de la pression exercée sur lui, libérer sa conscience et laver mon honneur ? Je le crois, je l’espère, mais sait-on jamais comment réagit l’âme d’un garçon aisément impressionné par le décorum.
Quand Sébastien arrive dans le box pour cet interrogatoire à huis clos, je suis ému. Je ne l’ai pas vu depuis ce séisme du 14 novembre 2001 et je dois bien dire qu’il est beau. En le découvrant ainsi devant moi, je pleure à grosses larmes. A-t-il conscience des enjeux ? Interrogé avec respect par les avocats divers, tout comme par le président et l’avocat général – ce dont je leur suis reconnaissant –, Sébastien se montre on ne peut plus clair. À maître Delarue il indique que j’ai certes une fois touché son « zizi » mais que c’était à travers son pantalon et en aucun cas intentionnel. Il raconte également avec ses mots d’enfant qu’une autre fois, j’ai jeté sa culotte de pyjama dans sa chambre, geste absolument pas équivoque dont je me souviens, puisque j’avais tendance à ne pas vraiment prendre soin de ses vêtements lorsqu’il m’arrivait de l’habiller le matin (négligence qui me valait quelques disputes avec Odile quand elle ne retrouvait pas ses habits le soir). Je me réjouis : mon petit reconnaît, devant le tribunal, qu’il a mal interprété mon geste, pouvant prendre un jeu pour des attouchements. Enfin je suis soulagé : la vérité est désormais établie et moi innocenté.
Même si je déplore au fond de moi que la contamination « sexuelle » de Dave ait pu pousser Sébastien à s’imaginer le pire ; même si je ne comprends pas que des policiers aient surinterprété ses mots ; je ne lui en veux pas et ne lui en voudrai jamais. À la fin de son audition, je prends du reste la parole, et, en larmes, lui lance :
— Sébastien, je t’aime ; j’ai trop travaillé, je te promets de ne plus travailler autant et m’occuper de toi.
J’éclate en sanglots en me rasseyant et maître Delarue propose de demander une suspension de séance, mais je la refuse. Puisque la vérité est enfin apparue, poursuivons ! J’ai peut-être une fois touché le sexe de Sébastien par mégarde, mais jamais il n’y eut dans mon esprit d’intention sexuelle. Tout le monde l’a entendu désormais : je ne suis pas un abuseur d’enfants. Je ne l’ai jamais été et ne le serai jamais. Car, après tout, ayant surveillé tant de centres aérés, de campings, de piscines, sans le moindre problème, si j’avais été malade, ne le saurait-on pas depuis longtemps ? J’ai toujours considéré le corps d’un enfant comme un tabernacle, j’ai enseigné à Sébastien qu’il était propriétaire de son corps et que personne ne pouvait le toucher. Oser
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