Chronique de mon erreur judiciaire
sans que je m’en aperçoive ? N’as-tu pas été sous la coupe de ces copains autoritaires dont l’un a accusé sa mère d’attouchements au-dessus du pantalon comme tu le fis à ton tour ?
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Dans mon cas, les propos de mon fils sont évidemment ceux qui me troublent et m’inquiètent le plus. Mon avocat en est conscient : puisque peu à peu les autres reproches formulés à mon encontre tombent les uns après les autres, il doit aussi faire comprendre aux jurés le caractère non-fondé de cette accusation. L’audience du lendemain débute donc par l’audition d’un médecin légiste expert près les tribunaux ayant ausculté mon fils le 14 novembre 2001, connaissant pertinemment les motifs de son intervention, à savoir d’éventuels viols ou agressions dont cet enfant aurait été victime dans le cadre familial. Le praticien, prolixe, expose sa méthode avec professionnalisme, expliquant comment mon fils a été mis en confiance et entendu en présence d’une infirmière spécialisée. Maître Delarue insiste d’ailleurs sur sa façon de travailler, son expérience, la qualité des personnes qui l’assistent. Pour l’expert, Sébastien est un garçon bien élevé, poli, qui comprend le sens de questions posées avec mesure dans un univers où il se sent écouté, un garçon qui, conclut ce spécialiste, n’a jamais déclaré avoir été victime d’agression sexuelle et ne présente aucune lésion physique de viols ou de pénétrations !
Pas de doute, voilà un rapport d’une personnalité reconnue qui diverge fondamentalement de celui rédigé par l’enquêteur ayant entendu mon fils le même jour ! Face à un tel hiatus, il convient dès lors de se demander comment on a initialement posé les questions. Je décèle aussi dans cette divergence une étrangeté du comportement de Sébastien : sa propension à être influencé par de plus forts ou de plus autoritaires, comme le jeune Dave, ou toutes les personnes extérieures incarnant une autorité quelconque. Mais, après tout, c’est un enfant et comment pourrais-je lui en vouloir : il ignorait la portée de ce qu’on lui faisait dire.
En fait, le seul « reproche » que je puisse lui faire est d’être trop influençable. J’en ai une nouvelle preuve ces jours-là. Dany, qui l’a vu le week-end, m’a averti qu’il allait m’écrire et que Cécile m’avait fait un dessin. Or, à mon arrivée au tribunal, demandant à ma femme ces écrits, Odile, un peu étrange, m’a répondu qu’elle ne voyait pas de quoi je parlais. Sa dénégation a laissé un goût bizarre dans ma bouche. Mon sixième sens, mis en éveil, me conseilla d’être sur mes gardes.
J’ai raison car le lendemain, en début d’audience, mon avocat m’informe d’autre chose : mon fils aurait rédigé un courrier dans lequel il dirait ne plus souhaiter me voir. Je réalise dès lors que Sébastien est influencé.
Ma sœur Dany, furieuse, en veut à l’entourage d’Odile, persuadée elle aussi qu’il fait tout pour que mon fils continue à m’accuser. Elle indique alors à mon avocat être d’accord pour venir en témoigner à la barre.
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Mercredi 2 juin 2004. Mon avocat sera retenu ailleurs toute la journée et celui d’Odile le matin, mais ces absences n’ont guère d’importance puisque les enfants interrogés, comme tous les autres de cette semaine, ne nous mettent en cause ni l’un ni l’autre. Pour la première fois depuis longtemps, mon épouse m’adresse même la parole, s’inquiétant de ma santé ainsi que des doses de médicaments que j’avale. Même la collaboratrice de son conseil me met en garde sur ce point. Leur nouvelle sollicitude m’étonne tellement que je peine à parler, bafouillant une banalité avant d’aller m’asseoir vacillant sur mon banc.
Je passe la matinée à somnoler, levant juste les yeux pour vaguement écouter les réflexions des avocats lors d’une suspension d’audience créée par un tumulte entre conseils. J’ai néanmoins retenu les paroles du jeune Alexis qui, à l’instar de Sébastien, a fait état d’attouchements et de fellations par son père lors des interrogatoires policiers mais qui, en séance, avoue ne plus se rappeler sa vie avec ses parents. Ainsi que l’audition rapide du fils de David Delplanque, qui ne se souvient lui non plus de rien, pas même de son père, lequel a avoué le viol des petits Delay mais pas celui de ses propres enfants.
L’après-midi débute avec
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