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Chronique de mon erreur judiciaire

Chronique de mon erreur judiciaire

Titel: Chronique de mon erreur judiciaire Kostenlos Bücher Online Lesen
Autoren: Alain Marécaux
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souiller cette innocence m’a toujours paru le pire des actes. Dès lors, comment aurais-je pu commettre une telle horreur ?
    *
    Mon fils Thomas sera également interrogé. N’ayant jamais proféré d’accusations contre moi, il est essentiellement interrogé sur l’ambiance au sein de notre famille. Affirmant que j’étais sévère mais qu’il reste proche de moi, il confirme avoir quitté un jour le domicile avec son frère mais qu’en aucun cas il ne s’agissait pour eux d’une fugue. Comme il nie avoir jamais tenté de se suicider par pendaison ainsi qu’il est indiqué dans le dossier. Déplorant le temps que je passais à travailler, il se souvient néanmoins que je savais profiter des bons moments avec lui dans les parcs de jeux et les aires de loisirs.
    Entendue à son tour, l’assistante maternelle ayant accueilli nos enfants après leur placement parle d’un vrai climat de violence et de rivalité entre mes deux garçons, Sébastien étant à ses yeux en opposition avec son frère. Elle raconte qu’un jour, ayant surpris mes deux fils en train de fredonner une chanson paillarde, lorsqu’elle leur en fit la remontrance ils lui expliquèrent qu’elle avait la même réaction que leur mère. Pensant que c’était moi qui leur avais appris cette chanson, elle leur demanda ce qui m’était passé par la tête pour leur dévoiler une telle rengaine. Mais en fait on comprend que c’était Arnaud, le mari de la sœur d’Odile, qui leur avait adressé ce chant via Internet. Immédiatement interpellé sur ce point, la référente de Sébastien, autrement dit la personne chargée de surveiller les conditions de son placement en famille d’accueil, apparaît sur la défensive. Interrogée, sans savoir ce qui venait d’être raconté, par des avocats qui contestent son travail et par là même celui des autres assistants sociaux, elle ose avancer que la chanson paillarde aurait été apprise par moi d’après les informations qu’elle avait reçues de l’assistante maternelle. Stupeur dans l’assistance : cette personne se coupe puisque tout le monde a entendu affirmer le contraire ! Elle est également mise en difficulté quand il est rappelé que la majorité des enfants de ce dossier a été placés sur Outreau… ce qu’elle admet ignorer. Quel manque de professionnalisme !
    Une nouvelle preuve en est apportée peu après. Bertrand, mon beau-frère, raconte en effet une anecdote remontant à deux ans. Le 12 mai 2002, Sébastien lui avait confié que Karim Delay lui en voulait, croyant qu’il l’avait dénoncé à la suite d’un vol. Et de le frapper, tandis que Dave l’injuriait et que l’autre frère, Dirk, lui crachait dessus. Tout cela dans la même école.
    À la barre à son tour, ma grande sœur Thérèse fait état, elle, du caractère fabulateur et outrancier de Sébastien, en donnant plusieurs preuves, dont le jour où il avait prétendu que la mère d’Odile lui donnait des coups de pieds à la tête quand il était à terre.
    *
    Je crois enfin en avoir fini avec cette chimère de l’attouchement quand revient mon tour de commenter tout cela. À nouveau, le président et un assesseur me parlent des anciennes déclarations de Sébastien, selon lesquelles je tirais sur son zizi, baissais son pyjama, posais mon sexe en érection sur sa jambe, lequel aurait atteint les vingt centimètres, lui faisais des bisous sur le corps. Sans oublier la fable selon laquelle, lors de fondues à la maison, il aurait reçu de ma femme et moi comme gage de se mettre nu dans les escaliers. Pour la énième fois, j’argumente que j’ai peut-être un jour, sans le vouloir, touché son « zizi », que jamais il n’y a évidemment eu des fondues de ce genre et que mon sexe en érection n’a jamais atteint les vingt centimètres. Odile, interrogée, vient à ma rescousse et corrobore toutes mes déclarations.
    Mais que leur faut-il donc pour qu’ils me croient enfin ? L’audition de mes fils, de ma femme, de celui-là même qui m’avait plongé dans le déshonneur par des propos inconsidérés ne leur suffit-elle pas ? Doivent-ils tous se raccrocher à ces contrevérités pour sauver ce procès d’Outreau en train de leur échapper ? Pitié, pourquoi ne me croyez-vous pas après toutes ces preuves évidentes et ces témoignages à décharge ?

Chapitre 42

Le procès, Acte IV, scène 2
ou
L’entrée des artistes, les experts
    L’affaire d’Outreau serait-elle devenue un tel

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