Histoire Romaine
et aussi dans le silence significatif des inscriptions.
[811] On a souvent, et Tite-Live le premier (VII, 2), rattaché
l’atellane par le fond et par l’origine à la satyre ( satura ), et au
théâtre qui sortit de la satyre : mais nette opinion ne se peut soutenir. Entre
l’ histrion et le joueur d’atellane, il y avait la même distance
qu’aujourd’hui entre l’artiste dramatique et l’acteur d’une mascarade. Entre le
drame, qui jusqu’à Térence ne connut pas le masque, et l’atellane, dont le
masque est l’attribut caractéristique, il y a une différence essentielle et d’origine
que rien ne comble. Le drame provient de ce chant accompagné de flûte, chant et
danse sans récit déclamé, qui plus tard s’augmenta d’un texte ( satura ), puis,
par les mains d’Andronicus, emprunta son libretto au théâtre grec, les
antiques flûtistes tenant la place du chœur. Où peut-on voir dans ce
développement progressif du drame, à ses premières étapes, l’ombre d’un contact
avec la farce, jouée par les dilettantes ?
[812] Sous les empereurs, l’atellane était exécutée par des
acteurs de profession (V. Friedlænder, dans le Beeker’s Handbuch [Manuel], 4, p. 546). La tradition ne nous renseigna pas sur l’époque précise où l’innovation
se fit : mais elle ne peut être autre que celle où l’atellane prit
régulièrement rang parmi les jeux scéniques, c’est à savoir l’époque qui
précède immédiatement Cicéron ( ad famil . 9, 6). Et Tite-Live n’y
contredit pas, quand il nous enseigne (7, 2) que les acteurs d’atellanes, à la
différence des autres comédiens, avaient gardé les droits honorifiques du
citoyen. De ce que les acteurs de profession commencèrent à jouer aussi les
atellanes, et moyennant salaire, il ne s’ensuit nullement qu’ailleurs, dans les
campagnes par exemple, les amateurs n’aient pas continué à les exécuter
gratuitement, se maintenant ainsi en possession de leur privilège.
[813] On ne peut nier que la farce grecque a fleuri
de préférence dans la Basse Italie, et que bon nombre des pièces de ce genre
ressemblaient de très près aux atellanes. Citons, par exemple, dans le théâtre
de Sôpater le Paphien , contemporain d’Alexandre le Grand, le Plat de
lentilles , les Noces de Bacchis , le Valet de Mystachos , les Savants ,
le Naturaliste . Ce genre a pu se perpétuer jusque vers les temps où les
Grecs formèrent comme une enclave, à Naples et autour de Naples, au milieu des
Campaniens parlant latin : l’un des auteurs burlesques de la Basse Italie, Blœsus , de Caprée, porte un nom latin et écrivit une farce de Saturne .
[814] Au dire d’Eusèbe, Pomponius florissait vers 664 [90
av. J.-C.] : Velleius Paterculus le fait contemporain de Lucius Crassus (614-663
[-140/-91]) et de Marcus Antonius (611-667 [-143/-87]). La première de ces
dates est d’une trentaine d’années, peut-être, trop élevée : dans ses Peintres ( Pictores ), Pomponius parle d’un compte chiffré en victoriats , lesquels
furent émis aux environs de 650 [-104] ; et d’ailleurs, vers la fin de
notre époque avaient apparu aussi les Mimes , qui chassèrent l’atellane
du théâtre. [V.O. Ribbeck, p. 191 et s. : fragments de Pomponius et Novius.]
[815] Elle s’y donnait toute licence de plaisanterie. Nous
lisons ce vers dans les Phéniciennes ( Phœnissœ ) de Novius : Arme-toi :
et gare à ma massue de jonc ! je te tue ! – De même Ménandre
avait mis son faux Hercule sur les planches.
[816] Jusque là, le personnage qui donnait les jeux avait
dû défrayer la construction du théâtre et tout l’appareil de la scène au moyen
d’une somme reçue à forfait, ou sur ses propres ressources ; et les sommes
consacrées à la mise en scène avaient dû, le plus souvent, n’être qu’assez
minces Mais voici qu’en 580 [174 av. J.-C.] les censeurs afferment aux édiles
et aux préteurs, spécialement, l’établissement du théâtre où doivent se donner
les jeux (Tite-Live, 41, 27) : à dater de ce jour, le matériel de la scène
n’est plus créé ou acquis pour une seule représentation, et les améliorations
marchent rapidement.
[817] Vitruve (5, 5, 8) enseigne quelle attention on
prêtait aux prescriptions des Grecs en matière d’acoustique. Quant aux places
avec siège (V. Ritsch, Parerg ., 1, 227, XX), il semble, d’après Plaute ( Captiv.,
prol., 11), que ceux-là seuls y avaient droit qui n’étaient point capite
censi
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