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La pierre et le sabre

La pierre et le sabre

Titel: La pierre et le sabre Kostenlos Bücher Online Lesen
Autoren: Eiji Yoshikawa
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le portail, la
veuve, maintenant en larmes, le suivit en le suppliant de ne point partir.
    — Si je passe ici une autre
nuit, lui fit-il observer, il y aura nécessairement du désordre chez vous. Je
ne le voudrais certes pour rien au monde, après toutes vos bontés pour nous.
    — Ça m’est égal,
insista-t-elle. Vous seriez plus en sécurité ici.
    — Non, je pars. Jō !
Dis merci à la dame.
    Sagement, l’enfant s’inclina et
obéit. Lui aussi paraissait démoralisé, mais non point parce qu’il regrettait
de partir. Au fond, Jōtarō ne connaissait pas vraiment Musashi. A
Kyoto, il avait ouï dire que son maître était un faible et un lâche ; l’idée
que les fameux lanciers du Hōzōin se disposaient à l’attaquer était
fort inquiétante. Son cœur d’enfant était plein de tristesse et d’appréhension.
     
     
     
La plaine de Hannya
     
    Jōtarō cheminait
tristement derrière son maître ; il craignait que chaque pas ne les
rapprochât d’une mort certaine. Un peu plus tôt, sur la route humide, ombragée,
près du Tōdaiji, une goutte de rosée, en tombant sur son col, avait failli
lui faire pousser un cri. Les noirs corbeaux qu’il voyait le long du chemin lui
donnaient des frissons dans le dos.
    Nara se trouvait loin derrière
eux. A travers les rangées de cryptomerias qui longeaient la route, ils
distinguaient la pente douce de la plaine qui montait jusqu’à la colline de
Hannya ; à leur droite, les crêtes ondulées du mont Mikasa ;
au-dessus d’elles, le ciel paisible.
    Que lui et Musashi allassent tout
droit là où les lanciers du Hōzōin les guettaient, voilà qui lui
paraissait complètement absurde. Les endroits où se cacher ne manquaient pas,
si l’on y réfléchissait. Pourquoi ne pas entrer dans l’un des nombreux temples
qui bordaient la route, et attendre ? Voilà qui serait sûrement plus
sensé.
    Il se demandait si par hasard
Musashi avait l’intention de s’excuser auprès des prêtres, bien qu’il ne leur
eût point fait tort. Jōtarō décida que si Musashi implorait leur
pardon, il agirait de même. Ce n’était pas le moment de discuter sur ce qui
était juste et sur ce qui ne l’était pas.
    — Jōtarō !
    En entendant appeler son nom, l’enfant
tressaillit. Ses yeux s’écarquillèrent, et son corps se raidit. Il se rendit
compte que son visage devait avoir pâli de frayeur ; aussi, pour ne point
paraître puéril, leva-t-il bravement les yeux vers le ciel. Musashi fit de
même, et l’enfant se sentit plus démoralisé que jamais.
    Quand Musashi reprit la parole, ce
fut du ton enjoué qui lui était habituel :
    — ... Il fait bon, hein,
Jō ! On se croirait portés par le chant des rossignols.
    — Quoi ? demanda l’enfant,
stupéfait.
    — J’ai dit : des
rossignols.
    — Ah ! oui, des
rossignols... Il y en a par ici, n’est-ce pas ?
    Musashi voyait bien, à la pâleur
des lèvres de l’enfant, qu’il était abattu. Il avait pitié de lui. Après tout,
il risquait de se retrouver soudain, quelques minutes plus tard, seul dans un
lieu inconnu.
    — Nous approchons bien de la
colline de Hannya ? dit Musashi.
    — Oui.
    — Eh bien, et alors ?
    Jōtarō ne répondit pas.
A ses oreilles, le chant des rossignols semblait lugubre. Il ne pouvait chasser
le pressentiment qu’ils seraient bientôt séparés pour toujours. Les yeux qui
avaient pétillé d’allégresse lorsqu’il avait fait peur à Musashi avec le masque
étaient maintenant inquiets et tristes.
    — ... Je crois que je ferais
mieux de te quitter ici, dit Musashi. Si tu viens avec moi, tu risques de
recevoir un mauvais coup. Il n’y a aucune raison de te mettre dans la gueule du
loup.
    Jōtarō s’effondra ;
les larmes ruisselaient le long de ses joues comme si une digue s’était rompue.
Il s’essuya les yeux du revers des mains ; ses épaules frémissaient. Ses
pleurs se ponctuaient de minuscules spasmes, comme s’il avait eu le hoquet.
    — ... Eh bien ! Tu n’apprends
donc pas la Voie du samouraï ? Si je force l’embuscade, tu cours dans la
même direction que moi. Si je me fais tuer, tu retournes chez le marchand de saké
de Kyoto. Mais pour le moment, va jusqu’à cette petite colline, et surveille la
scène de là-haut. Rien ne t’échappera.
    Après avoir essuyé ses larmes, Jōtarō
empoigna Musashi par les manches et s’écria :
    — Fuyons !
    — En voilà des façons de
parler pour un samouraï ! Tu veux être un samouraï,

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