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L'archipel des hérétiques

L'archipel des hérétiques

Titel: L'archipel des hérétiques Kostenlos Bücher Online Lesen
Autoren: Mike Dash
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qui, disait-il,
confirmeraient ses déclarations 15 . »
    Devant l'impossibilité où il se trouvait, temporairement
du moins, de démêler le vrai du faux, Pelsaert suspendit l'interrogatoire à la
tombée de la nuit. Il avait de quoi faire : il devait à la fois récupérer ce
qui pouvait être sauvé sur l'épave et s'occuper des autres mutins, restés sur
leur île.
    Cornelisz retrouva son cachot dans le gaillard d'avant et,
le lendemain matin avant l'aube, Pelsaert fit mettre la chaloupe du Sardam à la mer et rejoignit l'île de Wiebbe Hayes où il arma dix des Défenseurs d'épées
et de mousquets. Au point du jour, ils mirent le cap sur le Cimetière du Batavia « où se trouvaient les autres fripouilles, de manière à les
capturer, pour les mettre en lieu sûr 16 ». Il restait sur l'île une
demi-douzaine de mutins, dont Wooter Loos, Lenert Van Os et Mattys Beer. Mais
lorsqu'ils virent accoster la grosse chaloupe chargée d'hommes en armes, ces
hommes pourtant endurcis et déterminés capitulèrent aussitôt. Pelsaert les fit
ligoter et se mit immédiatement en quête des objets précieux appartenant à la
    Compagnie, dont en particulier le coffret de bijoux qu'il
avait laissé sur l'île aux Traîtres, trois mois et demi auparavant. Il eut
l'agréable surprise de retrouver la quasi-totalité du magot, y compris
l'imposant camée de Gaspar Boudaen : « Tout fut retrouvé, devait-il écrire par
la suite, à l'exception d'une chaîne en or et d'une bague, qui ne fut
découverte que plus tard 17 . » Au cours de leur chasse au trésor dans
la tente de Jeronimus, les hommes du commandeur mirent la main sur de
nouvelles preuves contre les mutins. Dans différents tas de papiers, ils
retrouvèrent des exemplaires du pacte signé par les mutins avec Cornelisz, puis
avec Loos - ainsi que les promesses qu'avaient dû faire les femmes mises « à la
disposition de tous ». Ces documents, et bien d'autres, tout aussi
compromettants, furent transmis à Pelsaert.
    Durant son bref passage sur l'île des mutins, le commandeur dut rencontrer Lucretia Jans, mais son compte rendu de la mutinerie ne fait
aucune allusion à leurs retrouvailles. Creesje venait de passer deux semaines
séquestrée dans la tente de Wooter Loos, où elle avait bénéficié d'un
traitement relativement privilégié depuis la capture de Jeronimus mais, ayant
successivement survécu à un naufrage, à l'épreuve de la soif et à des viols
répétés, elle ne devait plus avoir grand-chose de l'élégante jeune personne que
Pelsaert avait connue et courtisée à bord du Batavia.
    D'autres retrouvailles durent avoir lieu à la même date -
celles de Jan Carstensz et de sa femme Anne-ken Bosschieters ; de Claes Jansz,
le trompette, et de sa Tryntgien ; du pasteur et de sa fille Judick. Mais les
archives passent sous silence le débordement d'émotion qui dut les accompagner.
Nous ne saurons jamais rien de ce qui fut dit à cette occasion, mais nous pouvons
aisément l'imaginer.
    Ce soir-là, ses premières recherches terminées, Pelsaert
se fit amener en chaloupe sur le site du naufrage. La mer était
exceptionnellement calme et il put approcher l'épave dans une relative
sécurité. Il n'y avait d'ailleurs pas grand-chose à voir.
    « Nous avons constaté que le bâtiment avait été brisé en
de nombreux morceaux et que tout ce qui se trouvait au-dessus de l'eau avait
été emporté, à l'exception d'une partie du bastingage. Un morceau s'est détaché
de la proue et est allé s'échouer sur les hauts-fonds. Nous avons aussi repéré
deux canons, l'un de bronze et l'autre de fer, qui sont tombés de leur support.
Près de la proue s'est échoué un morceau de la poupe, brisé au niveau du sabord
de tribord de l'entrepont des canons. D'autres morceaux, de dimensions variées,
ont été emportés çà et là, et il ne semble pas qu'il y ait grand espoir de
sauver grand-chose de l'argent ou des marchandises 18 . »
    Le subrécargue gardait cependant une lueur d'espoir,
conforté en cela par une déclaration de Reyn-dert Hendricxsz, maître d'hôtel du Batavia , et mutin malgré lui. Il avait été enrôlé comme pêcheur et un jour
qu'il naviguait aux alentours de l'épave, il avait aperçu au fond de l'eau
plusieurs coffres, qui devaient y être encore. Pelsaert se promit d'aller les
repêcher dès la prochaine journée de beau temps.
    Entre-temps, il poursuivit l'interrogatoire des
prisonniers. Pelsaert était tenu par la loi hollandaise de faire

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