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L'archipel des hérétiques

L'archipel des hérétiques

Titel: L'archipel des hérétiques Kostenlos Bücher Online Lesen
Autoren: Mike Dash
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qui le menaçaient. En cet instant, tout
pouvait encore basculer. Le succès ou l'échec de la mutinerie dépendait tout
entier de l'issue de cette confrontation.
    Wiebbe Hayes devait donc très impérativement retrouver
Pelsaert, le convaincre de la véracité de l'histoire stupéfiante qu'il avait à
lui rapporter, et filer avertir les occupants du Sardam, avant que les
assassins n'aient pris le jacht d'assaut.
    Car le dernier espoir des mutins était de monter à bord du Sardam et de tomber sur les hommes d'équipage, sans leur laisser le temps
de réagir. Jeronimus avait vu juste, en prédisant que le bateau de sauvetage ne
partirait qu'avec des effectifs réduits, afin de garder un maximum de place
pour accueillir les rescapés ; le Sardam avait quitté Java avec un
équipage de vingt-six hommes 8 , dont six ou sept avaient dû partir
avec Pelsaert dans la chaloupe de reconnaissance. Soudain confrontés à des
mutins bien armés, la petite vingtaine d'hommes qui étaient restés à bord
risquaient fort d'être débordés, ce qui laisserait aux troupes de Jeronimus le
contrôle de l'unique vaisseau capable de quitter les Abrolhos. Auquel cas, ils
pourraient soit affronter les Défenseurs pour délivrer leur capitaine général,
soit prendre la fuite, en les abandonnant sur place. Pour Pelsaert, qui
scrutait la mer depuis la plage, tâchant de discerner les visages de ceux qui
arrivaient vers lui, tout le problème était de décider lequel des deux camps il
devait croire.
    Il s'écoula un bon moment avant que le commandeur ne parvînt à reconnaître les passagers de la yole. Ils arrivaient « à toute
allure, en contournant la pointe nord de l'île, se souvint-il plus tard. L'un
d'eux, un homme du nom de Wiebbe Hayes, a sauté à terre, avant d'accourir vers
moi, en criant de loin : "Bienvenue sur cette île, mais retournez sans
tarder à votre bord, car il y a ici une bande de canailles, cantonnées sur les
îles les plus proches de l'épave ; ils ont deux sloops et complotent de
s'emparer de votre jacht." » 9
    Le chef des Défenseurs n'eut que le temps de lui résumer,
d'une voix haletante, les événements dont l'archipel avait été le théâtre. Le commandeur, soudain conscient du danger, se hâta de regagner le Sardam. Tandis qu'il sautait dans sa chaloupe, il ordonna à Hayes de lui amener
Cornelisz, « toujours ligoté », avant de repartir en toute hâte en direction du jacht.
    Hayes et ses hommes avaient donc fini par l'emporter sur
les mutins, quoique d'extrême justesse. La chaloupe de Pelsaert se trouvait
encore à quelques encablures du Sardam, lorsqu'il aperçut « un sloop qui
avançait à la rame et qui venait de contourner la pointe sud de l'île Haute ».
C'était le bateau des mutins, qui arrivait droit sur eux. Le commandeur n'eut
que le temps de remonter dans le jacht et d'alerter son équipage. Le
sloop accostait déjà. Au premier coup d'œil qu'il jeta à ses onze occupants 10 ,
dans leurs ridicules uniformes de drap rouge, surchargés de galons d'or et
d'argent, dans cette embarcation où s'entassait un véritable arsenal d'épées et
de sabres, Pelsaert eut confirmation des avertissements de Hayes. Sur son
ordre, les canons de la poupe du Sardam pivotèrent pour pointer vers le
sloop des mutins n , tandis que des hommes armés de piques venaient
s'aligner le long du bastingage. Ayant ainsi disposé sa ligne de défense, le commandeur s'estima prêt à engager le dialogue avec l'assaillant : «
Pourquoi êtes-vous venus avec toutes ces armes ? »
    Mais Jan Hendricxsz et les autres fripouilles du sloop ne
renonçaient toujours pas. « Ils me répondirent qu'ils me l'expliqueraient dès
qu'ils auraient pris pied à bord 12 », rapporta par la suite
Pelsaert. Mais il savait désormais à quoi s'en tenir et ne leur laissa pas
l'occasion de s'expliquer davantage. Il s'ensuivit une brève confrontation, les
hommes du sloop refusant de rendre les armes, tandis que les canonniers du Sardam menaçaient d'ouvrir le feu. Au bout de quelques minutes, les mutins
durent cependant reconnaître que la situation était sans issue. En désespoir de
cause, ils jetèrent leurs sabres par-dessus bord et montèrent, désarmés, à bord
du Sardam. Là, les marins s'emparèrent des mutins l'un après l'autre, à
la seconde même où ils posaient le pied sur le pont. Tous furent solidement
ligotés, puis enfermés dans le gaillard d'avant 13 .
    A la fois impatient et abasourdi de sonder l'étendue

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