Le secret d'Eleusis
pont-levis était levé et ils ne pouvaient pas quitter l’île, mais il y avait des tas d’endroits où se cacher. Elle emmena ses enfants dans sa chambre, leur ordonna d’y rester jusqu’à son retour et se mit en quête d’une cachette. Il y avait trop d’animation dans le donjon. Elle commença donc par les dépendances. Malgré la forte odeur des chevaux, les écuries étaient propres et spacieuses. Malheureusement, toutes les stalles étaient occupées ou bien trop inconfortables.
Deux palefreniers entrèrent en riant, mais se turent et baissèrent les yeux avec déférence dès qu’ils virent Nina, croyant qu’il s’agissait d’une invitée de marque. Elle s’éloigna d’eux et franchit une porte qui ouvrait sur un garage abritant plusieurs 4x4 noirs et une Lamborghini rouge. Une odeur de brûlé provenait d’une autre porte, qui ouvrait sur l’extérieur. Nina fut gagnée par la curiosité. Elle aperçut une forge rougeoyante, des pinces, des marteaux et une hache suspendus à ses parois, ainsi que des fers à cheval, des charnières, des socs, des épées, des outils de jardinage et autres produits de l’art. Sandro et Ilya Nergadze se tenaient devant l’enclume avec deux autres hommes et s’entretenaient en consultant des documents. Sandro se baissa pour prendre une coupe dorée dans une caisse en plastique bleue. Nina reconnut immédiatement l’objet, qui faisait partie du trésor turkmène dont son mari avait négocié l’acquisition.
L’indignation faillit lui faire commettre une imprudence, mais la raison l’emporta. Nina se redressa et s’adossa au mur, à côté de la porte. Puis elle retira ses chaussures et les garda à la main, avant de s’éloigner silencieusement sur la pointe des pieds.
II
— La Toison d’or ! s’exclama Nadia. Vous êtes fou ?
— J’aimerais bien, répondit Knox.
Il lui parla de Petitier et des sceaux de pierre que celui-ci avait découverts, avant de lui résumer l’histoire de la Toison d’or en faisant le lien avec Éleusis et la Crète. Lorsqu’il eut terminé, Nadia le regarda d’un air stupéfait.
— Vous croyez qu’elle existe vraiment ? demanda-t-elle.
— C’est possible. Cela aurait-il un impact sur les élections ?
— Vous plaisantez ? Les Géorgiens sont extrêmement fiers de leur patrimoine et très superstitieux, surtout dans les périodes d’incertitude. Si Nergadze rapporte la Toison d’or en Géorgie, s’il s’agit bien d’elle, il deviendra un héros national et remportera les élections les doigts dans le nez.
Nadia secoua la tête, comme si cette perspective lui était insupportable.
— Ce serait catastrophique, comprit Knox.
— C’est un trafiquant de drogue et d’armes.
— Mais en quoi est-ce votre problème ?
— C’est mon boulot, soupira Nadia. Je suis journaliste, journaliste politique. Ou plutôt blogueuse.
— Et vous gagnez votre vie avec un blog ? s’étonna Knox.
— Pas vraiment, mais c’est un bon moyen de se faire connaître. Et on gagne sa vie quand on est connu. De toute façon, je n’ai pas un train de vie fastueux.
— Et vous faites un article sur les Nergadze ?
— En quelque sorte.
Nadia regarda par la vitre en se demandant ce qu’elle pouvait dire à Knox. Un boucher retirait avec habileté la graisse d’un mouton fraîchement abattu à l’aide d’un couteau long comme un sabre.
— Nergadze a donné une conférence de presse il y a environ une semaine, reprit Nadia. Il a fait part de la politique qu’il avait l’intention de mener pour la quinzième fois. Quand on assiste à ses conférences régulièrement, on se rend vite compte que les choses intéressantes se passent hors du champ des caméras. Il y avait un homme adossé au mur, au fond de la salle. C’était un Nergadze. On finit par les reconnaître. Mais je ne l’avais jamais vu auparavant, ce qui est curieux, car tous les membres de la famille ont participé activement à la campagne.
— C’est peut-être un cousin, conjectura Knox.
— Je ne pense pas, vu la déférence avec laquelle les autres le traitaient. Quoi qu’il en soit, j’ai eu la curiosité de le suivre lorsqu’il est parti. Son chauffeur l’a conduit au terminal privé de l’aéroport international de Tbilissi et il est monté à bord du jet des Nergadze. J’ai appelé mon contact aux Opérations aéroportuaires. Le manifeste faisait état d’un seul passager : Mikhaïl Nergadze. Je n’avais jamais
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