Bücher online kostenlos Kostenlos Online Lesen
Napoléon

Napoléon

Titel: Napoléon Kostenlos Bücher Online Lesen
Autoren: André Castelot
Vom Netzwerk:
et que je vous dévoile l’avenir ? L’Empereur est fou, tout à fait fou, et il nous jettera, tous autant que nous sommes, cul par-dessus tête, et tout finira par une catastrophe.





 
    XIV
 
«  L’AVENIR EST À MOI ! »
    Les grands hommes sont des météores destinés à brûler la terre.
    N APOLÉON .
    L E mercredi 20 mars, un léger brouillard recouvre Paris. Le canon tonne et la capitale retient son souffle.
    Vingt et un coups de canon doivent annoncer la naissance d’une princesse de Venise, cent un coups la venue au monde du roi de Rome... Un temps un peu plus long s’écoule après le vingt et unième coup – c’était là, paraît-il, afin de prolonger le plaisir, une manière de tradition chez les artilleurs. Puis la vingt-deuxième salve retentit. Les chapeaux volent en l’air. Une immense explosion d’enthousiasme, « une joie désordonnée », nous dit un témoin, un long cri d’amour monte de la ville. Un « coup de massue » aussi pour les royalistes puisqu’il leur semble que les batteries impériales viennent de « tuer la race des Bourbons ».
    Tous quittent leurs maisons et leurs boutiques et courent vers les Tuileries. De ses fenêtres, Napoléon voit les jardins s’emplir de toute une foule criante, chantante, poussant des hourrahs. Il regarde l’extraordinaire spectacle. C’est bien ce jour-là le point culminant de son incroyable fortune. Le Ciel avait dit « oui » – comme l’a rapporté le poète, qui a raison de lui faire crier :
    L’Avenir, l’avenir est à moi !
    Ivre de bonheur, quelques instants après le premier cri poussé par l’héritier de l’empire – une naissance pénible et difficile –, l’Empereur a vu, dans le salon où la cour s’est massée, pénétrer son fils, porté par sa gouvernante Mme de Montesquiou et suivi par le colonel général de la Garde, les officiers et dames de sa maison. L’huissier s’est avancé et a annoncé d’une voix forte :
    — Le roi de Rome !
    Sur le grand escalier, les grenadiers – un sur chaque marche – présentaient les armes. « Tout mouvement leur était interdit, a raconté Mme de La Tour du Pin, mais une vive émotion se peignait sur leurs mâles visages et je vis des larmes de joie couler de leurs yeux. » Après la cérémonie, les sous-officiers de la Garde couperont leur moustache afin d’en faire un oreiller pour l’héritier impérial !
    Au cours des journées qui suivent, au fur et à mesure que le télégraphe et les courriers apportent l’étonnante nouvelle jusqu’aux confins de l’immense empire, les transports d’allégresse éclatent. Ce ne sont, de l’Atlantique au Niémen, qu’illuminations, bals, fontaines jaillissantes de vin, buffets en plein air, salves d’artillerie et représentations de circonstance. Toutes les cloches de la Ville éternelle sonnent pour célébrer la naissance de son roi {16} .
    Les fumées de l’orgueil vont griser encore davantage Napoléon.
    — Je l’envie, dira-t-il en se penchant au-dessus du somptueux et disgracieux berceau offert par la ville de Paris. La gloire l’attend, alors que j’ai dû courir après elle. J’aurai été Philippe ; il sera Alexandre. Pour saisir le monde, il n’aura qu’à tendre les bras.
    Et, maintenant réfugié en Angleterre, Louis XVIII prédit :
    — Si Dieu a condamné le monde, Bonaparte ne manquera pas de successeur ; si, au contraire, la colère divine s’apaise, toute la marmaille du monde n’empêchera pas l’édifice d’iniquité de s’écrouler.

    Le 9 juin 1811, la voiture du Sacre conduit l’Empereur et l’Impératrice à Notre-Dame pour « l’intronisation dynastique », ce baptême du roi de Rome qui semble peut-être aux yeux du maître une fête plus importante que le 2 décembre 1804. Ne forge-t-il pas ce jour-là le premier maillon de sa dynastie ? Il a remis son disgracieux uniforme impérial – cette livrée de sa grandeur, une livrée pourpre, blanche et or. Que l’on est loin déjà – seulement en dix années ! – du Bonaparte de Marengo ! Il est « jaune, obèse, boursouflé », la tête trop enfoncée dans les épaules, s’il faut en croire les témoins. Il bedonne déjà... et déçoit. « Ce n’était pas là, nous dit Paul de Kock qui le vit à cette époque, le héros que je m’étais imaginé. J’attendais un dieu, je ne vis qu’un gros homme... »
    À ses côtés on regrette le sourire charmeur de Joséphine. Marie-Louise,

Weitere Kostenlose Bücher