Taï-pan
pareil. »
Jin-qua discuta, supplia, s’arracha les cheveux et finit par céder. Il avait déjà obtenu l’accord de Ching-so pour relancer le commerce immédiatement, et il avait remis la moitié de la somme convenue de pots-de-vin, l’autre moitié venant à échéance dans six mois. Et il avait déjà suggéré l’astuce pour sauver la face que Ching-so emploierait afin de se protéger de la colère de l’empereur à qui il avait désobéi : faire traîner les négociations jusqu’à ce que le dernier navire fût chargé de thé et le dernier tael d’argent payé, après quoi Ching-so fondrait sur la Concession, l’incendierait et ra pillerait, et enverrait des brûlots contre les navires marchands barbares et les chasserait de la Rivière des Perles. Les échanges commerciaux berceraient les barbares en leur faisant croire à une fausse sécurité et gagneraient du temps pour permettre aux indispensables renforts chinois d’arriver. Ainsi, les barbares se trouveraient sans défense et. Ching-so remporterait une grande victoire.
Jin-qua s’émerveillait de la perfection de ce plan, car il savait que les barbares ne seraient pas sans défense. Et que l’incendie et le pillage de la Concession les enrageraient. Et qu’ils feraient immédiatement voile au nord de Canton pour frapper de nouveau au Pei-ho, la porte de Pékin. Et que dès que la flotte se présenterait à l’estuaire du Pei-ho, l’empereur demanderait l’armistice et le traité entrerait de nouveau en vigueur. Le traité admirable. Il en serait ainsi parce que le Taï-pan tenait au « parfait » traité et que Longstaff n’était que le chien du Taï-pan.
Ainsi, se disait Jin-qua, j’éviterai de rançonner notre bien-aimé Canton, et j’éviterai de payer l’autre moitié du pot-de-vin, car naturellement Ching-so et sa famille sont déjà promis à leurs cercueils et cet odieux usurier fukienois sera impuissant durant les quelques mois qui lui restent à vivre ! La « rançon » qui devra être réunie pour apaiser l’empereur aujourd’hui et les barbares plus tard proviendra des bénéfices sur le thé, la soie et l’opium de cette saison. Qui laisseront encore beaucoup d’autres bénéfices. Comme la vie est belle et passionnante !
« Pas de souci cow chillo, heya ? Jin-qua arranger. »
Struan se leva.
« Ajouter deux cents lacs, impôts moi, déclara-t-il et il ajouta d’une voix doucereuse : Jin-qua dire à Ching-so : Toucher un cheveu cow chillo, Taï-pan amène dragon de mer souffleur de feu. Manger Canton, ça ne fait rien. »
Jin-qua sourit, mais la menace le faisait frémir. Il ne cessa de jurer sur le chemin de sa maison. Maintenant, il va me falloir employer plus d’espions et de gardiens et dépenser plus d’argent pour protéger les enfants de Struan non seulement des bandits odieux que nous connaissons mais aussi des gibiers de potence pourris qui s’imaginent stupidement qu’ils peuvent gagner facilement des dollars. Hélas ! hélas ! hélas !
Une fois chez lui, bien à l’abri, il battit sa concubine favorite et fit mettre aux fers deux esclaves ; il se sentit mieux ensuite. Dans la soirée, il sortit discrètement et se rendit à un lieu de rendez-vous secret où il endossa les robes de cérémonie écarlates de son rang. Il était le Tai Shan Chu – le Chef Suprême du Hung Mun Tong pour le Sud de la Chine. Entouré de chefs tong de moindre importance, il écouta le premier rapport en provenance de la nouvelle loge de Hong Kong. Et il confirma le rang de son chef, Gordon Chen.
Ainsi, au grand soulagement et à la joie ineffable des marchands européens et chinois, le commerce reprit. Tous les soldats, à l’exception d’un détachement de cinquante hommes, furent renvoyés à Hong Kong. La flotte retourna y mouiller. Mais le vapeur H.M.S. Némésis continua de patrouiller sur le fleuve, surveillant les abords de Canton et dressant les cartes de tous les bras d’eau qu’il découvrait.
Une animation nouvelle balaya la Concession et les routes maritimes de Whampoa. Les navires marchands devaient être mis en état pour transporter les thés fragiles ; on réparait les cales, on nettoyait tout. Il fallait trouver des entrepôts, prendre des dispositions pour les cargaisons.
Les marchands qui ne possédaient pas de navires, ils étaient nombreux, assiégeaient les armateurs pour retenir à l’avance des cales bien sèches, à des prix exorbitants.
La Noble Maison, et
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