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Cahiers secrets de la Ve République: 1986-1997

Titel: Cahiers secrets de la Ve République: 1986-1997 Kostenlos Bücher Online Lesen
Autoren: Michèle Cotta
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traîné. Paradoxe de la cohabitation : Hubert Védrine a lui-même lu la liste des ministres d’Édouard Balladur sur le perron de l’Élysée. L’apparente facilité avec laquelle les choses se sont passées montre que le Premier ministre avait longuement réfléchi à la composition de son gouvernement. Lorsqu’on compare avec les longues délibérations, les allers et retours d’Édith Cresson ou de Pierre Bérégovoy entre l’Élysée et Matignon, on imagine ce que va être la façon de travailler de Balladur. Déjà, aux Finances, rue de Rivoli, il n’apparaissait jamais débordé, mais toujours disponible. C’était la preuve d’une grande organisation en amont.
    Il nous a souvent dit, à Catherine Nay et à moi, lorsqu’il nous recevait, qu’il avait horreur d’être en retard, qu’il quittait son bureau avec une précision d’horloger, tous les soirs à 20 heures. Je me demande s’il va garder à Matignon le même rythme tranquille. Il serait bien le premier.
    Quatre ministres d’État : Simone Veil, Charles Pasqua, Pierre Méhaignerie et François Léotard 18 . Et puis Alain Juppé au Quai d’Orsay, François Bayrou à l’Éducation nationale, Jacques Toubon à la Culture, Nicolas Sarkozy au Budget : le gouvernement ne me semble pas aussi restreint qu’annoncé hier.
    Balladur avait-il discuté de la liste du gouvernement avec Jacques Chirac ? Il dit que non. Cela me paraît difficile à croire. En tout cas, le RPR y est minoritaire. Je pense néanmoins que Chirac a imposé Toubon à la Culture, car Balladur ne l’aurait pas décidé seul.
    Ce qui est certain, c’est que Chirac n’a pas « fait » le gouvernement. Il a été mis au courant, sans doute, mais il n’a pas joué dans sa composition de rôle moteur. Si tant est qu’il n’en ait pas été écarté.
    1 er  avril
    Les jeunes ministres de feu le gouvernement Bérégovoy ont décidé de se réunir à midi, aujourd’hui, pour envisager un mouvement, préparer un sursaut après l’échec de la gauche. La rencontre a lieu chez Élisabeth Guigou, boulevard du Montparnasse. L’ancienne ministre des Affaires européennes ouvre sa porte à Martine Aubry, Jean-Noël Jeanneney, d’autres encore. Il s’agit de s’organiser pour faire front devant le désamour des Français. C’est une génération qui craint pour son avenir. Les autres, les vieux, les compagnons de Mitterrand, n’ont plus rien à craindre : derrière le président de la République, ils ont passé des années au pouvoir, à la une des journaux, à défendre ce à quoi ils croyaient, et même, pour certains d’entre eux, ce à quoi ils ne croyaient pas.
    Les jeunes, anciens ministres ou pas, qui sont présents et que j’interroge, n’ont pas envie de tourner la page à 40 ans. Tout de même, ce matin, ils sont sonnés ! Il s’agit davantage de partager la défaite au cours d’une sorte de cérémonie – je n’ose parler de veillée funèbre, puisqu’il est midi !
    D’un coup, le salon voit entrer caméra, cameraman, journaliste – ils sont trois ou quatre à précéder de quelques instants Ségolène Royal. Celle-ci arrive, embrasse ses camarades, sourit, prononce quelques phrases qui s’adressent moins à eux qu’à la télévision. Elle ne reste qu’un petit quart d’heure, puis s’en va, invoquant une autre obligation. Martine Aubry et Élisabeth Guigou me regardent avec un sourire contraint : tout en l’excusant presque, elles ont l’air de penser que Ségolène Royal est coutumière du fait, qu’elle est à la fois désinvolte, pressée, « mangeuse de caméras », comme on parle d’une mangeuse d’hommes. Jeanneney lui-même, pourtant généralement apaisant et apaisé, a l’air quelque peu choqué.
    Après le départ de Ségolène Royal, la petite bande se met au travail. La journaliste que je suis est gentiment priée de partir.
    2 avril
    Philippe Séguin est élu président de l’Assemblée nationale.
    Avant le vote, j’ai rencontré à midi Pierre Mauroy, qui a maintenant ses bureaux avenue Paul-Doumer où il anime la Fondation Jean-Jaurès. Il est à la fois heureux et soulagé de ne pas être premiersecrétaire du PS en ce moment, et navré de l’échec de mars. Il craint surtout que le PS ne se délite en d’inextinguibles bagarres internes.
    3 avril
    Première émission « Revue de presse » sur France 2, que j’anime. Puis déjeuner avec Pierre Desgraupes que je n’ai pas vu depuis un temps fou, à

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