Frontenac_T1
espéré les petites embarcations qui devaient faire la jonction et les ravitailler à lâentrée de la rivière Saint-Charles, mais... aucune ne sâétait pointée. Ses troupes avaient piétiné sur place durant des heures, transies de fatigue et de plus en plus mal en point. Et pour faire bonne mesure, les fièvres avaient commencé à se répandre parmi eux.
Le plan arrêté par sir William prévoyait pourtant que ses bateaux pilonneraient les abords de la Saint-Charles sans arrêt, tout le long de leur avancée vers la ville. Au lieu de quoi Phips avait engagé sa flotte dans une canonnade débridée contre le cÅur de Québec, sâacharnant inutilement sur la ville haute et abandonnant les troupes de Walley à leur sort. Avec pour résultat que le vaisseau contre-amiral sâétait trouvé si incommodé par le tir des batteries du Sault-au-Matelot quâil avait dû sâéloigner pour ne pas sombrer. Le corps du bâtiment était percé à plusieurs endroits, ses manÅuvres coupées, son mât cassé et plusieurs de ses matelots étaient grièvement blessés. Le vaisseau amiral, de son côté, ne sâen était pas mieux tiré avec son mât de misaine renversé, son château avant défoncé et sa coque criblée de trous. Il avait dû relâcher du lest et se retirer en catastrophe pour ne pas couler corps et biens.
â Cette désastreuse attaque a dû nous coûter nos munitions, jâen mettrais ma main au feu, ragea Walley dâune voix rude en sâadressant au sous-officier qui piétinait à ses côtés.
Le découragement se peignait sur le visage des membres de son état-major. Ils ne comprenaient pas. Cette offensive ne devait-elle pas être déclenchée seulement quand Walley et ses troupes auraient atteint la haute-ville? Ils se trouvaient dans de jolis draps, à présent, avec seulement un quart de baril de poudre par dix hommes et quelques pièces dâartillerie à peine fonctionnelles. Et câest avec si peu et dans ces conditions limites quâils devaient prendre Québec?
â Tant que les vaisseaux ne sâapprocheront pas pour nous épauler et nous ravitailler, nous devrons demeurer sur place et continuer à escarmoucher contre ces bandits de papistes qui se cachent dans les halliers et se battent en lâches, comme des Indiens!
Walley fit une grimace de mépris. Il jugeait déloyales les tactiques militaires des Canadiens, alors que ses propres troupes opéraient à visage découvert et en pleine lumière. Ses hommes épaulaient sans apercevoir lâassaillant et faisaient feu sur une ombre qui répliquait, dissimulée derrière un arbre, puis ressurgissait bientôt derrière un autre, toujours camouflée. Ce jeu de cache-cache usait les nerfs des Bostonnais et sapait leur moral, tout en augmentant les pertes dâeffectifs. Walley avait fini par se résoudre à inciter quelques unités de tirailleurs à imiter les Français et à se battre comme eux. Avec des résultats mitigés...
Le lieutenant général espérait affronter lâennemi de bataillon à bataillon et en terrain découvert. Impatient de comprendre pourquoi le bombardement de couverture se faisait si cruellement attendre, il confia le commandement des troupes à son second, Apleton, et décida de se rendre à bord du vaisseau amiral pour prendre de nouveaux ordres.
* * *
Câétait le troisième affrontement depuis lâavant-veille. Les battures de la Canardière où se déroulaient les combats étaient constituées de marais, frangés dâépais taillis. Des pelotons spéciaux triés sur le volet par le chevalier de Vaudreuil attaquaient de tous côtés depuis lâaube.
Jacques de Sainte-Hélène, secondé par son frère Charles de Longueuil, commandait lâun dâeux. Les Anglais se risquaient de plus en plus à lâintérieur des taillis où éclataient de chaudes confrontations. Les broussailles étaient si denses que les escarmoucheurs tiraient au jugé, sur la fumée des mousquets adverses. Depuis trois jours, les Bostonnais avaient couvert vingt arpents en direction de la Saint-Charles. Rien nâavait pu les empêcher de balayer devant eux lâassiette nécessaire à lâinstallation de leur
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