La pierre et le sabre
surveillaient de près
tandis qu’il prenait en main le sabre de bois de Jōtarō, et leur
faisait face, l’air terrible.
— ... Le crime de l’enfant
est le crime de son maître. Nous sommes tous deux prêts à le payer. Mais d’abord,
laissez-moi vous déclarer ceci : nous n’avons pas la moindre intention de
nous faire abattre comme des chiens. Nous sommes prêts à vous combattre.
Au lieu d’avouer le crime et d’en
subir le châtiment, il les défiait ! Si à ce moment-là Musashi avait
présenté des excuses au sujet de Jōtarō, et plaidé sa cause, si même
il avait fait l’effort le plus infime pour apaiser l’irritation des samouraïs
de Yagyū, peut-être eût-on fermé les yeux sur l’incident tout entier. Mais
l’attitude de Musashi l’interdisait. Il paraissait décidé à mettre de l’huile
sur le feu.
Shōda, Kimura, Debuchi et
Murata, le sourcil froncé, se demandaient une fois de plus quel genre de
phénomène ils avaient invité au château. Déplorant son manque de sens commun,
ils se glissèrent petit à petit en dehors de la foule, tout en le surveillant.
Le défi de Musashi exacerba la
colère de la foule, dès le départ en effervescence.
— Ecoutez-le donc ! C’est
un hors-la-loi !
— C’est un espion !
Ligotez-le !
— Non, réduisez-le en charpie !
— Empêchez-le de s’enfuir !
Un moment, il sembla que Musashi
et Jōtarō, revenu à son côté, allaient être submergés par un océan de
sabres ; mais alors, une voix autoritaire cria :
— Attendez !
C’était Kizaemon, lequel, avec
Debuchi et Murata, essayait de contenir la foule.
— ... Cet homme semble avoir
manigancé tout cela, déclara Kizaemon. Si vous tombez dans son piège, si vous
êtes blessés ou tués, nous devrons en répondre à Sa Seigneurie. Le chien était
important, mais moins qu’une existence humaine. Nous quatre en assumerons toute
la responsabilité. Soyez certains que rien de ce que nous ferons ne vous
portera préjudice. Et maintenant, calmez-vous ; rentrez chez vous.
Un peu à contrecœur, les autres se
dispersèrent, laissant les quatre hommes qui avaient reçu Musashi au Shin’indō.
Il ne s’agissait plus d’un invité et de ses hôtes, mais d’un hors-la-loi devant
ses juges.
— ... Musashi, déclara
Kizaemon, j’ai le regret de vous dire que votre complot a échoué. Je suppose
que quelqu’un vous a chargé d’espionner le château de Koyagyū, ou
simplement de fomenter des troubles, mais je crains bien que cela n’ait rien
donné.
Musashi était clairement conscient
qu’ils étaient tous experts au sabre. Il se tenait debout, parfaitement
immobile, la main sur l’épaule de Jōtarō. Encerclé, il n’aurait pu s’échapper
même s’il avait eu des ailes.
— Musashi ! cria Debuchi
en dégainant à demi. Vous avez échoué. Il convient de vous suicider. Même si
vous êtes une canaille, vous avez montré beaucoup de bravoure en venant dans ce
château accompagné de ce seul enfant. Nous avons passé ensemble une soirée
cordiale ; nous allons attendre que vous vous prépariez au hara-kiri. Une
fois prêt, vous pourrez prouver que vous êtes un véritable samouraï !
C’eût été la solution idéale ;
ils n’avaient pas consulté Sekishūsai, et si Musashi mourait maintenant
toute l’affaire pourrait être enterrée en même temps que son corps.
Mais Musashi pensait différemment :
— Vous croyez que je devrais
me tuer ? C’est absurde ! Je n’ai pas l’intention de mourir, du moins
avant longtemps.
Le rire lui secouait les épaules.
— Très bien, fit Debuchi d’un
ton paisible, bien que la signification fût claire comme de l’eau de roche.
Nous avons essayé de vous traiter décemment, mais vous n’avez fait qu’abuser de
notre bonne volonté...
Kimura l’interrompit en disant :
— Trêve de paroles !
Il passa derrière Musashi, et le
poussa :
— Allez ! lui
commanda-t-il.
— Aller où ?
— Au cachot.
Musashi approuva de la tête et se
mit en marche, mais dans la direction de son propre choix, droit vers le donjon
du château.
— ... Où prétends-tu aller ?
cria Kimura en bondissant devant lui et en tendant les bras pour l’empêcher de
passer. Ce n’est pas le chemin du cachot. Il se trouve derrière toi. Demi-tour,
et marche !
— Non ! cria Musashi.
Il baissa les yeux vers Jōtarō,
qui ne le quittait pas d’un pouce, et lui dit d’aller s’asseoir sous un pin du
jardin,
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