L'archipel des hérétiques
l'élection d'un
nouveau conseil 55 . On ignore tout de sa composition, mais ce qui est
sûr, c'est qu'il ne fit guère preuve d'efficacité, puisque la seule stratégie
de Loos fut de poursuivre l'offensive contre Wiebbe Hayes. Il y était certes
poussé par l'escalade des plaintes de ses hommes contre le rationnement, mais,
puisque les Défenseurs étaient désormais trop forts et trop organisés pour que
les mutins puissent espérer en venir aisément à bout, on en est réduit aux
hypothèses, quant au véritable but que poursuivait Loos en persévérant dans
cette voie 56 . Sans doute pensait-il pouvoir infliger aux troupes de
Hayes des dégâts suffisamment étendus pour leur imposer quelques concessions -
en particulier concernant les vivres et l'eau. C'est l'explication la plus
plausible. On peut aussi supposer qu'il comptait raviver les énergies de ses
hommes, dont les rangs allaient s'éclaircissant, en les canalisant contre un
ennemi commun. Quoi qu'il en fut, Wooter Loos semblait bien résolu à
poursuivre.
Sur l'île de Hayes, le pasteur s'efforçait toujours de
négocier une trêve. « J'avais rédigé un texte, note-t-il, expliquant aux mutins
qu'il fallait trouver un terrain d'entente mutuelle pour la paix, et qu'ils ne
devaient pas s'attaquer aux hommes de bonne volonté. » Mais Wooter et ses
hommes n'entendaient pas ce genre de subtilités : « Les mutins le déchirèrent,
écrit Bastiaensz, et continuèrent à nous attaquer. »
La quatrième vague d'assaut fut lancée le 17 septembre,
vers les 9 heures du matin, et se poursuivit pendant environ deux heures par
intermittence - car les forces en présence étaient déséquilibrées. A cette
date, les mutins opérationnels n'étaient plus qu'une petite vingtaine et la
mort des quatre lieutenants de Jeronimus les avait privés de leur avant-garde.
Parmi les survivants, seuls Loos et sept ou huit de ses hommes avaient quelques
notions de stratégie 57 . Ils étaient renforcés par une poignée de
marins et de canonniers qui pouvaient tenir leur place dans un combat, mais les
autres membres actifs étaient soit affaiblis par la maladie, soit trop jeunes
pour se battre. Les « suiveurs » - une douzaine d'hommes ayant signé le pacte
comme l'exigeait le nouveau capitaine général - n'avaient joué aucun rôle dans
les événements et certains n'avaient signé que sous la menace. Plusieurs
membres de ce dernier groupe, sinon sa quasi-totalité, risquaient de passer à
l'ennemi à la première occasion. Il aurait été imprudent de leur faire
confiance et ceux qui seraient inclus dans le groupe des assaillants devraient
faire l'objet d'une surveillance constante. Quelques-uns durent être consignés
sur l'île des mutins.
Quant aux rangs des Défenseurs, ils comptaient encore
quarante-six ou quarante-sept combattants, qui étaient pour moitié des soldats
et pour moitié de robustes marins. Ils étaient mieux nourris et mieux reposés,
et avaient l'avantage de l'altitude. En l'occurrence, on comprend que Loos ait
surtout compté sur ses mousquets 58 pour venir à bout des Défenseurs.
Les mutins avaient réussi à récupérer sur l'épave deux canons, qui pouvaient
tirer chacun un ou deux boulets à la minute. En attaquant depuis une certaine
distance, ils pouvaient espérer défaire les Défenseurs un à un. Les hommes de
Hayes se mirent probablement à couvert, peut-être derrière des blocs de corail.
Aucun des deux camps en présence n'osa engager le corps à corps, et les
offensives se succédèrent sans grande cohérence pendant toute la matinée.
Puis, vers les 11 heures, la situation bascula 59 .
Quatre des hommes de Hayes avaient été blessés -trois étaient dans un état
grave et le quatrième, Jan Dircxsz, un soldat de dix-huit ans originaire
d'Em-den, était mort. Les mutins étaient tous sains et saufs. La stratégie de
Loos semblait la bonne. En gardant l'adversaire à distance, il avait entrepris,
lentement mais sûrement, de rétablir l'équilibre des forces en sa faveur. Avec
quelques heures de plus, et si ses artilleurs continuaient à faire mouche, ils
provoqueraient des dégâts encore plus importants dans les rangs ennemis, et
finiraient par contraindre les Défenseurs à quitter leur abri, pour attaquer.
S'ils en venaient au corps à corps, la supériorité de leur armement leur
assurerait la victoire. Loos espérait pouvoir ainsi conclure avant la fin de
l'après-midi...
C'est alors que le Sardam apparut à l'horizon.
8.
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