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L'archipel des hérétiques

L'archipel des hérétiques

Titel: L'archipel des hérétiques Kostenlos Bücher Online Lesen
Autoren: Mike Dash
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grand besoin de vêtements
neufs. La veille, il était revenu de la mission de reconnaissance « tout
heureux, annonçant à ses hommes que désormais ces gens étaient assurément entre
leurs mains 46 ». Peut-être avait-il trop vite conclu, à voir les
haillons dont elles étaient vêtues, que les troupes de Hayes ne constituaient
pas une véritable menace. Mais, connaissant Jeronimus, ce n'est pas s'avancer que
de supposer qu'il était surtout victime d'un terrible excès de confiance en
soi. Le capitaine général s'en remettait aveuglément à son propre pouvoir de
persuasion. Il était loin de se douter que les loyalistes se méfieraient
désormais de tout ce qu'il pourrait leur dire. Après l'échec de Zevanck et de
Van Huyssen, qui n'avaient pu réduire les Défenseurs par la force des armes,
Jeronimus dut avoir le sentiment d'administrer à ses comparses une bonne leçon
sur l'art de soumettre les récalcitrants. Avec, comme toujours, cette absolue
certitude d'être sous la protection de Dieu lui-même.
    Il arriva donc sur l'île de Hayes accompagné de David
Zevanck, Coenraat Van Huyssen, Gysbert Van Welderen, Wooter Loos et Cornelis
Piertersz.
    En voyant débarquer Cornelis et son escorte, les
Défenseurs furent stupéfaits de les trouver « tellement faméliques et éprouvés
par la faim et la soif 47 » - mais, même diminués par les privations,
ces hommes qui avaient à eux cinq une trentaine de meurtres sur la conscience
restaient des tueurs. Ils avaient apporté des tissus et du vin rouge, comme
convenu. Un groupe de Défenseurs vint à leur rencontre, et on ouvrit les
ballots sur la plage. Pendant que les hommes trinquaient et faisaient passer
des échantillons de tissu, Wiebbe et Jeronimus parlementèrent. Ce fut
évidemment le capitaine général qui monopolisa les négociations - « accumulant
les mensonges, il déclara qu'il ne ferait de mal à personne, que s'il avait
tenté de les attaquer, ce n'était que pour avoir de l'eau, et que ce n'était
pas parce qu'il avait dû tuer certains qu'il fallait lui retirer toute
confiance 48 ».
    Tandis que Hayes écoutait Cornelisz, Zevanck et les autres
mutins s'affairaient 49 , tâchant de prendre les hommes à part et
d'engager la conversation avec eux. Selon les instructions de Cornelisz, ils
tentaient de les suborner en leur promettant six mille florins par personne,
plus une part des bijoux sauvés du naufrage, s'ils acceptaient de changer de
camp.
    Ce fut une grossière erreur. Les Défenseurs s'attendaient
à une telle trahison et s'étaient préparés à répliquer. Loin de se laisser
tenter par Zevanck et ses comparses, ils leur tombèrent dessus sans crier gare
et Jeronimus dut se repentir amèrement de s'être aventuré sur l'île de Hayes
avec une si petite escorte. Croulant sous le nombre, ses cinq gardes du corps
capitulèrent presque sans combattre. Cornelisz fut fait prisonnier et ligoté.
Seul Wooter Loos parvint à s'échapper de l'embuscade et à regagner la chaloupe
des mutins avant d'être rattrapé.
    David Zevanck et ses trois acolytes étaient en fort
mauvaise posture. A quatre cents mètres de là, de l'autre côté des hauts-fonds,
les autres mutins avaient assisté à toute la scène. Ils commençaient, mais un
peu tard, à subodorer ce qui s'était passé. Ils saisirent leurs armes et
s'apprêtèrent à répliquer, mais Hayes et ses hommes les avaient vus venir. Ils
battirent en retraite vers leurs positions fortifiées, emportant leurs
prisonniers. Lorsqu'ils furent à couvert, prêts à faire face à une nouvelle
vague d'assaut, Wiebbe évalua rapidement la situation. Son avantage numérique
avait fondu, car il lui fallait au moins deux hommes pour surveiller chaque
prisonnier et les empêcher de rejoindre Loos. En outre, leurs adversaires
étaient furieux et le resteraient sans doute tant qu'ils garderaient espoir de
sauver leur leader. C'était d'une logique sans faille : il donna l'ordre
d'abattre les prisonniers.
    Jeronimus fut seul épargné 50 . Il était d'un
trop grand poids, à la fois comme organisateur de la mutinerie et comme otage
potentiel, pour être simplement passé par les armes. Il n'en allait pas de même
pour les trois autres, David Zevanck, Coenraat Van Huyssen, et Gysbert Van
Welderen, qui furent abattus sur-le-champ, ainsi que le malheureux Cornelis
Piertersz, sous les yeux des autres mutins, qui s'étaient lancés dans la
traversée des hauts-fonds. Et l'exécution produisit l'effet souhaité :

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