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L'archipel des hérétiques

L'archipel des hérétiques

Titel: L'archipel des hérétiques Kostenlos Bücher Online Lesen
Autoren: Mike Dash
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aussi
retentissant que le premier.
    Le capitaine général parut renoncer, temporairement du
moins, à attaquer de front les Défenseurs et la guerre intestine qui se livrait
dans les Abrolhos s'embourba dans une sorte de trêve inconfortable, qui dura
près d'un mois. Certains des hommes de Hayes avaient de la famille sur l'île
des mutins, mais leur chef ne semblait pas pressé d'aller attaquer Jeronimus
sur son propre territoire - et rétrospectivement, cette prudence semble fondée.
Dans leurs propres installations de défense, les troupes de Hayes bénéficiaient
d'une relative sécurité, alors qu'en terrain découvert elles auraient été
terriblement exposées aux balles et aux épées de Jeronimus.
    Les mutins avaient au moins appris une chose : ils ne
pouvaient espérer provoquer de sérieux dégâts dans les rangs de l'adversaire
sans prendre eux-mêmes de grands risques. Il leur fallait donc trouver un
nouveau plan d'attaque.
    A la fin d'août, le problème se posait de façon de plus en
plus pressante, car le temps jouait contre les mutins. Chaque jour qui passait
augmentait leurs chances de voir apparaître à l'horizon le bateau des
sauveteurs, et la saison des pluies touchait à sa fin, tout comme leurs
réserves d'eau. La grogne augmentait, parmi les membres les plus fougueux de la
bande du capitaine général - Van Huyssen et Andries Liebent en tête - à la
perspective du rationnement qu'ils allaient devoir s'imposer 41 . Ils
répétaient à qui voulait les entendre qu'ils préféraient combattre pour
s'emparer de l'île de Hayes, plutôt que de croupir davantage sur ce misérable
îlot.
    Mis en demeure de passer aux actes, Jeronimus lui-même
entreprit d'échafauder un troisième plan contre Hayes. Sa nature retorse le
portait à préférer la ruse à l'attaque frontale. Il imagina donc un scénario
qui lui garantirait l'avantage de la surprise. Il s'agissait « de parvenir à un
accord avec eux, afin de pouvoir, sous couvert d'amitié, les prendre au
dépourvu au moment opportun 42 ». Il irait lui-même parlementer avec
Hayes et ses hommes, et leur apporterait des cadeaux.
    Quoiqu'un peu plus subtil que celui de Van Huys-sen et de
Zevanck, le plan de Cornelisz n'était qu'à peine mieux pensé. Il savait que les
troupes de Hayes commençaient à manquer de couvertures et de vêtements. Après
ces trois mois passés dans les îles, leurs chausses et leurs chemises étaient
en lambeaux, et ils avaient dû remplacer leurs chaussures, lacérées par le
corail, par des galoches 43 de fortune, grossièrement taillées dans
du bois flotté. Quant aux mutins, ils manquaient cruellement d'eau. Jeronimus
espérait donc convaincre Wiebbe Hayes de troquer de la viande fraîche et de
l'eau potable contre les surplus de vêtements, de tissus et de vin, que
détenaient les mutins. S'il parvenait à obtenir un rendez-vous sur la plage
pour parlementer, cela fournirait à ses hommes l'occasion de parler aux
Défenseurs, et de semer la zizanie dans leurs rangs pour ensuite en détourner quelques-uns,
et les convaincre de rallier les mutins - « à bas bruit et sous couvert
d'amitié, afin de pouvoir nous aider à tuer les autres 44 ». Comment
les mutins comptaient-ils acheter la loyauté de leurs anciens camarades, ou
organiser un soulèvement contre Hayes à l'insu de ce dernier -Cornelisz ne
s'est jamais donné la peine de tirer les choses au clair. Jusque-là, sa rouerie
avait été un atout majeur pour les mutins, mais son incapacité d'organiser et
de prévoir et son manque de sens pratique, alliés à cette foi indéfectible
qu'il avait en son bon droit, risquaient désormais de lui coûter cher.
    Les pourparlers eurent lieu le 2 septembre. La veille,
Gijsbert Bastiaensz avait été envoyé sur l'île de Hayes, avec une proposition
de traité de paix 45 . Les Défenseurs l'avaient bien reçu, mais
n'avaient montré qu'un intérêt mitigé pour le projet. Ils étaient néanmoins
convenus d'une heure pour les négociations. Jeronimus rassembla toutes ses
troupes -trente-sept hommes et les femmes - sur un îlot situé à quatre cents
mètres du principal bastion des Défenseurs, de l'autre côté des hauts-fonds.
Puis, laissant là le plus gros de son escorte, il rejoignit l'île de Hayes,
avec seulement cinq hommes de confiance.
    Qu'est-ce qui avait pu le pousser à prendre un tel risque?
Ses avances du 1 CT septembre avaient été, à première vue, bien
accueillies, et les Défenseurs semblaient avoir

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