Bücher online kostenlos Kostenlos Online Lesen
L'archipel des hérétiques

L'archipel des hérétiques

Titel: L'archipel des hérétiques Kostenlos Bücher Online Lesen
Autoren: Mike Dash
Vom Netzwerk:
leur confier que le minimum d'équipement,
veillant en particulier à ce qu'ils n'emportent ni armes ni embarcations. Ordre
leur fut donné d'allumer des feux, lorsqu'ils auraient trouvé de l'eau - à
supposer qu'ils en trouvent. A ce signal, Cornelisz leur enverrait un bateau.
En fait, il comptait bien les abandonner sur ce récif où la soif, espérait-il,
aurait bientôt raison d'eux.
    Le groupe qu'il envoya sur l'île Haute incluait deux
jeunes cadets, Otto Smit et Allert Jansz, mais le vrai leader semblait être un
certain Wiebbe Hayes 49 , un simple soldat, originaire de la petite
ville de Winschoten, dans le Groningue. Nous savons très peu de chose de ce
Hayes - nous ignorons son âge, comme ses antécédents et son expérience
militaire. Mais on a pu établir que l'intendant adjoint l'avait désigné parmi
les quelque soixante-dix autres soldats du Batavia 50 , ce qui
laisse penser qu'il avait un certain charisme. Ce qui avait échappé à
Cornelisz, c'est que Hayes était en outre un homme très capable, doué d'un
grand sens pratique et d'un tempérament qui peut paraître exceptionnel pour un
soldat de son époque. On a peine à croire qu'il ait pu appartenir à la grauw, la plèbe misérable et inculte qui peuplait les ponts inférieurs du Batavia. Peut-être était-il issu, comme Coenraat Van Huyssen ou David
Zevanck, d'un milieu plus aisé ? Il arrivait de temps à autre que le cadet
d'une famille honorable mais ruinée s'engage à la VOC comme simple soldat. Si
c'était le cas pour Hayes, il disposait manifestement de moins d'argent et
d'influence que ceux qui avaient pu s'y faire admettre comme sous-officier d'un
grade subalterne.
    Toujours est-il que Hayes parvint à survivre trois
semaines avec ses hommes sur l'île Haute. Ils ne tardèrent pas à découvrir,
tout comme avant eux Pelsaert et Cornelisz, qu'il n'y avait aucune source sur
la plus petite et la plus occidentale des deux îles, mais ils trouvèrent parmi
le corail des petites flaques d'eau de pluie, qui leur permirent de boire
pendant qu'ils menaient leur expédition. Au bout de quelques jours, ils
partirent vers l'ouest, en direction de la deuxième île, la plus grande. Ils
attendirent les basses eaux et franchirent à pied le kilomètre et demi de vase
sablonneuse qui séparait les deux îles. Ils y découvrirent une vie sauvage plus
abondante, mais toujours aucun point d'eau. Ils eurent à nouveau recours aux
flaques d'eau de pluie et, là encore, ils en trouvèrent juste assez pour
subsister. Ils avaient donc passé ces trois semaines à lutter contre la faim et
la soif, cherchant désespérément le moindre point d'eau, source ou puits, et
guettant à l'horizon l'arrivée d'hypothétiques embarcations.
    Jeronimus avait mené à bien la première partie de son
plan. L'envoi de groupes d'exploration vers les quatre îles les plus proches
lui avait permis de réduire d'un tiers la population du Cimetière du Batavia. L'île ne comptait désormais plus que cent trente ou cent quarante âmes. Une
quarantaine d'hommes valides et une vingtaine de jeunes garçons avaient été
piégés sur des récifs d'où ils ne risquaient pas de revenir et où ils avaient
toutes les chances de trouver la mort. Cornelisz et ses hommes étaient toujours
minoritaires face aux loyalistes de l'équipage, mais l'intendant adjoint savait
que pratiquement aucun des quatre-vingt-dix hommes adultes qui restaient sur
son île n'aurait le cran de s'opposer à ses projets. Il pourrait donc survivre
sur le Cimetière du Batavia jusqu'à la venue du navire de sauvetage. Et
il comptait bien s'en emparer, dès qu'il arriverait.
    L'idée de capturer le jacht des sauveteurs avait
tout pour le séduire, mais la tâche pouvait se révéler délicate. Il était hors
de question d'attaquer de front. Ses hommes crouleraient sous le nombre et tout
vaisseau de la VOC, y compris les plus légers, était équipé d'assez de canons,
de piques d'abordage et de mousquets pour dissuader d'éventuels pirates. Il
avait aussi renoncé à une attaque surprise contre un bateau qui aurait jeté
l'ancre dans l'archipel. Les mutins seraient repérés bien avant d'avoir pu s'en
approcher d'assez près.
    Le mieux, s'était dit l'intendant adjoint, serait
d'attirer l'équipage du jacht à terre. Si une chaloupe accostait sur le
Cimetière du Batavia , ses hommes pourraient maîtriser l'équipage et, une
fois ce premier groupe neutralisé, il ne resterait à bord du jacht qu'une
vingtaine

Weitere Kostenlose Bücher