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Le guérisseur et la mort

Le guérisseur et la mort

Titel: Le guérisseur et la mort Kostenlos Bücher Online Lesen
Autoren: Caroline Roe
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pester se changea en un gracieux oiseau des mers. Le vendredi matin, troisième jour de leur traversée, un éperon rocheux se profila à l’horizon.
    — Qu’est-ce que c’est ? s’enquit Daniel.
    — Les îles, lui répondit un marin occupé à ravauder un morceau de voile. C’est là qu’on va, non ?
    — Et quand y arriverons-nous ?
    — Cet après-midi.
    — On m’avait dit que l’on mettrait plus de temps, bien plus.
    — Ça peut arriver. Si le vent mollit, comme souvent.
    Mais à l’heure où les Majorquins s’éveillaient après la sieste, Salomó et Daniel quittèrent le port pour la ville.
    — Voici la rue qui mène au Call, dit Salomó. Une fois à l’intérieur, vous pourrez demander après la personne que vous venez voir. Je vous accompagnerais volontiers, mais malheureusement des affaires pressantes m’appellent ailleurs. N’oubliez pas que notre bateau repart pour Barcelone vendredi prochain, de bonne heure. Si vous êtes là, le capitaine vous acceptera à bord.
    Après avoir pris congé de son guide, Daniel pénétra avec beaucoup de curiosité dans le Call de Majorque et chercha la maison d’un certain maître Maimó.
    Écrasé de soleil, le Call était aussi bruyant que coloré. Devant la porte, la place grouillait de marchands, de chalands, de passants et d’enfants braillards que leurs mères épuisées avaient bien du mal à calmer. Ceux qui l’avaient remarqué le regardaient avec curiosité, les autres ne lui prêtaient même pas attention. À la recherche d’ombre et de fraîcheur, il prit à gauche une rue assez large pour permettre le passage d’un char à bœufs, bordée de maisons hautes et étroites abritant pour la plupart des commerces et des ateliers.
    Mordecai lui avait dit que la demeure de Maimó se trouvait à portée du palais et que c’était l’une des plus grandes de la ville. Daniel passa devant une école susceptible d’accueillir de très nombreux enfants puis devant une synagogue assez vaste pour une nombreuse congrégation, mais il ne trouva nulle part le palais ou une maison ressemblant à celle qu’il cherchait. Il s’arrêta finalement devant l’échoppe d’un bottier. Un quinquagénaire buriné assis sur un banc s’affairait sur une sandale d’une taille peu ordinaire.
    — Votre client doit être de belle carrure, dit-il. Et si sa bourse est aussi volumineuse, c’est avec plaisir que je lui ferais des gants.
    — Vous êtes donc gantier, jeune homme ? lui demanda l’artisan de la voix douce des insulaires.
    — C’est exact, et je m’appelle Daniel.
    — Nous avons beaucoup de gantiers ici.
    — Leur rencontre me serait profitable, j’en suis persuadé, mais je ne suis pas venu chercher du travail. Je dois repartir vendredi prochain. Peut-être pourriez-vous me dire où trouver leurs boutiques au cas où j’aurais un instant pour leur rendre visite ?
    — Par là, fit l’homme qui se consacra à nouveau à sa sandale.
    — Pourriez-vous également m’indiquer la maison de maître Maimó ? Je dois lui remettre une lettre.
    — Vous ne la trouverez pas par ici, dit le bottier avant de recracher le fil qu’il tenait dans sa bouche, c’est pas assez bien pour sa famille. Continuez tout droit vers le palais et vous la trouverez, ajouta-t-il en grommelant avant de prendre un autre fil.
    — Merci pour votre courtoisie, fit Daniel.
    Mais l’homme avait les yeux rivés sur son ouvrage et les lèvres closes. Ainsi s’acheva leur conversation.
    Daniel trouva la porte sans grande difficulté. De l’autre côté s’étendait une vaste place d’où partaient plusieurs rues : n’importe laquelle pouvait le mener à destination. C’est alors qu’il avisa un gamin de huit ou neuf ans qui importunait les passants en quémandant quelques pièces. Il tira un demi-sou de sa bourse et le présenta à l’enfant, d’assez loin pour qu’il ne l’attrape pas tout de suite.
    — Connais-tu la maison de maître Maimó ? lui demanda-t-il.
    — Le riche juif ?
    Daniel hocha la tête. Il avait compris de lui-même que l’ami de maître Mordecai, selon toute vraisemblance, était un homme riche.
    — Bien sûr que je sais où elle est, reprit le gamin.
    — Oui, mais pas moi. Conduis-moi là-bas, et si c’est bien là que je veux aller, cette pièce sera pour toi.
    Sur ce, l’enfant traversa la place à toute allure de sorte que Daniel le perdit de vue un instant. Il le vit se frayer un chemin entre deux imposantes

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