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Le roi d'août

Le roi d'août

Titel: Le roi d'août Kostenlos Bücher Online Lesen
Autoren: Michel Pagel
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roi, écarlate. Je ne veux plus jamais la voir, vous dis-je ! Débrouillez-vous comme vous l'entendez, mais débarrassez-moi de cette créature de malheur !
    Ses compagnons échangèrent un coup d'œil consterné. Avec pareil problème à résoudre, ils prévoyaient que les jours suivants ne seraient pas de tout repos.
    Ils se trompaient : ce serait une question d'années.
    « Ô Prodige ; le jour même, le roi, sans doute à l'instigation du
diable, ou selon d'autres, par les maléfices de quelque sorcière, ne
vit plus qu'avec horreur cette épouse si longtemps désirée. »
    Rigord, Gesta Philippi Augusti

4
    Le vieil abbé Guillaume d'Aebelholt vivait un cauchemar. Après s'être cru à l'aboutissement de toute son existence, il voyait s'effondrer l'œuvre si soigneusement bâtie. Informé par Guillaume de Garlande et Barthélémy de Roye – le roi n'avait pas daigné le recevoir en personne –, il avait été chargé d'annoncer la nouvelle à la délégation danoise et à la reine elle-même.
    Lorsqu'il pénétra dans la modeste chambre où l'on avait relégué Ingeborg, il s'était déjà entretenu avec les chevaliers et nobles dames ayant escorté la jeune fille, lesquels s'étaient montrés unanimes et catégoriques : la reprendre était hors de question ; si elle rentrait jamais au Danemark, ce ne serait pas de leur fait.
    Elle l'attendait debout devant un lutrin où reposait un saint livre, magnifiquement enluminé, dont elle tournait les pages avec respect, lisant à mi-voix les Écritures. À l'entrée de Guillaume, elle se tourna vers lui et eut un bref sourire.
    — Enfin un visage ami ! soupira-t-elle. Va-t-on me dire ce qu'on me reproche et ce qu'il doit advenir de moi ?
    L'abbé secoua tristement la tête en se tordant les mains.
    — Je n'ai hélas guère de nouvelles à vous apporter, répondit-il en danois, et celles que j'ai sont mauvaises. Quant à la cause de votre infortune, je ne sais ce qu'il en est, mais puisqu'il semble que le mariage n'ait pas été consommé…
    À ces mots, Ingeborg sursauta violemment.
    — Pas consommé ? Est-ce le roi qui l'affirme, messire Guillaume ?
    — En effet, madame.
    Elle demeura muette un instant puis secoua tristement la tête. Lorsqu'elle reprit la parole, ce fut d'une voix qu'elle maîtrisait visiblement à grand peine.
    — Je ne comprends pas pourquoi il dit cela, mais je vous affirme que le mariage a bel et bien été consommé. D'ailleurs, il sera facile de faire constater par quelque dame que je ne suis plus vierge.
    — Nul n'oserait infliger pareille indignité à une personne de votre rang, se récria l'abbé.
    — Même si c'est moi qui le réclame ?
    — Oui, madame, il ne saurait en être question.
    La reine plissa les lèvres, déglutit péniblement. Contenir les larmes qui couvaient derrière ses yeux humides lui demandait un effort de plus en plus important.
    — En ce cas, j'imagine que c'est ma parole contre la sienne, reprit-elle. Trouvez-vous… (Elle s'interrompit, incertaine, puis regarda son compagnon dans les yeux.) Répondez-moi sans chercher à me flatter ou à m'épargner. Trouvez-vous que j'aie l'air d'un démon, messire Guillaume ?
    — Oh, madame ! Comment pouvez-vous poser pareille question ? s'exclama l'abbé d'un ton de reproche. En France ou au Danemark, il n'est pas de jeune femme plus belle et plus douce que vous.
    — C'est ce qu'il m'a dit, pourtant, hier soir. Que j'étais un démon. Et je ne sais toujours pas pourquoi.
    Trop longtemps maintenue à la limite de la rupture, la voix d'Ingeborg se brisa sur ces derniers mots, tandis que deux larmes perlaient enfin à ses paupières. Elle se cacha le visage dans ses mains.
    — C'est lui, le démon, marmonna Guillaume, les traits marqués d'une animosité qui ne leur était pas coutumière.
    — Ne dites pas cela !
    Ingeborg avait presque crié. Elle baissa les mains, sans plus se soucier de dissimuler ses pleurs.
    — Il est le roi, continua-t-elle. Un grand roi. Tout ce qu'il fait, tout ce qu'il dit doit posséder une raison profonde. S'il pense que je suis un démon, c'est que je dois en être un. Mais je fais vœu de découvrir pourquoi et comment, afin qu'il finisse par m'accepter, par m'aimer.
    — Hélas, madame, il est à craindre que vous n'en ayez pas l'occasion, et c'est principalement l'objet de ma visite. Le roi Philippe désire que vous retourniez au Danemark dans les plus brefs délais, en attendant que soit prononcée

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