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Le roi d'août

Le roi d'août

Titel: Le roi d'août Kostenlos Bücher Online Lesen
Autoren: Michel Pagel
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surestimer ses amis.
    Sitôt le traité dans ses archives, il se mit en devoir de conquérir les villes dont on lui avait si obligeamment fait don. Il échoua devant Rouen mais prit Le Neubourg, Le Vaudreuil, Évreux… Abandonnant la défense de cette place-forte à une garnison française sous le commandement de Jean sans Terre, il s'en alla assiéger Verneuil-sur-Avre.
    Henri VI Hohenstaufen, pendant ce temps, réunissait à Mayence une assemblée afin de statuer une fois pour toutes sur la rançon. L'évêque de Beauvais, qui représentait Philippe et son allié anglais, eut le front d'en réitérer les propositions monétaires devant Richard lui-même. Lorsqu'il l'entendit prononcer la somme de cent cinquante mille marcs, le Plantagenêt ne put réprimer un frisson : il savait que sa mère, présente elle aussi, n'avait pu en réunir que cent mille, et encore avait-elle vidé toutes les caisses, frappé à toutes les portes. Il lui fallait impérativement mettre autre chose dans la balance : s'il était envoyé pieds et poings liés en France, ce serait pour n'en plus ressortir, il le craignait.
    « Autre chose », ce fut ce qu'il s'était juré de refuser envers et contre tout : rendre hommage à Henri pour l'Angleterre, devenir vassal impérial. À cette condition, qui venait s'ajouter aux cent mille marcs d'Aliénor, l'empereur accepta d'ignorer les lucratives propositions qu'on lui faisait par ailleurs et de relâcher son prisonnier séance tenante : ce fut au tout début de février qu'après plus d'un an de captivité, le roi anglais légitime reprit le chemin de son île. Dès qu'il en fut averti, Philippe envoya un message à Jean sans Terre : « Prenez garde à vous : le diable est lâché ! » Il ne voulait que prévenir son allié mais peut-être contribua-t-il par le choix des termes à en frapper l'esprit impressionnable.
    L'Angleterre réservait au Cœur de Lion un accueil triomphal. Sa longue absence n'avait fait qu'augmenter sa popularité : il n'avait pas été là pour accabler son peuple d'impôts, et les mauvaises actions qui s'étaient accomplies de par le royaume avaient été attribuées aux régents ou au prince Jean ; on avait vibré au récit de ses exploits en Terre Sainte, on avait pleuré à celui de son emprisonnement interminable. C'était tout auréolé de gloire qu'il venait reprendre le trône : ses vassaux enthousiastes étaient prêts à le suivre.
    Sur les conseils d'Aliénor, il demeura à Londres le temps de se faire recouronner, afin de bien montrer au monde qu'il était de retour, puis il leva une armée et franchit la Manche, décidé à reconquérir ce qu'on lui avait indûment ravi.
    Richard, à dire vrai, débordait d'énergie. Loin de le confiner dans quelque cachot humide, l'empereur l'avait traité en hôte de marque. Ayant juré sur l'Evangile de ne pas chercher à s'échapper, il avait disposé d'une liberté partielle et eu tout loisir d'exercer aussi bien son corps que son esprit, avec pour seule idée en tête de prendre dès qu'il serait libre sa revanche sur ceux qui l'avaient trahi. À présent que le moment arrivait, il se sentait capable de déplacer des montagnes.
    L'accueil des Normands fut encore plus enthousiaste que celui des Anglais. Les troupes françaises pillaient la région pour se nourrir, brûlant ou tuant par la même occasion tout ce qui se trouvait sur leur passage. Les arrivants faisaient figure de libérateurs. On oubliait qu'eux aussi finiraient par piller pour se nourrir, qu'ils tueraient, brûleraient les biens de quiconque tenterait de les en empêcher. On se le rappellerait en temps et en heure.
    À peine débarqué, Richard prit la route de Lisieux, où il fut reçu à bras ouverts par l'archidiacre Jean d'Alençon, un des seigneurs normands à n'avoir jamais pris parti contre lui. Un somptueux banquet s'ensuivit, durant lequel l'archidiacre, malgré la joie évidente qu'il éprouvait à revoir son suzerain, afficha une mine gênée, préoccupée, qui n'échappa pas au roi.
    — Qu'y a-t-il, monseigneur, que vous fassiez ainsi une tête longue de deux aunes ? interrogea familièrement ce dernier.
    — Oh, rien, sire, je vous assure.
    — Allons, ne vous mettez pas en peine, mon ami. Je sais bien, moi, ce que vous avez : vous vous êtes entretenu avec Jean, n'est-ce pas ?
    Le Plantagenêt n'avait rien d'un devin : des chevaliers croisés en chemin lui avaient affirmé que son frère était entré dans Lisieux la

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