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L’Inconnue de Birobidjan

L’Inconnue de Birobidjan

Titel: L’Inconnue de Birobidjan Kostenlos Bücher Online Lesen
Autoren: MAREK HALTER
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expliqua pourquoi elle manquait de sommeil, la politruk s’extasia :
    â€” Vous allez jouer pour Noël ?
    â€” Je l’espère. Le directeur n’a pas encore la confirmation définitive du commissariat à la Culture. Mais elle devrait arriver. Il ne reste plus que quelques jours avant Noël. Nous devons être prêts.
    â€” Sais-tu que je ne suis jamais entrée dans le Théâtre d’art, camarade Gousseïeva ?
    â€” Je pourrai t’avoir deux places pour une représentation, camarade commissaire. Pas pour Noël, bien sûr. Mais tout de suite après.
    â€” Tu ferais ça ?
    â€” Je suis certaine que le camarade directeur arrangera ça. Nous te le devons bien. Tu as été accommodante avec moi.
    La joie de la politruk faisait plaisir à voir. Elle baissa la voix :
    â€” Crois-tu que le camarade Staline sera dans la salle le jour de Noël ? Tout le monde sait qu’il adore le théâtre. Il aime tout ce qui est l’art, n’est-ce pas ? Le cinéma, la littérature… C’est parce qu’il est comme ça que les Fritz n’auront jamais Stalingrad, camarade Gousseïeva ! Staline sait que la guerre, ça ne se fait pas qu’avec des grenades et des tanks.
    Avec le même enthousiasme, elle signa une décharge. Marina fut exceptionnellement dispensée de son travail à l’atelier jusqu’au lendemain de la première.
    Elle saisit le papier d’une main tremblante. Que Staline pût être dans la salle le soir de Noël, pourquoi n’y avait-elle pas pensé ? La politrukavait raison : n’adorait-il pas le théâtre et « tout ce qui était l’art » ?
    Le lendemain, grâce à sa nouvelle liberté, elle arriva au théâtre un peu avant midi. S’avançant dans le passageKamergersky, elle les aperçut qui sortaient d’une voiture. Une ZIS 101 aux ailes recouvertes de boue. Quatre manteaux de cuir. Ce jour-là, même leurs chapkas étaient identiques. L’un deux portait des lunettes à l’épaisse monture et une serviette à la main. Deux autres, des moustachus, le suivirent dans le bâtiment. Le quatrième, un tout jeune type au visage dur de paysan, resta debout près de la ZIS.
    Le sang lui battant dans les tempes, Marina s’obligea à continuer son chemin naturellement. Le jeune type alluma une cigarette. Il protégea la flamme de son briquet en se tournant face au mur. Marina passa dans son dos sans qu’il lui prête attention.
    Hors de sa vue, elle hésita. Avait-elle raison de se comporter comme une fuyarde ? Ces types du NKVD se souciaient-ils d’elle ? Peut-être n’étaient-ils là que pour donner des instructions à Kamianov en vue de la prochaine ouverture ?
    Ou pour lui annoncer que Staline serait dans la salle ?
    Si Iossif Vissarionovitch devait être présent pour la première, elle ne pourrait jamais se montrer sur scène.
    Il était possible aussi que les manteaux de cuir soient ici pour elle. Elle les imaginait sans peine ordonnant à Kamianov de lui retirer le rôle d’Ophélie. Ou même de la mettre à la porte.
    La vieille peur qui l’avait hantée pendant des années était tout entière revenue. Cette obsession. Cette certitude de n’être qu’une proie sous des griffes patientes.
    Par défi autant que par impatience de savoir de quoi il retournait, elle décida d’entrer dans le théâtre. Elle contourna le bâtiment et se glissa à l’intérieur par la petite porte qu’utilisaient les acteurs les soirs de représentation. Il était encore tôt. Les loges, les couloirs, la scène étaient déserts. Seules quelques femmes de ménage bavardaient dans les cintres.
    Marina ne quitta ni son manteau ni son bonnet de laine. Avec précaution, elle grimpa l’escalier de service jusqu’aupremier étage. Il donnait sur le palier, à l’opposé du grand escalier. Elle entrouvrit la porte et s’immobilisa.
    Des voix provenaient du bureau de Kamianov. Elle reconnut celle du directeur. Un ricanement le fit taire. Marina aurait juré qu’il s’agissait du type aux lunettes. Elle ne parvenait pas à saisir ce qu’il disait. Ses mots résonnaient dans les couloirs, perdant leur sens. Néanmoins le

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