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Napoléon

Napoléon

Titel: Napoléon Kostenlos Bücher Online Lesen
Autoren: André Castelot
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couronne, son rang, le luxe de sa cour, c’est lui seul qu’ils viennent contempler ; c’est un souvenir de ses traits qu’ils cherchent à recueillir : ils veulent pouvoir dire à leurs compatriotes, à leurs descendants moins heureux, qu’ils ont vu Napoléon ! » À l’intérieur du palais on a bien du mal à approcher le maître.
    — Je suis tombé dans un embarras de rois, constatera Narbonne à Napoléon, et j’ai eu peine à fendre la presse.
    Les souverains, mêlés aux grands officiers, se bousculent pour assister au lever. Napoléon a-t-il vraiment dit à l’empereur François, au cours de ces éblouissantes journées, que si «  son pauvre oncle Louis XVI avait montré plus de fermeté, la Révolution aurait évolué différemment » ?...
    Essayant de séduire sa jeune belle-mère, Maria-Ludovica, il exécute pour elle des ronds de jambe et se répand en amabilités, tout cela en pure perte.
    — Il jase beaucoup, raconte-t-elle, et a l’habitude de poser des questions. On peut éviter les questions, mais pas les réponses. Je remarquai qu’il le faisait exprès et je coupai court, de façon que la conversation ne reprît plus.
    Marie-Louise, elle, joue à la Parisienne élégante, écrase sa famille de son luxe, et « mortifie l’amour-propre allemand par des comparaisons, peu mesurées, entre son ancienne et sa nouvelle patrie ».
    François d’Autriche, en voyant Napoléon prendre le pas sur lui, passer le premier à table, se faire suivre à distance respectueuse par les souverains, présider les repas, demeurer le chapeau sur la tête, alors que lui – un Habsbourg ! – se tient tête nue, est ahuri.
    — Das ist ein ganzer Kerl  ! {17} s’exclame-t-il.
    Le roi de Prusse, toléré – il commençait à en prendre l’habitude – arrive à son tour à Dresde et est un peu mieux reçu qu’il ne l’espérait – ce qui le rend tout heureux...
    Mais il est temps d’abandonner cette nouvelle « plate-bande » de souverains et de retrouver la Grande Armée. Avant de partir, au cours d’une chasse, on voit l’Empereur s’arrêter devant une chapelle, y pénétrer, seul, et y méditer. Peut-être retrouva-t-il ce jour-là les prières de son enfance ?
    À la même époque, un matin, non loin de Vilna, un prêtre lithuanien disait sa messe dans une petite église de campagne. Il n’y avait qu’un seul fidèle, un officier russe qui, la tête entre les mains, priait. Intrigué, le prêtre s’avança, l’officier releva la tête : c’était Alexandre.
    Et les deux hommes, chacun de leur côté, quittent leur chapelle. Peut-être avaient-ils senti, l’un et l’autre, qu’il fallait que Dieu se mêlât de leurs affaires...
    Le 30 mai, Napoléon est à Posen. Un officier polonais – Brandt – le voit passer en revue la société de la ville. « Parmi les nobles venus pour saluer l’Empereur, nous dit-il, figurait un comte Szoldrcki, grand propriétaire et juge de paix dans sa contrée. Il portait, comme insigne de ses fonctions, une plaque émaillée, presque aussi large qu’une assiette. » L’Empereur s’y trompe – ou feint de s’y tromper – et lui demande à brûle-pourpoint combien il emploie d’ouvriers dans sa fabrique de porcelaine. Le pauvre comte demeure tout interloqué. Le préfet se hâte d’intervenir :
    — Sire, c’est le comte Szoldrcki, le plus riche propriétaire du pays.
    — Ah ! c’est très bien ! dit l’Empereur, imperturbable.
    Puis il s’arrête devant une jeune personne de dix-huit ans assez disgraciée par la nature, et qui porte un « excessif embonpoint » :
    — Combien avez-vous d’enfants ?
    — Sire... je n’en ai pas.
    — Vous êtes donc divorcée ?
    — Non, Sire, je suis encore demoiselle.
    — Ah ! il ne faut pas trop choisir, vous n’avez pas de temps à perdre.
    Le 23 juin, l’immense armée, une armée de 400 000 hommes où l’on parle dix langues différentes, une « Babel en marche », s’apprête à franchir le Niémen, à Kowno. On ne voit pas le fleuve. La forêt de Pilwisky et les rives escarpées le cachent... L’armée – la Garde surtout – fait plaisir à voir. « Je n’ai pas vu, écrit le 1 er juin le conseiller d’État Méjean, un seul soldat français ou italien, pas un officier, pas un général qui ne soit impatient d’en venir aux mains et qui ne soit sûr de la victoire. » Murat caracole à la tête de cinquante mille cavaliers. Napoléon l’a retrouvé à

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