Game Over - L’histoire d’Éric Gagné
rue quand soudainement, Bonds a surgi de nulle part et bondi juste devant nous. Lâeffet de surprise était total!
Il sâétait caché et nous avait attendus juste pour avoir le plaisir de nous servir une petite frousse. Il fallait voir la tête des passants. Les Japonais sont généralement de petite taille, et ils étaient visiblement impressionnés par la stature du personnage.
Durant ce périple, Bonds avait aussi passé son temps à narguer â amicalement â les lanceurs de notre équipe. Et je faisais partie de ceux sur lesquels il sâacharnait le plus.
â Hé, Gagné! Lance-moi donc des balles rapides la prochaine fois que tu vas mâaffronter. Come on, donât be a pussy!
Il revenait constamment là -dessus. Alors, à un certain moment, je lui ai parlé seul à seul.
â Ãcoute Barry, je ne suis pas épais. Quand on mâinsère dans un match, câest pour que jâaide mon équipe. Je ne peux pas me mettre à te lancer des rapides parce que je veux retirer Barry Bonds à ma manière. En plus, au grand maximum, je nâai généralement quâune avance dâun ou deux points quand jâarrive dans le match. Je ne peux donc pas me permettre de faire des niaiseries. Par contre, je vais faire un deal avec toi. Si jamais nous nous affrontons dans un match et que je dispose dâau moins deux points dâavance et quâil y a deux retraits au tableau, je vais tâaffronter mano a mano . Je ne te lancerai que des rapides. On verra ce qui arrivera.
â Tu me le jures, Gagné?
â Je te le jure devant le Seigneur.
Mon pacte avec lâennemi, et peut-être même avec le diable, était scellé.
Aucun frappeur ne pouvait changer lâallure dâune rencontre comme Barry Bonds. Le pire, câest quâil nâavait même pas besoin de frapper la balle pour le faire. Les lanceurs le craignaient tellement quâils lui accordaient très souvent des buts sur balles intentionnels ou semi-intentionnels. Et dans ces circonstances, les frappeurs qui le devançaient ou qui le suivaient dans lâalignement bénéficiaient de meilleurs lancers, ce qui leur permettaient de produire davantage.
La présence de Bonds dans lâalignement des Giants a notamment permis à Jeff Kent (un deuxième-but qui est ensuite venu se joindre aux Dodgers), de décrocher le titre de joueur le plus utile de la Ligue nationale en 2000. Kent, qui frappait immédiatement derrière Bonds, avait alors maintenu une moyenne offensive de ,334 et produit 125 points.
Malheureusement, je nâai pas souvent eu la chance dâaffronter Bonds. Lors de mes sept saisons passées chez les Dodgers, lui et moi nâavons croisé le fer que 26 fois en tout. Et je lui ai accordé des buts sur balles dans 9 de ces 26 présences.
Quand nous amorcions une série contre les Giants, nos réunions dâéquipe prenaient une tournure rocambolesque aussitôt que quelquâun prononçait le nom de Barry Bonds. Les entraîneurs des Dodgers pensaient tout le temps que nous étions capables de le retirer, mais nous nous brûlions les doigts à chaque fois.
Quand quelquâun levait la main pour dire «jâai trouvé une façon de le retirer», Bonds inventait généralement une nouvelle manière de nous faire mal.
Nous étions extrêmement précautionneux avec lui mais rien nây faisait. Même si on ne lui lançait que deux ou trois prises au cours dâune série de trois matchs, il trouvait le moyen de cogner un double ou un circuit, presque toujours dans une situation critique.
à un certain moment, jâen ai eu assez de ces séances de brainstorming au cours desquelles nous tentions de réinventer lâart de lancer à Barry Bonds. Elles ne menaient nulle part.
â Hey, vous ne voyez pas que ça ne donne rien de lui lancer la balle? Cessons tout simplement de lancer lorsque Bonds se présente au marbre et donnons-lui des buts sur balles intentionnels!
De toute manière, Bonds ne sâélançait pas sur les lancers de piètre qualité. Il ne servait donc à rien de faire semblant de lâaffronter et de lancer la balle autour du marbre en espérant quâil finisse par commettre une erreur. En plus, câétait généralement nous qui finissions par
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