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La pierre et le sabre

La pierre et le sabre

Titel: La pierre et le sabre Kostenlos Bücher Online Lesen
Autoren: Eiji Yoshikawa
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par les premières
pluies du printemps, et leurs feuilles présentaient maintenant leur teinte la
plus foncée. Au-dessus d’eux, l’on devinait dans le crépuscule proche les
douces courbes féminines du mont Kasuga. Un brillant soleil éclairait encore
les montagnes éloignées.
    Aucun de ces temples n’avait l’air
d’être le bon ; pourtant, Musashi alla de portail en portail examiner les
écriteaux où leurs noms se trouvaient inscrits. Il avait le Hōzōin si
présent à l’esprit que lorsqu’il vit l’écriteau de l’Ozōin, il se trompa d’abord
étant donné que seul, le premier caractère, l’Ô, différait. Il eut beau s’apercevoir
aussitôt de son erreur, il jeta un coup d’œil à l’intérieur. L’Ozōin
semblait appartenir à la secte Nichiren ; pour autant que Musashi le
savait, le Hōzōin était un temple Zen, sans rapport avec Nichiren.
    Comme il se tenait là, un jeune
moine qui rentrait à l’Ozōin passa à côté de lui en le considérant d’un
air soupçonneux.
    Musashi se découvrit et dit :
    — Puis-je vous demander
quelques renseignements ?
    — Que voulez-vous savoir ?
    — Ce temple s’appelle bien l’Ozōin ?
    — Oui. C’est indiqué sur l’écriteau.
    — L’on m’a dit que le Hōzōin
se trouvait sur la colline Abura. C’est bien vrai ?
    — Il se trouve juste derrière
ce temple. Vous y allez pour une passe d’armes ?
    — Oui.
    — Alors, permettez-moi de
vous donner un conseil. Renoncez-y.
    — Pourquoi cela ?
    — C’est dangereux. Je
comprends qu’un estropié de naissance aille s’y faire redresser les jambes,
mais je ne vois aucune raison pour que quelqu’un qui a de bons membres bien
droits aille s’y faire estropier.
    Le moine était bien bâti et
différent des moines Nichiren habituels. Selon lui, le nombre des apprentis
guerriers était devenu tel que même le Hōzōin en était arrivé à les
considérer comme un fléau. Le temple était, après tout, un sanctuaire consacré
à la lumière de la Loi de Bouddha, comme son nom l’indiquait. Son propos
véritable était la religion. Les arts martiaux ne constituaient qu’une occupation
secondaire, pour ainsi dire.
    Kakuzenbō In’ei, le précédent
abbé, avait souvent visité Yagyū Muneyoshi. Par suite de ses relations
avec Muneyoshi et avec le seigneur Kōizumi d’Ise, ami de Muneyoshi, il s’était
intéressé aux arts martiaux, et avait fini par faire un passe-temps de l’escrime.
A partir de quoi, il avait inventé de nouvelles façons d’utiliser la lance, ce
qui, Musashi le savait déjà, constituait l’origine du Style Hōzōin,
fort prisé.
    In’ei, maintenant âgé de
quatre-vingt-quatre ans, était complètement sénile. Il ne voyait presque
personne. Même quand par extraordinaire il recevait un visiteur, il était
incapable de tenir une conversation ; il ne pouvait que s’asseoir en
faisant de sa bouche édentée des mouvements inintelligibles. Il semblait ne
rien comprendre à ce qu’on lui disait. Quant à la lance, il n’en gardait aucun
souvenir.
    — ... Vous voyez donc,
conclut le moine après avoir expliqué tout cela, qu’il ne vous servirait pas à
grand-chose d’y aller. Vous ne pourriez probablement pas rencontrer le maître,
et même si vous le rencontriez vous n’apprendriez rien.
    Ses manières brusques montraient
clairement qu’il avait hâte de se débarrasser de Musashi.
    Conscient de n’être point pris au
sérieux, Musashi insista pourtant :
    — J’ai entendu parler d’In’ei,
et je sais que ce que vous dites de lui est vrai. Mais j’ai aussi appris qu’un
prêtre appelé Inshun lui a succédé. L’on dit qu’il étudie encore, mais qu’il
connaît déjà tous les secrets du Style Hōzōin. D’après ce que l’on m’a
dit, bien qu’il ait déjà de nombreux élèves, il ne refuse jamais de guider
quiconque vient le voir.
    — Oh ! Inshun... dit le
moine avec dédain. Il n’y a rien de vrai dans ces rumeurs. Inshun est en
réalité un élève de l’abbé de l’Ozōin. Une fois qu’In’ei a commencé de
trahir son âge, notre abbé a estimé qu’il serait honteux pour la réputation du Hōzōin
d’aller à vau-l’eau ; il a donc enseigné à Inshun les secrets du combat à
la lance – ce que lui-même avait appris d’In’ei ; après quoi, il
a veillé à ce qu’Inshun devînt abbé.
    — Je vois, dit Musashi.
    — Mais vous voulez toujours
aller là-bas ?
    — Mon Dieu, j’ai fait tout

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