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La pierre et le sabre

La pierre et le sabre

Titel: La pierre et le sabre Kostenlos Bücher Online Lesen
Autoren: Eiji Yoshikawa
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gouvernement
consistait à gagner l’appui du peuple, qui profitait directement et
indirectement de travaux publics importants.
    Au seul château de Fushimi, l’on
avait engagé près d’un millier d’ouvriers pour agrandir les remparts de pierre ;
résultat accessoire : la ville autour du château connut un soudain afflux
de trafiquants, de prostituées et de parasites – tous symboles de
prospérité. L’opulence apportée par Ieyasu ravissait le peuple ; les
marchands se délectaient à l’idée que pour couronner le tout il y avait de
fortes chances de guerre – source d’un surcroît de profits.
    Les citadins oubliaient vite le
régime de Hideyoshi ; à la place, ils spéculaient sur ce qu’ils pourraient
gagner dans l’avenir. Peu leur importait qui détenait le pouvoir ; aussi
longtemps qu’ils se trouvaient en mesure de satisfaire leurs propres appétits
mesquins, ils ne voyaient aucune raison de se plaindre. Et Ieyasu ne les
décevait pas à cet égard, car il distribuait l’argent comme des bonbons aux
enfants. Pas son propre argent, bien sûr, mais celui de ses ennemis potentiels.
    Dans l’agriculture également il
instaurait un nouveau système de domination. Les magnats locaux n’avaient plus
le droit de gouverner à leur guise ou d’engager à volonté des ouvriers
agricoles. Désormais, les paysans étaient autorisés à cultiver leurs terres – mais
guère plus. Ils devaient rester ignorants de la politique, et s’en remettre au
pouvoir en place.
    Le gouvernant vertueux, selon
Ieyasu, était celui qui ne laissait pas mourir de faim ceux qui cultivaient la
terre, mais s’assurait en même temps qu’ils ne s’élevaient pas au-dessus de
leur condition ; telle était la politique grâce à laquelle il entendait perpétuer
la domination des Tokugawas. Ni les citadins ni les cultivateurs ni les daimyōs
ne se rendaient compte qu’on les insérait avec soin dans un système féodal qui
finirait par les ligoter. Nul ne songeait à ce que seraient les choses un
siècle plus tard. Nul, à l’exception de Ieyasu.
    Les ouvriers du château de Fushimi
ne pensaient pas non plus au lendemain. Ils avaient l’humble espoir de s’en
tirer pour le jour même. Ils avaient beau parler de la guerre et de la date où
elle éclaterait peut-être, les projets grandioses en vue de maintenir la paix
et d’accroître la prospérité ne les concernaient pas. Quoi qu’il advînt, ils ne
pouvaient guère être en plus mauvaise posture qu’ils ne l’étaient.
    — Pastèque ! Qui veut
une pastèque ? criait une fille de cultivateur qui venait chaque jour à
cette heure-là.
    Presque aussitôt, elle plaça de la
marchandise à des hommes assis à l’ombre d’un gros bloc de pierre. Vive, elle
passa d’un groupe à l’autre en criant :
    — ... Qui veut m’acheter mes
pastèques ?
    — T’es pas folle ? Tu
crois donc qu’on a de l’argent pour acheter des pastèques ?
    — Par ici ! Je serais
content d’en manger une... à condition qu’elle soit gratuite.
    Déçue que sa chance initiale ait
été trompeuse, la fille s’approcha d’un jeune ouvrier assis entre deux blocs,
le dos contre l’un, les pieds contre l’autre, les bras autour des genoux.
    — Une pastèque ?
demanda-t-elle, sans grand espoir.
    Il était maigre, les yeux enfoncés
dans les orbites, la peau rougie par le soleil. La fatigue avait beau flétrir
sa jeunesse, ses amis intimes eussent reconnu en lui Hon’iden Matahachi. Avec
lassitude, il compta dans sa paume des pièces crasseuses, qu’il donna à la
fille.
    Lorsqu’il se radossa contre la
pierre, il inclina la tête, morose. Ce léger effort l’avait épuisé. Pris d’un
haut-le-cœur, il se pencha d’un côté pour vomir dans l’herbe. Il manquait du peu
de force qu’il eût fallu pour rattraper la pastèque qui avait roulé de ses
genoux. Il la fixa tristement de ses yeux noirs où ne brillait aucune trace d’énergie
ou d’espérance.
    « Les porcs »,
marmonna-t-il faiblement. Il désignait ainsi les gens auxquels il eût voulu
rendre coup pour coup : Okō, avec sa face blanchie ; Takezō,
avec son sabre de bois. Sa première faute avait été d’aller à Sekigahara ;
la seconde, de succomber aux charmes de la veuve lascive. Il en était venu à
croire que sans ces deux événements il serait maintenant chez lui, à Miyamoto,
chef de la famille Hon’iden, époux d’une belle femme, envié de tout le village.
    « Je suppose

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