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Le prix de l'hérésie

Le prix de l'hérésie

Titel: Le prix de l'hérésie Kostenlos Bücher Online Lesen
Autoren: S.J. Parris
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vice-chancelier de l’université
d’Oxford. »
    Je m’inclinai en une large révérence vers l’endroit où le
vice-chancelier était assis, anticipant déjà les applaudissements qu’un tel
début m’aurait valus dans les académies du continent. Mais je déchantai
rapidement en constatant que les murmures qui me parvenaient étaient teintés de
raillerie. Du coin de l’œil, je vis Sidney qui grimaçait et faisait le geste de
se trancher la gorge pour me signifier que j’en faisais trop. C’était
incompréhensible. À Paris, une disputation n’était digne de ce nom que si la
rhétorique y était portée à des sommets de préciosité presque absurdes. Il
semblait que sur ce chapitre, comme sur tant d’autres, les Anglais préféraient
se cacher derrière un style discret, effacé. Je les entendais ricaner
ouvertement, et je parle des professeurs, pas des élèves, même si ces derniers
prenaient maintenant exemple sur leurs aînés. J’en entendis un certain nombre
imiter mon accent, comme des gamins. De l’autre côté de la salle, le recteur
Underhill était appuyé sur le pupitre avec un sourire qui laissait entendre
qu’il appréciait le spectacle. À l’évidence, il était convaincu d’avoir déjà
gagné. Le palatin bâilla bruyamment, sans chercher à le cacher.
    « Je rejette absolument, m’écriai-je en frappant du
poing sur le lutrin et en levant le bras avec emphase, ce qui fit taire les
rires, je rejette absolument l’idée que les étoiles sont fixes sur la
tapisserie des cieux ! Les étoiles ne sont pas plus fixes dans l’univers
que le Soleil, cette étoile, et la région de la Grande Ourse ne mérite pas plus
d’être appelée la Huitième Sphère que celle de la Terre, où nous vivons. Les
plus sages reconnaissent que le mouvement apparent de l’univers dérive de la
rotation de la Terre, car il y a beaucoup moins de raisons pour que le Soleil
et l’univers tout entier tournent autour de ce globe que l’inverse,
c’est-à-dire que la Terre tourne en relation avec l’univers. Que notre raison
ne se laisse plus entraver par huit ou neuf sphères imaginaires, car il n’y a
qu’un ciel immense et infini, capable d’engendrer à l’infini des mondes
similaires à celui-ci, qui tournent en orbite à l’instar de la Terre. »
    Je m’interrompis pour reprendre ma respiration après cette
salve d’ouverture et Underhill en profita pour intervenir.
    « C’est ce que vous prétendez, messire ?
riposta-t-il sans se départir de son sourire d’autosatisfaction. Au lieu que le
Soleil soit fixe et que la Terre lui tourne autour, il me semble plutôt que
c’est votre tête qui est fixe et que vos méninges sont lancées autour en une
folle orbite ! »
    Il se tourna vers les professeurs assemblés en espérant leur
soutien. Il ne fut pas déçu : des rires éclatèrent en chœur et il me
fallut un moment avant de pouvoir me faire entendre.
    La disputation, je suis au regret de le dire, ne fut pas un
succès, et je n’ennuierai pas davantage mon lecteur avec son déroulement. Elle se
poursuivit à peu près de la même façon tout du long. Le recteur Underhill
n’avait rien d’autre à présenter que les vieux arguments usés d’Aristote, qui
ne reposent sur aucune autre preuve scientifique que le poids de l’autorité
scolastique qui place la Terre au centre fixe de l’univers, comme si aucune
autorité ne s’était jamais trompée, et il alla même jusqu’à suggérer que
Copernic n’avait jamais voulu qu’on suive sa théorie à la lettre, qu’il l’avait
développée comme une métaphore afin d’aider aux calculs mathématiques. Tous ces
arguments, je les connaissais, et je les avais déjà réfutés devant de
meilleures sociétés, mais ce soir-là on m’en donna à peine l’occasion. Le
principal objectif d’Underhill semblait non pas de persuader l’assemblée par la
pertinence de ces assertions (une assemblée de toute façon acquise à son point
de vue et qui n’avait pas même la courtoisie d’écouter mes arguments), mais de
me ridiculiser et de m’exposer aussi souvent que possible aux moqueries de ses
pairs. Apparemment, c’était l’idée qu’ils se faisaient d’un divertissement, et
les manières du public étaient si épouvantables qu’on discutait et commentait
la scène pendant nos discours. J’étais au beau milieu d’un argument décisif
impliquant des propositions mathématiques complexes lorsque je fus interrompu
par un

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