Napoléon
ministre !... mais la succession de Fouché n’en est pas moins donnée ce même jour à Savary. Rovigo, auquel deux noms de guet-apens seront toujours associés : celui de Bayonne et celui d’Ettenheim dont il précipita le dénouement vers les fossés de Vincennes !... Voilà cependant le ministre idéal pour Napoléon ! Le ministre qui n’est même pas effleuré par l’envie de prendre une initiative et qui, dépourvu de toute imagination, n’a aucune idée ! Decrès le confie à Chaptal :
— Ce terrible homme nous a tous subjugués, il tient nos imaginations dans sa main qui est tantôt d’acier et tantôt de velours.
Réunis autour de la table du Conseil – vrai troupeau tremblant–,ils font tous figure d’instruments. L’instrument des volontés de Napoléon ! L’instrument à qui seul le maître donne le mouvement ! Uninstrument qui, au surplus, doit sans cesse fonctionner.
— Je périrai à la peine avant la fin du mois, soupire Beugnot. Il a déjà tué Portalis, Crétet et jusqu’à Treilhard qui avait pourtant la vie dure ; il ne pouvait plus pisser et les autres non plus.
Voilà ce que doit être un ministre ! Roederer l’expose à l’Empereur :
— Votre Majesté seule ordonne et règle tout. On a vu Votre Majesté donner de l’esprit aux gens qui n’en ont pas et se passer si facilement de ceux qui en ont, qu’on est indifférent aux choix.
En renvoyant Fouché, Napoléon a éloigné le seul de ses ministres qui pouvait encore, Schwarzenberg l’écrira à Vienne, « mitiger la sévérité de ses ordres, en retarder l’exécution, quelquefois s’y opposer et user de son influence et de son esprit pour l’amener à des résolutions plus modérées. »
Et le Sénat ?
Pour Napoléon, la haute Assemblée n’est plus composée « que de flambeaux éteints et de lanternes sourdes ». Ceux-ci n’ont pas à réclamer un peu de lumière ! Ils n’ont nul besoin d’être ravivés ! Comment oseraient-ils « se supposer encore une assemblée nationale » ? L’Empereur le notifie :
— Je continuerai à nommer à toutes les places de sénateurs... J’aurai de cette manière une représentation véritable, car elle sera toute composée d’hommes rompus aux affaires. Pas de bavards, pas d’idéologues, pas de faux clinquants. Alors la France sera un pays bien gouverné.
Et, répétons-le, gouverné par lui seul ! Ses ordres, torrentiels, continuent à jaillir de son cabinet des. Tuileries. Il se penche toujours sur les détails les plus infimes et adresse à Clarke, ministre de la Guerre, cette injonction : « L’excessive ignorance des officiers garde-côtes rend inutiles les canons qu’on met entre leurs mains. Les boulets ne portent pas, parce que, les bâtiments se trouvant au-delà du but en blanc, on n’a pas ôté les coussinets. »
Decrès, pourtant habitué à la minutie pointilleuse de l’Empereur, est quelque peu éberlué en lisant le18 juillet 1811, cette note dictée par le maître et destinée à ses services d’administration : « Les « bois des cent vingt-cinq selles que vous avez envoyées à Niort, ne sont pas ferrés aux fourches de devant et de derrière. »
Et Lacuée, directeur de l’administration de la Guerre, reçoit un jour ce rapport paraphé du terrible Nap : « On fait à Bordeaux des habits de trois espèces : de première, de deuxième et de troisième taille. Les habits de première taille ne peuvent servir qu’à des hommes de seconde taille ; les habits de seconde taille ne peuvent servir qu’à des hommes de troisième taille ; les habits de troisième taille ne pourront servir à personne, et ils seront absolument perdus !... »
N’est-il pas las parfois ?
— Je deviens trop lourd et trop gros pour ne pas aimer le repos, avoue-t-il, pour n’en pas avoir besoin, pour ne pas regarder comme une grande fatigue le déplacement, l’activité qu’exige la guerre... J’aime plus que personne mon lit et mon repos, mais je veux finir mon ouvrage.
Son ouvrage ? Ce but qu’il poursuit depuis la rupture de la paix d’Amiens : mettre l’Angleterre à genoux, l’affamer par le blocus et obtenir cette paix qui s’obstine à le fuir et qu’il n’atteindra que le 15 juillet 1815, en gravissant l’échelle du Bellérophon. En finir avec l’atroce guerre espagnole serait le parti le plus sage : « Il faut la tête et les bras d’Hercule, déclarait Kellermann à Berthier. Lui seul, par la
Weitere Kostenlose Bücher