Au pied de l'oubli
rue comme une guenille après ? Quand ce n’est pas leur frère ou
leur oncle qui les ontagressées sur la pile de manteaux lors
des partys de Noël ? Savez-vous combien sont battues pour un oui ou un non ?
Combien essaient de protéger leurs enfants ? Y a des filles qui se font violer
dans les rues, on les retrouve les jambes en sang, elles sont déchirées par en
dedans au point de plus jamais pouvoir avoir d’enfant ! Le savez-vous ?
Le cœur battant, Julianna s’était tue. Éberlué par ce qu’il venait d’entendre,
l’homme avait reculé dans son fauteuil de cuir, s’étouffant presque
d’indignation devant des paroles si crues.
— Vous... vous...
— Je vous ai choqué ? avait raillé Julianna.
Empruntant un ton suave, elle s’était montrée désolée.
— Je m’excuse, c’était juste une farce, lui avait-elle susurré. C’est pas vrai…
Les femmes sont toutes heureuses et les hommes sont tous fins pis gentils... Pis
vous, vous êtes pas le plus gros niaiseux, des imbéciles du monde entier !
Tout en descendant la côte de la rue Racine, elle s’exhorta au calme. Henry
l’avait avertie que ce ne serait pas facile, qu’elle ne devait pas se faire
d’illusions, les femmes étaient loin d’être une priorité pour certains
fonctionnaires. Il lui avait dit qu’elle était trop en avance sur son temps.
Absorbée par ses pensées, elle ne réalisa pas qu’elle était arrivée à la hauteur
de l’édifice du journal. Pourtant, depuis sa démission, c’est avec un serrement
au cœur qu’elle passait devant les bureaux de son ancien travail. Ce n’est que
lorsque Yves l’interpella qu’elle se rendit compte de sa présence. Celui-ci
faisait le pied de grue sur le trottoir en face des locaux de son
entreprise.
— Julianna, quelle surprise ! Tu vas bien ?
Mal à l’aise, elle eut peine à lui répondre.
— Oui, toi aussi ?
— Oui, oui.
— Tu es tout bronzé… fit-elle remarquer.
— La Floride…
— Ah oui…
— Je suis resté tout l’été en fin de compte.
Soudain, une belle jeune fille sortit de l’édifice. Vêtue à la dernière mode,
celle-ci arborait également un joli hâle.
— Excuse-moi, mon Ti-Loup, je trouvais plus mes clés, dit-elle. Oh, madame
Rousseau, je vous avais pas vue.
— Bonjour, se contenta de répondre Julianna d’un air distant.
La fille s’accrocha au bras d’Yves et reprit :
— Vous me replacez pas ? C’est moi, Marie, j’avais été engagée comme
réceptionniste. C’était avant, parce qu’astheure, je suis bien plus que ça, hein
mon Ti-Loup ? Je veux dire que ma job, c’est d’écrire le courrier du cœur,
astheure.
— Marie... dit le patron du journal, d’un air gêné.
— La nouvelle Bella, c’est moé ! Ma mère ratait pas un de vos articles. Quand a
l’a su que ce serait moé, a l’est tombée de sa chaise !
— Ah… fit Julianna.
— Il a fallu que je persuade Yves, mais il a compris qu’avec moé, le courrier
du cœur allait prendre un air de jeunesse. C’était rendu si démodé. Les femmes
d’aujourd’hui, on a plus la même réalité qu’avant. On pense plus pareil.
— Marie, va m’attendre dans le char, on va aller dîner ça sera pas long, lui
promit Yves.
— Mais…
— Marie !
— Ok, ok, je suis bien contente de vous avoir revue, madame Rousseau.
— Je suis désolée, je me souviens pas de vous… mentit Julianna. C’est le bon
côté de vieillir. On oublie tout de suite les choses insignifiantes…
Offusquée, la jeune femme s’éloigna rapidement non sans avoir lancé un regard
meurtrier à son « Ti-Loup ».
— Pauvre Yves, tu risques d’avoir à acheter des fleurs à soir, dit
Julianna.
Yves haussa les épaules d’un air qui voulait dire qu’il se fichait de la
réaction de sa maîtresse. Les yeux brillants, il regarda Julianna.
— Elle ne te va pas à la cheville. Parle-moi de toi. Tu as passé un bel
été ?
— François-Xavier et moi, nous avons fait un merveilleux voyage en Gaspésie.
C’était son cadeau-surprise.
— Tant mieux.
— Le journal, tout va comme tu veux ?
— De l’ouvrage en masse. Avec les préparatifs du premier carnaval, je m’occupe
déjà d’un cahier spécial. Pis je fais partie du comité organisateur.
— Tout le monde me parle de ce carnaval aujourd’hui ! Tu ne cherches pas des
femmes pour coudre des
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