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Le prix de l'hérésie

Le prix de l'hérésie

Titel: Le prix de l'hérésie Kostenlos Bücher Online Lesen
Autoren: S.J. Parris
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« Comme s’il n’y avait pas déjà
assez de discorde entre chrétiens. Des livres comme celui-ci ne font qu’aviver
la haine. »
    Je la regardai avec une curiosité renouvelée. Embarrassée
par sa soudaine explosion de colère, elle se plongea dans la contemplation du
feu. Son honnêteté était si inhabituelle, ses opinions si imprévisibles que je
ne m’étonnais plus que son père désespérât de la marier. Une telle indépendance
d’esprit était contraire à tout ce que l’on attendait d’une femme modeste.
Pourtant, c’était justement son refus catégorique de se tenir à la place qu’on
lui assignait que j’admirais le plus chez elle. Que signifiait par exemple
cette dernière remarque ? Je me demandais si j’allais la pousser davantage
sur ce sujet lorsque la porte s’ouvrit de nouveau. Adam déposa à gestes lents,
à côté de la carafe de vin, un plateau chargé de pain et de mets froids.
    « Je ne crois pas que votre père aimerait que vous
apportiez de la nourriture dans son cabinet d’étude, dit-il d’un air pincé.
    — Il mange tout le temps ici, rétorqua-t-elle en
mordant dans le pain. Merci, Adam, ce sera tout pour l’instant. »
    Il parut hésiter.
    « Mademoiselle Sophia, je me demande si votre mère…
    — Ma mère s’est mise au lit hier soir pendant le dîner
et elle n’en est pas sortie depuis. Quand ses nerfs la trahissent, elle désire
qu’on la laisse seule. Merci, Adam. »
    Elle lui souriait aimablement mais sa décision était sans
appel.
    Se croyant à l’évidence le défenseur de l’honneur de Sophia,
Adam parut chercher une autre objection à notre présence conjointe dans le
cabinet d’étude du recteur, mais il finit par renoncer et se retira. Cette
fois, il ferma la porte qui claqua doucement derrière lui.
    « Allez-y, me dit Sophia en désignant la nourriture.
Nous chercherons après dans Foxe, si vous le souhaitez. »
    Je me rassis et pris avec appétit un quignon de pain, tandis
qu’elle se penchait vers moi.
    « Maintenant, Bruno, vous avez promis de m’en dire plus
sur le livre magique d’Agrippa, et voilà que vous avez l’occasion inattendue de
le faire.
    — C’est exact, répondis-je, la bouche pleine. Mais
d’abord, expliquez-moi pourquoi vous souhaitez tant en savoir davantage sur les
sortilèges et les talismans d’amour. Ces livres sont interdits ici et le simple
fait de détenir cette connaissance est considéré comme dangereux.
    — Je n’ai jamais dit que je voulais apprendre des
sortilèges d’amour, répliqua-t-elle avec une morgue feinte, c’est vous qui le
supposez. »
    Néanmoins, la soudaine coloration de ses joues en disait
assez long sur ce que valaient ses protestations.
    « Je me demandais seulement pourquoi une jeune femme
bien née se préoccuperait de pratiques magiques.
    — Je suis fascinée par l’idée qu’une personne puisse
contrôler des forces qui dépassent notre entendement et les utiliser à des fins
personnelles. N’est-ce pas le cas de tout le monde ? J’ai toujours pensé
que la magie devait être immensément puissante. Je me dis qu’elle doit vraiment
agir, sinon l’Église ne se donnerait pas autant de mal pour empêcher qu’elle ne
tombe entre les mains de gens ordinaires. »
    J’eus un instant d’hésitation.
    « Il existe indubitablement des forces très puissantes
dans l’univers, mais les maîtriser requiert de les étudier longuement et à
fond. La magie hermétique dont parle Agrippa ne se résume pas à mélanger des
herbes et à marmonner des incantations comme une vieille folle. Il y faut la
connaissance de l’astronomie, des mathématiques, de la musique, de la
métaphysique, de la philosophie, de l’optique, de la géométrie, et je pourrais
continuer la liste. Devenir l’un de ses adeptes prend toute une vie.
    — Je vois. »
    Son visage se ferma et elle croisa les mains sur ses genoux.
    « Vous cherchez à me faire entendre que je ne suis pas
de taille, n’étant qu’une femme ?
    — Absolument pas », l’apaisai-je en levant la
main.
    Comme elle prenait vite la mouche ! Je me souvins alors
de la rage et de l’impuissance que j’avais ressenties à Divinity School lorsque
son père insinuait que ma nationalité était synonyme de stupidité ; au
moins, je savais pouvoir trouver en Occident des endroits où de tels préjugés
n’avaient pas cours. En revanche, à ma connaissance, on n’aurait souffert nulle
part dans la chrétienté

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