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Le prix de l'hérésie

Le prix de l'hérésie

Titel: Le prix de l'hérésie Kostenlos Bücher Online Lesen
Autoren: S.J. Parris
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collège réunie en un
seul endroit. Si c’était l’un d’eux qui m’avait fait parvenir cet étrange
message la veille au soir, il était possible qu’il se trahisse par des regards
en coin ou des gestes de nervosité. Tout en m’aspergeant le visage, j’y songeai
avec agacement. Puisque ce correspondant avait des informations utiles à
partager, pourquoi ne pas le faire plus clairement ?
    Le jour de mon arrivée, lors du souper, James Coverdale
avait mentionné le fait que le recteur s’était lancé dans une série de sermons
inspirés du livre de Foxe. Si le meurtre de Roger Mercer était une parodie de
martyre, comme quelqu’un voulait à l’évidence me le faire croire, peut-être
l’assassin avait-il pris exemple sur les descriptions du recteur. Il se pouvait
même qu’il fût dans la congrégation ce matin-là. J’enfilai mes bottes en
frémissant et, tandis que la cloche continuait son appel solennel, je me
dépêchai de me joindre aux hommes en robe noire qui se dirigeaient vers
l’arcade de la tour nord surmontée par l’horloge, laquelle indiquait qu’il
était presque six heures.
     
    La chapelle occupait toute la moitié droite du premier étage
du bâtiment nord. Je me mis à la file parmi les élèves et les professeurs et
gravis l’escalier, éclairé uniquement par une lanterne suspendue au niveau du
palier. Près de l’entrée, j’avisai un bénitier vide depuis longtemps, et nous
entrâmes dans une salle de dimension modeste, aux murs passés à la chaux, avec
une charpente en bois apparente et un sol couvert de jonc. À l’autre extrémité
étaient disposés un petit autel ainsi qu’un pupitre à sa droite. Des cierges
brûlaient le long des murs et sur l’autel. Les hommes s’installaient sur des
bancs en chêne conçus pour un inconfort maximal, dans le but probable de les
empêcher de somnoler pendant les sermons. Se déversant par les petites fenêtres
vitrées de part et d’autre, la lumière du début de journée conférait un éclat
éblouissant aux murs blancs et aux cheveux noirs de Sophia Underhill, assise au
premier rang, face au pupitre, où son père pourrait la garder à l’œil. Je
m’étonnais qu’il la laissât se joindre à la congrégation dans la chapelle, sa
présence me semblant bien faite pour distraire les jeunes gens de leurs pieuses
prières. J’aperçus aussi sa mère à ses côtés, ses épaules affaissées sous sa
coiffe blanche. Les professeurs étaient alignés autour d’elle sur les bancs et
derrière eux se trouvaient les élèves les plus anciens, en passe d’obtenir leur
doctorat. Comme j’hésitais à l’entrée de la chapelle en me demandant où il
convenait que je prenne place, j’eus l’occasion de vérifier à quel point la
communauté du collège était réduite. Il n’y avait pas là plus de trente
personnes, professeurs compris ; étant donné la promiscuité que cette vie
impliquait, il était impossible qu’aucune d’entre elles sache au juste ce qui
s’était passé la veille dans le jardin. Balayant la salle du regard, je
remarquai Thomas Allen et Lawrence Weston parmi les élèves, mais pas Gabriel
Norris ni les amis au rire tonitruant qui l’accompagnaient à la taverne. La
règle qui obligeait chacun à assister à l’office de matines n’était comme
d’autres sans doute pas valable pour eux. William Bernard et Richard Godwyn
étaient assis au premier rang, et je vis John Florio au milieu, qui discutait à
voix basse et d’un air animé avec son voisin. Voilà tous les hommes que j’ai
rencontrés personnellement au collège, me dis-je, et il y a toutes les
chances pour que mon mystérieux correspondant ait encore à se présenter. Mais
il s’agit très probablement d’un membre du collège, puisque l’emplacement de ma
chambre lui est connu. Je tournai la tête pour jeter un coup d’œil aux
jeunes gens assis sur les côtés. Ceux qui croisèrent mon regard ne semblèrent
pas particulièrement intéressés. Pâles, le visage creux et le regard inquiet,
ils se ressemblaient tous. L’un d’entre eux savait quelque chose, souhaitait me
le divulguer et avait peur de se déclarer, mais lequel ?
    J’aurais voulu trouver un siège d’où observer toute la
congrégation mais Godwyn, me voyant hésiter à la porte, me fit signe en
souriant de m’asseoir à côté de lui, au premier rang. Je pouvais difficilement
refuser. Conscient des regards posés sur moi, dont celui de Sophia, je

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